Crise boursière : la revanche de l’or

La panique sur les marchés financiers du monde entier a précipité les investisseurs sur les valeurs refuge. En tête de gondole, l’or, mais pas seulement.

On ne peut pas dire que le remaniement du gouvernement par François Hollande ramènera la confiance des milieux économiques qui cèdent désormais à la panique. Ce remaniement ressemble plutôt à un aimable bricolage politique qu’à la mise en place d’une véritable stratégie.

La semaine a encore été terrible, on a détruit entre 15 et 20 % de valeur. Du coup, les épargnants et les investisseurs sont assez déprimés. Ils étaient inquiets, ils sont découragés. Ils sont découragés parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi ça dévisse aussi vite, alors qu’on n’a pas cessé de nous parler pendant des mois d’un miraculeux alignement des planètes. Ils sont découragés parce qu’ils ne savent pas quoi faire pour protéger leur épargne face à l’appétit fiscal et aux taux d’intérêt négatif.

Deux séries de questions, deux séries de réponses.

1er point, les vraies raisons de la crise. Si on se réfère aux spécialistes de la presse anglo-saxonne, le Wall Street Journal et le Financial Time, cette nouvelle crise qui pourrait menacer l’équilibre financier de la planète s’explique par la conjugaison de trois grands facteurs.

D’abord, le comportement des banques centrales. Les milieux financiers ne comprennent pas ce qu’elles veulent faire. Tout le monde a réclamé à cor et à cri l’intervention des banques centrales pour éviter l’asphyxie. La réserve fédérale, la banque du Japon, la banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne, ont déversé des tonnes de liquidités et fait tomber les taux d’intérêt pour faciliter l’investissement. On s’aperçoit aujourd’hui qu’elles en ont peut-être trop fait. La croissance n’a pas été protégée et surtout l’inflation n’est pas revenue.

En revanche ces interventions ont créé des montagnes de dettes. Aux USA, de la dette privée, en Europe, de la dette d’état et en Chine, de la dette sur les entreprises.Cette bulle menace d’éclater et surtout les banques centrales ne cachent pas qu’elles se retrouvent assez dépassées pour trouver des solutions. Donc elles hésitent. Et l’hésitation en économie n’est jamais un très bon carburant pour élaborer une stratégie.

Les milieux financiers étaient dopés à la liquidité, ils ont flambé pendant deux ans. La banque américaine fait dire que la fête est finie et qu’il faudrait revenir à des conditions plus normales de rémunération du risque économique par un relèvement des taux d’intérêt et, du coup, ils dépriment.

Ensuite, la Chine et surtout la monnaie chinoise menacent de déclarer une guerre monétaire. La Chine a entamé un changement de modèle de fonctionnement. Après avoir été l’usine du monde, et qu’on se soit aperçu que cette usine du monde avait moins de clients en Occident, Pékin a essayé de tourner son activité vers la satisfaction du marché intérieur, mais c’est compliqué de gérer cette transition d’autant qu’il faut aussi gérer cette population de plus d’un milliard d’être humains qui vont avoir des exigences politiques et ça les Chinois ne savent pas faire. Du coup la Chine est en panne. Le parti communiste a repris le pouvoir sur le marché. Mais dans le contexte actuel, pour donner du travail à tout le monde et pour financer les investissements d’entreprise, il faut vendre des produits manufacturés. Et pour vendre, il faut être compétitif.  D’ou la tentation de la dévaluation du Yuan. Mais en dévaluant le Yuan, la Chine prend le risque d’une bataille sur les changes qui serait sanglante pour les Européens et pour les Américains. Ce qui explique les perspectives très sombres sur les économies occidentales. Et du coup la chute des cours.

Enfin, la chute des prix du pétrole qui a été longtemps considérée comme un facteur de compétitivité pour les pays acheteurs est désormais considérée comme un facteur de déflation et surtout comme un risque de déséquilibre financier supplémentaire. L’ensemble de la filière pétrole ne dégage plus de marges et, du coup, a du mal à financer les énormes investissements qui ont été faits en Amérique du nord pour exploiter les gaz de schistes. Mais ça n’est pas tout, la baisse des prix est en train de ruiner les pays producteurs du Golfe qui ne dégagent plus les fameux pétro dollars. Lesquels ne sont plus recyclés en Occident.

La combinaison entre tous ces facteurs négatifs fait planer le risque de retomber dans la récession ? C’est exactement ce que les investisseurs en bourses craignent.

Dans ces conditions, quoi faire ? Les investisseurs ont deux scénarios possibles.

1er scénario, si on ne croit pas au risque de nouvelle catastrophe, il faut évidemment faire le gros dos et attendre que l’angoisse spéculative se calme. Chacun peut certes prendre ses bénéfices sur les lignes qui ont beaucoup progressé et réinvestir sur des valeurs qui ont été très attaquées. On peut par exemple, vendre du Airbus acheté au creux de la vague en 2009 et réaliser une partie de la plus-value (110%) pour racheter des valeurs bancaires françaises, parce que les banques françaises sont structurellement très solides et qu’elles ne sont pas chères en bourse. Société Générale, BNP, ou Natixis ont quand même sauvé leurs résultats.

2e scénario, si on appréhende un scénario catastrophe du type 2008, il faut évidemment liquider et prendre du cash. Mais le cash ne rapporte rien. Il va même coûter de l’argent à l’épargnant qui va devoir payer un intérêt négatif pour le protéger.

Alors, il reste deux pistes, l’immobilier et l’or.

L’immobilier offre aujourd’hui de belles opportunités. Parce que les prix sont quand même très bas, il existe de magnifiques situations (c’est le secret) dans les grandes villes françaises et étrangères. Ensuite parce que la faiblesse des taux d’intérêt permet de faire du levier. Les loyers perçus en cas de location seront toujours supérieurs aux taux d’intérêt. Le rendement locatif sur Paris se situe entre 4 et 10%, selon la talle et la localisation.

L’or peut prendre une belle revanche en 2016. Les épargnants depuis un mois se sont rués sur le métal jaune. soit des pièces soit des lingots. Le tout géré par les banques ou thésaurisé en coffre. C’est moins glamour que d’acheter des bijoux mais c’est plus efficace. Le bijou, valeur de placement, oui mais il n’y a guère que les joaillers de la place Vendôme pour le croire.

L’or placement en revanche, a du succès partout dans le monde dans le golfe dans les émergents et en Europe. Seuls, les américains boudent cette relique barbare comme disait Staline.

Le métal jaune est la seule matière première dont les prix se sont appréciés. Le prix du pétrole a perdu 70 % de la valeur en deux ans, le nickel,le cuivre ont cédé 20 et 25% depuis un an, idem pour le charbon.  L’once d’or vaut cette semaine autour de 1220 dollars… Elle a gagné pratiquement 20% depuis le début de l’année. Elle a progressé en moyenne de 7% par mois depuis l’été dernier.

Les fonds de retraites achètent de l’or et du coup soutiennent les cours, les émergents achètent de l’or, l’Inde est le premier acheteur d’or du monde. Mais l’Europe du sud, France, Espagne, Italie, thésaurise beaucoup d’or au niveau des particuliers. Les français sont les troisièmes plus gros acheteurs d’or dans le monde derrière les indiens et les mexicains.

Le seul facteur puissant qui peut peser sur la valeur de l’or, c’est le prix du dollar face aux autres monnaies. En gros le cours de l’or est inversement proportionnel au prix du dollar. Par conséquent si la banque centrale américaine relève les taux d’intérêt et par conséquent le dollar, les prix de l’or exprime en dollar vont augmenter moins vite.

Mais si, comme prévu la FED reste très prudente, ou indécise sur les taux, l’or pourrait en 2016 prendre une belle revanche.

Les autres valeurs refuges sont plus compliquées à arbitrer parce qu’il s’agit de valeur plaisir. Les grands vins se tiennent remarquablement bien ce qui prouve qu’il y en encore des riches qui boivent du bon vin. Les voitures de collection, y compris les voitures des années 1960/90 ont de belles cotes. Elles ont doublé de prix en moyenne depuis 5 ans. Ne parlons pas de la peinture ou des objet d’art, mais là c’est réservé aux gros patrimoines (les œuvres d’art ne sont pas assujettis à l ISF) et aux experts. On peut faire fortune avec la peinture, mais on peut aussi se ruiner.