Crise : Les pays dont l’économie va repartir (et vite) ne sont pas forcément ceux qu‘on attend : la Chine, les Etats-Unis , l’Allemagne et le Royaume-Uni. Voilà pourquoi

Les prévisions de récession sont sanglantes pour 2020 mais ménagent deux surprises de poids. En Asie, c’est la Chine d’où est partie la pandémie qui limite les dégâts et s’en sort le mieux... L‘Europe est gravement touchée mais le Royaume-Uni devrait mieux rebondir grâce à sa sortie de l’Union européenne.  

La crise sanitaire a frappé une bonne partie de la planète et mis l’activité à l’arrêt. Les prévisions de croissance pour 2020 n’ont jamais été aussi pessimistes en temps de paix. « Nous prévoyons maintenant que le PIB mondial chutera de 4,6 % en 2020, contre une baisse de 3,9 % prévue dans notre Global Economic Outlook de fin avril », a déclaré Brian Coulton, économiste en chef de Fitch Ratings. Les révisions à la baisse concernent la zone euro et le Royaume-Uni, mais aussi les marchés émergents, à l'exclusion de la Chine qui va réussir à s’en sortir.  

Fitch Ratings est une agence de notation qui évalue la qualité des Etats ou entreprises en tant qu’emprunteur. C’est elle qui attribue les fameux triple A ou les notes moins bonnes. Pour cet exercice, elle établit aussi des prévisions de croissance sur les Etats.  

Ses analyses rejoignent mais précisent les chiffres du FMI, de l’OCDE ou des banquiers centraux (Réserve fédérale et BCE).


Fitch Ratings a donc publié une revue des prévisions de croissance des différents pays pour 2020 et les chiffres révisés à la fin du mois de mai sont éloquents. Seuls certains pays asiatiques pourraient espérer échapper à la récession.

Chine +0,7%. C’est le seul pays à éviter un recul de son activité sur l‘année, même si les chiffres chinois sont toujours à prendre avec des pincettes. L’économie se maintiendrait essentiellement grâce à l’ampleur de son marché intérieur puisque ses débouchés extérieurs ont été largement hypothéqués. La majorité des commerces de la Chine continentale sont restés ouverts (sauf dans la province du Hubei) alors que les magasins occidentaux ont été fermés.

Corée du Sud -1,2% (la banque centrale de Corée du Sud prévoit un PIB de +0,1%). La Corée du Sud a évité l’effondrement en activant les mesures de protection très tôt, avec beaucoup de moyens et de technologie.

Japon -5%

Inde -5%

Russie -5%

USA -5,6%

Brésil -6%

Allemagne -6,6%

Royaume-Uni -7,8%

Zone euro -8,2%

France -9%. (Les chiffres donnés par Bruno Le Maire en début de semaine sont plus pessimistes encore et font état de -11%).

Italie -9,5%

Espagne -9,6%

Belgique -10,9%.

 

Par ailleurs, si on rapproche les chiffres de la croissance possible au taux de mortalité par rapport au coronavirus, on constate une corrélation inquiétante. En bref, les pays dont les économies ont été les plus touchées sur le plan économique sont aussi les pays où les taux de mortalité liés au Covid sont les plus graves. Alors c’est inquiétant parce que ça n’est pas le Covid qui a mis les économies dans le coma. Ce sont les gouvernements qui ont pris cette décision pour protéger des vies humaines. Le résultat n’est donc pas probant. Les taux de mortalité dans les pays qui ont sérieusement confinés restent parmi les plus élevés . Alors évidemment, on ne sait pas ce qu’il en aurait été si les gouvernements n‘avaient pas confiné. Sans doute les dégâts auraient-ils été beaucoup plus graves car les hôpitaux auraient été sursaturés.

En fait, le confinement n’avait qu’un objectif : étaler dans le temps les malades pour que les services hospitaliers puissent les traiter. Cette procédure a couté très cher au système économique.

Maintenant que l’on a appuyé sur le bouton de redémarrage dans la plupart des pays, que les sorties de confinement se sont organisées, les chances de voir repartir l’économie vite et bien sont très différentes selon les pays. Ça dépend de leur situation sanitaire et surtout de leur résilience. Les plans de soutien ou de relance sont importants certes, mais tout dépend surtout des situations structurelles, culturelles et démographiques.

La situation en Allemagne est la plus favorable, fruit de la résilience quasi-historique et culturelle. Plus surprenant, c’est la capacité des Etats-Unis à se redresser. Il y a des facteurs là encore culturels et démographiques. Les populations les plus touchées sont très clairement parmi les plus défavorisées socialement.  Mais la plus grosse surprise et même assez incroyable provient de la Grande Bretagne. Le Royaume-Uni, qui a pourtant été très abimé par des réactions politiques incohérentes de Boris Johnson, pourrait au final se hisser dans le tiercé de tête mondial pour sa capacité à rebondir.

 

Le détail du tiercé gagnant :

1er - L’Allemagne qui se démarque donc en Europe, avec une prévision de récession la plus faible. C’est surtout elle qui a les moyens de repartir le plus vite. D’abord, les moyens financiers, puisque le gouvernement d’Angela Merkel n’a pas lésiné sur les moyens, avec un plan de 2130 milliards d’euros ou l’équivalent de 60% de son PIB en 2019.

C’est vrai, l’Allemagne part de moins loin car elle était en bonne santé financière. Elle avait des réserves pour se permettre des plans de relance d’envergure, mais elle s’est aussi permise d’emprunter sur les marchés pour financer cette relance.

L’autre avantage compétitif de l’Allemagne, c’est la structure de son économie, avec une présence toujours importante de l’industrie sur son territoire. Les plans de relance de la plupart des pays vont soutenir des secteurs comme l’automobile avec des mesures fortes de soutien à la consommation (primes à l’achat). Ces mesures visent évidemment à venir en aide aux constructeurs qui ont des stocks d’automobiles à écouler, mais elles auront un effet sur l’emploi et l’activité en général. Sauf que peu de pays en produisent et l’Allemagne domine la production (à elle seule 44,5% de la production automobile européenne, comparativement à la France, 6ème avec 6,7% fin 2019).

 

2e- Les Etats-Unis n’en sont sûrement pas au bout de leurs peines, mais l’économie y est moins verrouillée. La consommation reste pour l’instant incertaine, alors que c’est un moteur de l’économie.

Il n’y aura pas d’effet retardateur sur les licenciements comme en Europe puisque les vagues de licenciements ont déjà eu lieu. Les prestations de chômage ont été versées à près de 25 millions de personnes début mai, après l’explosion des inscriptions en avril (habituellement on est à 1,7 million de bénéficiaires).

Au final, on apprend que le taux de chômage a déjà commencé sa décrue en mai alors que les employés licenciés commencent à retrouver un emploi grâce aux réouvertures d'entreprises et de magasins.

 Les aides sociales versées ont soutenu le revenu des ménages qui n’ont, comme en Europe, pas dépensé, mais qui ont une propension à consommer plus importante qu’en Europe quand les magasins pourront rouvrir. Le premier signal d’embellie de l’économie tombe au même moment que ces émeutes dans beaucoup de villes américaines et dont la gestion et l’issue rajoutent de l’incertitude.

 

3e-Le Royaume-Uni était, crise ou pas crise, dans une situation où il lui fallait tout remettre à plat dans ses relations avec les autres pays, si le pays veut enclencher le Brexit à la fin de l’année. Même si la Grande Bretagne a subi la crise de manière plus violente, la Banque d’Angleterre prévoit un chiffre bien plus sévère que celui de Fitch avec une perte de PIB de 14% de prévision de récession pour cette année, mais un rebond de 15% en 2021.

Malgré ce facteur inattendu, la crise, le volontarisme politique et économique de Boris Johnson pour mettre en œuvre le Brexit aura un impact important sur la reprise. On peut s’attendre à ce qu’il aille encore plus loin dans des mesures de dérégulation ou d’attractivité fiscale, sous couvert de combattre la crise économique et sociale. Le seul moyen de s’en sortir, pour Boris Johnson, c’est d’installer le Royaume-Uni dans le statut de de paradis fiscal avec un système social capable de servir de valeur d’ajustement.

La Grande Bretagne ne va pas échapper à la transition digitale de tous les pays développés, mais pour les observateurs et beaucoup de chefs d’entreprise, le moyen de sortir du piège de la crise est d’organiser une transition radicale vers le libéralisme économique. Le modèle des Britanniques au pouvoir, c’est Singapour.