Croissance, emploi, déficit, météo… décidément tout va mal !

Par Jean-Marc Sylvestre. Encore une très mauvaise nouvelle pour François Hollande. A peine avait-il quitté Paris pour Dijon, que la météo a complètement bloqué la moitié nord de la France. « On ne pourra quand même pas lui reprocher les intempéries » dit un ministre du gouvernement. Qui sait ? La chance fait aussi partie du talent politique. La chance, pour François Hollande, c’est que son périple en Bourgogne à la rencontre des « vrais gens de terrain » ne restera pas dans l’histoire du quinquennat. Les médias ont détourné leur attention de ce  voyage pour envoyer en boucle des images de l’Autoroute A13. D’abord vexés, les services de l’Élysée se sont dit que ça n’était pas plus mal. Ce voyage ne s’est pas très bien passé. Chahuté, bousculé et surtout critiqué, y compris par les militants socialistes déçus.

Peut-être qu’un Président normal aurait quitté la Bourgogne pour aller soutenir les naufragés de la route. Les hélicoptères étaient prêts ce matin à transporter le Président dans le Calvados mais les services y ont renoncé en pensant que ça ferait un peu trop « Sarko ». Ceci dit, la semaine n’est pas terminée. Tout est possible.

Le président de la République ne parvient pas à expliquer à sa majorité qu’il est en train de changer de politique par rapport à son programme présidentiel.

Il ne parvient pas à être là où il faudrait être au moment voulu. Il a pourtant tout essayé. Il a occupé les parlementaires avec des projets de loi sociétaux (le mariage pour tous), il a essayé de détourner l’attention de l’opinion en engageant l’armée dans une guerre, au demeurant légitime, contre le terrorisme au Mali. Il s’est certes fait acclamer à Bamako, mais ce ne sont pas les Maliens qui votent et paient les impôts. Il est même allé en Inde avec des chefs d’entreprise français pour leur expliquer qu’il ne fallait pas forcement croire les discours militants qu’on déroule en France. Les discours non, personne ne les entend plus, mais les mauvais chiffres sur la croissance, les chefs d’entreprise sont bien obligés de les encaisser.

Le voilà donc, cette semaine, parti à la reconquête des Français. Dijon n’est que la première étape d’un parcours média qui devrait le conduire la semaine prochaine sur un plateau de télévision. A moins que les services de l’Élysée, se rendant compte que le Président est actuellement complètement inaudible, y compris en Province qui a voté à gauche, change encore une fois de stratégie de communication. Beaucoup commence à lui conseiller le silence médiatique en attendant les premiers signes d’éclaircie. Mais pourquoi y aurait-il une éclaircie ?

1° François Hollande a été élu sur un programme économique qui se révèle inapplicable et aggravant. François Hollande a été élu sur l’idée que les difficultés françaises n’étaient pas imputables à la crise (puisque pour lui il n’y avait pas de crise mondiale) mais à la présence de Nicolas Sarkozy. Pour se redresser, il suffisait donc de faire partir Nicolas Sarkozy et de payer les factures en augmentant les impôts. Cette stratégie a étouffé tous les mécanismes de production de richesse et d’emplois. Résultat : Plus de croissance, pas d’emplois et toujours plus de déficit.

2° Au bout de six mois, François Hollande reconnaît qu’il y a bien une crise mondiale (même si le reste du monde en est sorti), il reconnaît qu’il y a bien un déficit de compétitivité des entreprises, (virage à 180°) et qu’il va falloir réduire les dépenses de l’État (re-virage). Le problème c’est qu’en ayant changé son diagnostic, il faudrait mettre en place tous les outils correspondants et propices au redressement. C’est-à-dire arrêter la chasse aux patrons qui réussissent, baisser la pression fiscale globale et réduire les dépenses publiques de façon spectaculaire. Ne pas se contenter de 5 milliards cette année sur le budget de l’État mais gratter plus de 50 milliards par an dans toute la sphère publique (État, agence de l’État, organismes sociaux, collectivités locales). Agnès Verdier-Molinié (IFRAP) vient de démontrer qu’un tel effort  était possible et pouvait, par une nouvelle organisation, engendrer plus de valeur ajoutée du service public (éditions Albin Michel). Plus important, il faudrait aussi expliquer qu’un euro économisé au niveau de l’État, c’est plus d’un euro investi dans le privé pour créer de la richesse et de l’emploi.

3° François Hollande s’aperçoit que la communication d’une telle politique est impossible auprès de sa majorité parlementaire, de ses électeurs et de tous les partisans du parti socialiste. Ce n’est pas le programme qui est en cause, ce sont les conditions de départ qui hypothèquent toute son action et qui la rendent inaudible. D’où un taux de popularité, qui s’est effondré très vite. D’où la paralysie des services qui n’ont pas de cap ou de ligne stratégique. Ou-va-t-on et pourquoi faire ?

Certains diront qu’il n y a pas d’alternative politique. C’est vrai, la droite est très désorganisée et décrédibilisée.

Elle ne peut d’ailleurs que voter les réformes libérales proposées par le gouvernement même si elles sont encore timides (la loi sur la flexibilité sera votée par l’opposition, la reforme des retraites aussi, etc.) Mais le fait que la droite approuve en gros le virage n’arrangera pas les affaires de François Hollande parce que ça souligne son revirement.

Le problème de François Hollande est toujours le même : Comment expliquer à sa majorité que les promesses qu’il a faite ne tenaient pas la route ? Comment expliquer qu’on ne peut pas changer le monde qui nous entoure ? Comment expliquer et faire accepter à sa majorité que c’est à nous de nous adapter au changement ? Comment expliquer qu’il faut absolument créer des richesses et des emplois après avoir matraqué fiscalement tous ceux qui pouvaient le faire ?