Croissance en Europe : 3 écoles, 3 stratégies différentes

La croissance est au menu du dîner de travail entre Angela Merkel et François Hollande. Quelles sont les divergences entre les deux dirigeants ?

Pour commencer, finissons-en avec cette vieille croyance. La divergence entre Angela Merkel et François Hollande ne porte pas sur la croissance. Tout le monde sait bien que, pour sortir de la crise, il faut faire de la croissance. Le désaccord porte sur les moyens de faire de la croissance, car la croissance, ça ne se décrète pas.

Pour générer de la croissance, il existe trois écoles :

La première, c’est l’école allemande qui consiste à dire que la croissance n’existe que si l’appareil de production est compétitif. Pour que le système soit compétitif  Angela Merkel estime qu’il faut diminuer les frais généraux, alléger l’endettement de façon à abaisser les taux d’intérêt  et faire en sorte que les entrepreneurs aient intérêt à travailler. Tout cela passe par de la rigueur, voire même de l’austérité.

La seconde école est plus libérale. Elle est défendue par David Cameron en Angleterre et Mario Monti en Italie. Les deux hommes  pensent que pour être compétitif, il faut non seulement rétablir l’équilibre des finances publiques mais également desserrer les contraintes qui pèsent sur l’économie, déréguler et assouplir le marché du travail. Ce sont des thèses qui ne sont pas très à la mode aujourd’hui.

Enfin, vous avez l’école keynésienne, du nom de l’économiste anglais qui a défini tous les concepts de relance et qui ont permis le redressement après la guerre. Les partisans d’une relance de l’activité prescrivent des augmentations de revenus, des grands travaux afin de gonfler la consommation et donc générer de l’activité. Cette relance est défendue par François Hollande. Elle pose une seule question : qui paie ? Ce modèle a de chauds partisans dans les pays plantés comme l’Espagne et la Grèce. Au temps de Keynes, on finançait cette relance par l’emprunt. Le résultat de l’activité permettait de rembourser la dette. Le problème, c’est que la dette actuelle ne permet pas un nouvel endettement.

Sur le « Qui paie », François Hollande a répondu à cette question en parlant d’eurobonds. Des outils qui reviennent à faire payer par les autres ses propres dépenses. Ajouter de la dette à la dette. Pour s’en sortir, la France devra accepter le pacte budgétaire de retour à l’équilibre et des réformes de structures. L‘Allemagne devra accepter un assouplissement du calendrier et un du début de mutualisation des dettes européennes ainsi qu’un engagement à aider ses voisins.  Les pays européens sont très différents les uns des autres mais ils ont besoin les uns des autres. L’Allemagne a besoin de ses marchés européens et doit donc les financer s’ils sont en difficulté.