Croissance : la France marche mieux, mais avec des béquilles..

Après une croissance nulle au second trimestre, la machine est repartie au troisième trimestre avec une progression de 0,3% et surtout 14 000 emplois nets créés. Michel Sapin a retrouvé le sourire, mais ne pourra pas lâcher ses béquilles.

En fait, le bonheur d’un ministre tient à peu de chose. Une progression de 0,3% et tout est bouleversé. La vie, l’avenir. C’est du moins ce que le gouvernement et le parti socialiste proclament. « Le vent tourne et vous verrez, François Hollande gagnera son pari ».

Si seulement c’était vrai ! Tout le monde serait content. D’autant que ça n’est pas parce que le pari de François Hollande serait gagné qu’il pourrait, lui, gagner la présidentielle.

Le jeu de la politique doit être un peu plus compliqué. D’autant qu’en économie, la spéculation sur les chiffres macro-économiques ne mène jamais très loin.

C’est vrai que la performance réalisée au 3e trimestre est meilleure que prévue. 0,3% d’acquis alors que Bercy n’attendait que 0,2%. Sur 2015, l’économie française a donc déjà engrangé  1,1%. La croissance de cette année sera donc, à coup sûr, supérieure à 1,1%.

Pour Michel Sapin, le pays est sorti du trou noir et a retrouvé le chemin de la reprise.

Alors officiellement, les composantes de la croissance sont plus favorables. Les moteurs sont dégrippés. La consommation a progressé de 0,3% pour les produits manufacturés et surtout les investissements se sont redressés de 0,7% après un 0,8% au 2e trimestre.

Dans ces conditions, le gouvernement a mis l’accent sur les effets bénéfiques de l’action gouvernementale : le climat de réforme, la faiblesse des taux d’intérêt et de l’euro (encore que les exportations n’en ont pas profité) ainsi que l’impact du CICE, qui a sans doute favorisé l’investissement dans les entreprises. Le gouvernement estime que la tendance restera positive en 2016 compte tenu des facteurs de soutien que le gouvernement place aujourd’hui sur la fiscalité.

On peut croire cette perspective et même souhaiter qu’elle se réalise. Ceci étant, il ne faut pas rêver. La reprise française est bien tardive par rapport au reste du monde, elle survient au moment où le ralentissement mondial se confirme et surtout elle est beaucoup plus molle que partout ailleurs.

Le vrai problème de cette reprise française, c’est qu’elle est imputable à deux ressorts qui ne dépendent pas de nous directement.

Cette reprise française est appuyée sur deux béquilles que sont la BCE et le prix du pétrole. Le reste relève du bavardage spéculatif

On ne mesure pas assez les effets de la baisse des prix de l’énergie qui, depuis presque deux ans, ont redistribué une masse de pouvoir d’achat aux économies privées. Le prix du pétrole a été divisé par plus de deux. Rien que pour l’automobiliste qui achète son litre de gazoil pour 1,10 euro en moyenne, là où il approchait les 2 euros, avec une voiture qui ne consomme plus que 4 litres aux 100 km.

Quant à la BCE, il est évident que la générosité de sa politique monétaire avec un rachat d’actifs qui représente 60 milliards par mois et des taux directeurs proches de zéro a fortement contribué à alimenter l’activité en liquidités. L’euro a baissé, et les taux d’intérêts sont restés très bas.

Partout dans le monde, la reprise de croissance a été portée par la baisse des prix de l’énergie et les politique accommodantes des banques centrales. Ces deux facteurs ont été très importants mais il faut savoir qu’ils expliquent aussi par contrecoup le ralentissement des pays émergents. Ce qui a terme déséquilibre les conditions de la croissance mondiale.

La préoccupation de toutes les banques centrales du monde (BCE, FMI, Japon ) est de savoir comment sortir du logiciel actuel . La croissance des activités ne peut pas être indéfiniment tirée par la création monétaire, la baisse des prix de l’énergie et des matières premières.

Nous sommes aujourd’hui béquillés en France par la monnaie généreusement avancée par la BCE et par des prix de l’énergie importée extrêmement bas.

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