Déficit public – Philippe Hansel : « Nous ne sommes pas loin de la perte de contrôle ! »

Le gouvernement présente mardi aux députés les orientations budgétaires pour 2014. D’importantes réductions de dépenses afin d’économiser 14 milliards d’euros sont prévues : Chute des dotations aux ministères, 3200 suppressions de postes de fonctionnaires ainsi que 1200 dans les agences d’État entre autres. Objectif, ramener le déficit public en dessous de la zone rouge des 91.7% du PIB. Problème, selon Philippe Hansel conseiller économique à la Fondation Concorde, les efforts gouvernementaux ne marcheront pas si la pression fiscale sur les entreprises continue ainsi.

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La France s’endette de plus en plus et vient de franchir la barre symbolique des 91.7% du PIB. La situation est-elle critique ?
En effet la situation est sensible, nous ne sommes pas loin de la perte de contrôle. Dans le monde entier nous faisons un peu peur. Notre problème c’est bien sur le niveau de la dette, mais c’est surtout la tendance. Un niveau de dette de 90% ou  100% du PIB avec un déficit qui tend vers zéro ou l’excédent, il n’y a pas de problème. Nous, nous sommes avec un niveau de prélèvement élevé et toujours avec un déficit important qui n’est pas sous contrôle.

Justement, le gouvernement a annoncé 14 milliards d’euros d’économies de dépense. Est-ce suffisant ?
On ne résoudra pas la question du déficit par des économies à la petite cuillère. La consolidation budgétaire ne peut se réaliser qu’en procédant par des réformes structurelles mais aussi en relançant la croissance, c’est-à-dire en réduisant la pression fiscale sur les entreprises et les investisseurs. A la fois pour améliorer l’activité des entreprises et améliorer les investissements. Il faut quand même savoir que les entreprises françaises, par rapport à la moyenne européenne, subissent un écart de prélèvement équivalant à 7 points de PIB. C’est-a-dire que si nos entreprises étaient situées en Allemagne par exemple, elles auraient aux alentours de 140 à 150 milliards d’euros de charges en moins !

Donc le plan d’économie annoncé par le gouvernement n’est pas assez ambitieux ?
Quand on regarde le détail des 14 milliards d’euros d’économies programmées, on ne voit aucune réforme structurelle. Ce ne sont que des petites lignes d’économies. A aucun moment on ne peut améliorer les comptes de cette manière-là. Un exemple très simple : On a rétabli la clause générale de compétence pour les collectivités locales. Désormais, on peut par exemple créer des comités de tourismes à tous les échelons. Vous avez même des départements qui ont des ambassades à Paris et dans le monde entier. Là-dessus, on pourrait faire des économies gigantesques ! C’est véritablement ce genre de réformes qui donnent confiance aux créateurs de richesse : de savoir que l’argent public est mieux utilisé.

Julien Gagliardi