Dan Sayag : «Il y a une grande différence de programme économique entre Sarkozy et Hollande»

Réactions à chaud du monde économique. Dan Sayag, analyste et gérant d’Amilton AM, cabinet de gestion d’actif, en charge de l’allocation d’actifs et de comptes institutionnels.

Quelles sont les propositions économiques les plus marquantes de la campagne ? Sont-elles crédibles ?

Il y a une grande différence entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Nicolas Sarkozy prône le retour à l’équilibre en 2016, alors que François Hollande le prévoit en 2017. De plus, ils ont une différence sur la réduction des dépenses publiques. Depuis quelques semaines, les chiffres macroéconomiques démontrent que la croissance prévue sera en réalité moindre, ce qui change les stratégies politiques. Le trop plein d’austérité de la part des pays génère un risque de croissance diminué.  C’est pourquoi, les marchés financiers sont plus rassurés par des politiques qui avantagent la croissance et non l’austérité. Les marchés financiers ne redoutent pas l’arrivée de François Hollande. The Financial Times lui a d’ailleurs donné son soutien pour son idée de retour à la croissance, notamment sur le remaniement du pacte de croissance de la zone euro. Cependant, François Hollande n’a pas la posture de Nicolas Sarkozy à l’international. De plus, le socialiste est réticent à l’idée d’instaurer la règle d’or au niveau européen, et il veut remettre en cause le pacte européen.

Quelles sont les sujets économiques absents des programmes des candidats ? Pourquoi n’ont-ils pas été évoqués ?

Les sujets pour relancer la compétitivité française qui perd de plus en plus de part de marché, ainsi que la flexibilité du droit du travail qui est un frein de développement par rapport aux autres pays. Pourquoi ? Car nous sommes en périodes électorales et ces sujets n’intéressent pas les gens. De plus, cela ne fait pas gagner de voies.

La rumeur d’effondrement des marchés financiers si François Hollande devenait président est-elle crédible ? Si oui, quelles en seraient les conséquences pour l’économie française ?

L’idée que François Hollande devienne président est intégrée par les marchés. Certes, cela va créer des tensions à court terme en France, mais rien de catastrophique. De plus, il faudra voir la réaction de l’Allemagne, des autres pays européens « pro Sarkozy », ainsi que de la BCE pour voir réellement les conséquences sur l’économie. On ne peut pas savoir pour le moment ce qu’il se passera. C’est vrai que si les taux français continuent de grimper, il faudra prendre cela au sérieux évidemment. Cependant, la France n’est pas au même niveau que la Grèce, le Portugal ou l’Espagne. On a vu cette semaine que les émissions obligataires se sont bien passées et la France emprunte à des taux historiquement bas. Donc on a quand même de la marge avant l’effondrement. Par conséquent, il peut y avoir des tensions à court terme, mais l’idée de revenir à la croissance rassure les marchés.

Audrey Mangin