Dans le mariage Alcatel-Nokia, c’est Nokia qui avale Alcatel et ça passe mal

Le mariage entre Alcatel et Nokia a réveillé les vieilles craintes de la mondialisation. Avec de telles inquiétudes on n’est pas sorti de la crise. Dommage, parce que l’avenir est aussi aux mariages transfrontaliers.

Le mariage Alcatel-Nokia, salué par l’ensemble du monde des affaires comme l’occasion historique de construire un champion mondial des réseaux de communication à haut débit, ne fait pas l’unanimité dans la classe politique. Cette dernière voit le risque de perdre, une fois de plus, un très beau fleuron de l’industrie française au profit du Finlandais.

Et c’est vrai que si l’on regarde rapidement le contrat de mariage, la France a perdu la partie. Alcatel va passer sous le contrôle de Nokia et le nouveau groupe sera dirigé par les Finlandais, le siège sera en Finlande et le nom d’Alcatel va disparaitre. Vu comme ça, le résultat est pitoyable. Alcatel n’existe plus. Eh bien oui, Alcatel n’existe plus parce que l’entreprise n’avait plus la force d’exister. Mais l’opération peut aussi se voir sous un autre angle.

D’abord, Alcatel n’avait pas d’autres solutions que de se vendre ainsi ou de se laisser mourir. A qui la faute ? A la direction générale de l’entreprise qui n’a pas su définir une stratégie cohérente pendant plus de 20 ans et qui a gaspillé son potentiel industriel. Mais la faute en incombe aussi à l’écosystème public.

Quand, dans un pays, on dispose d’un industriel qui a su inventer l’ADSL, et qui est devenu le champion du monde des réseaux haute performance, on s’arrange pour ne pas laisser l’opérateur historique, France Télécom, s’équiper de matériels étrangers. C’est pourtant ce qui s’est passé. Alcatel a travaillé beaucoup plus avec des clients étrangers qu’avec les opérateurs français qui bizarrement ont préféré Ericsson ou Huaweï.

Les mêmes responsables politiques, de droite ou de gauche, qui grognent aujourd’hui contre l’opération Nokia n’ont jamais vu que les entreprises publiques françaises achetaient du matériel étranger.

Ensuite, Alcatel n’était plus « Français » depuis longtemps car l’entreprise réalisait 95% de son CA à l’étranger, employait en France 5000 salariés sur les 60.000 emplois. Quant au capital, il n’était détenu par les Français qu’à concurrence de 35 %.  Ne restait en France, en dehors de la direction générale, que le service de recherche. Alcatel est plus international que Français.

Enfin, Alcatel  n’avait pas d’autres solutions que de se marier pour sauver ce qui pouvait l’être comme la R&D. L’entreprise n’avait pas la taille critique pour affronter la concurrence étrangère. Nokia a fait la même analyse, il lui fallait fusionner avec un partenaire mais Nokia avait un avantage dans cette affaire : l’entreprise dispose d’un trésor de guerre de 5 milliards d’euros, produit de la vente du  téléphone à Microsoft.

Conclusion, les deux groupes qui sont complémentaires vont unir leur force pour devenir le premier groupe mondial des réseaux dans un secteur désormais stratégique. Le trafic internet est devenu tellement important que la planète toute entière a besoin de câbles, de tuyaux et de réseaux. Alcatel-Nokia pourra affronter les américains et les asiatiques.

Ce n’est évidemment pas un groupe français, ça sera un groupe européen comme  Airbus ou Ariane Espace. Il y a d’autres entreprises françaises qui vont ainsi se marier et sans doute perdre leur nom. C’est un fait.

La France paie trente années de rigidité et de bureaucratie fiscale qui ont empêché nos groupes de se développer et de renforcer leur compétitivité. Dans l’automobile, le bâtiment, les opérateurs téléphonique.

Mais l’important, c’est que l’entreprise et le laboratoire de recherche survivent. Beaucoup regretteront que le nom Alcatel disparaisse, au profit de Nokia . Et alors ? Quand un homme et une femme se marient, la femme en général perd son nom et prend celui de son mari, ce n’est pas pour autant qu’elle disparait. Cela ne va déranger qu’une infime minorité.