Dans les coulisses de Jackson Hole, les gouverneurs des banques centrales se sont demandés si l’euro fort n’allait pas contrarier les plans d’Emmanuel Macron

A Jackson Hole, si les banquiers centraux n’ont pas refait le monde, ils ont surtout fait grimper, encore une fois, l’euro face au dollar. Toujours plus près des 1,20, l’euro a atteint ce weekend les 1,19 dollars. 1,1949 dollars à son plus haut, après le discours de Mario Draghi, président de la BCE présent lors de cette traditionnelle réunion des banquiers centraux de fin d’été.

 

Chaque année à Jackson Hole dans cette vallée somptueuse du Wyoming, les gouverneurs des banques centrales se réunissent en conclave pendant un week end, afin de confronter leur analyse de la situation économique du monde et peut être coordonner les politiques monétaires.

Officiellement, il ne s’y passe rien. Tout est informel et secret comme au Vatican. Tout cela reste confidentiel. Les gouverneurs de banque centrale sont déjà indépendants de leurs gouvernements, pas question pour eux de laisser croire qu'ils pourraient conjointement prendre des décisions. Ceci dit après coup, on sait ou on devine ce qui a pu se passer en coulisses.

Ni Mario Draghi pour la BCE, ni Janet Yellen pour la Fed n’ont, dans leur discours, donné de signal clair de prochaine hausse des taux pour l’une ou réduction du programme de rachats d’actifs pour l’autre. Aucune orientation de la politique monétaire qu’ils vont mener ces prochains mois. Au lieu de ça, ils ont chacun fait part de leur optimisme face à la reprise de la croissance mondiale et se sont contentés de lancer des piques à l’égard de Donald Trump en fustigeant le protectionnisme. En réaction, l’euro a continué de monter ce weekend, à un niveau qu’il n’avait pas atteint depuis janvier 2015. Dimanche soir, l’euro était encore à un niveau de 1,1931 dollar.

 

En fait, l’euro apparaît aujourd’hui comme une source de stabilité, parce que partout ailleurs, ça ne va pas très bien.

L’euro va bien car le dollar ne va pas bien, il est plus bas qu’il ne devrait être. Il a d’ailleurs baissé par rapport à un panier de devises, pas seulement face à l’euro. Début 2017, les analystes avaient même prédit la parité des deux monnaies. Cela ne s’est pas réalisé à cause de la tournure politique qu’a pris l’Europe. On s’attendait à l’arrivée des populistes, ce ne fut pas le cas. On a des europhiles affirmés, qui ne laisseront pas tomber l’Union européenne.

Aux Etats-Unis, on ne sait toujours pas où on va. Donald Trump qui, lui, s’est fait élire sur un programme populiste, n’arrive pas à mettre en place une seule de ses mesures économiques. Sa politique économique reste imprévisible, pour le moment inexistante. Les investisseurs n’ont plus envie de croire qu’il va instaurer une politique volontariste avec des coupes d’impôts et une relance budgétaire. Le populisme n’a pas pris de l’autre côté de l’Atlantique. Du coup, si les Etats-Unis se portent bien pour l’instant, avec une croissance à 2% et un chômage en dessous de 5%, les analystes peinent à dire jusque quand. L’incertitude est trop grande pour les investisseurs qui s’éloignent de la monnaie américaine.

Au Royaume-Uni, la livre sterling, traditionnellement forte, souffre de l’incertitude liée au Brexit. Surtout que nous sommes à la fin août et c’est maintenant que nous allons entrer dans la phase dure des négociations du Brexit. Là encore, trop d’incertitude qui ne bénéficient pas à la vigueur de la monnaie britannique.

Du coup, c’est l’euro qui fait office de monnaie refuge, renforcée par les investisseurs étrangers qui viennent acheter les actions européennes, par les chiffres de la croissance européenne qui, même s’ils sont moins bons que les chiffres américains, bénéficient de meilleures prévisions.

 

Sauf que l’euro fort pourrait bien être la contrariété de la rentrée et venir perturber les plans d’Emmanuel Macron sur la reprise de l’activité et de l’emploi.

Car l’euro fort pèse sur les exportations. Si la France n’a pas le plus à perdre dans un renchérissement de la monnaie unique, contrairement comme à un pays comme l’Italie, cela pourrait néanmoins peser sur certains secteurs : équipements, alimentation, hautes technologies, qui présentent des bien facilement substituables, car pas assez spécialisés, pas assez haut de gamme.

L’euro vient renchérir le prix de ces biens exportés, et donc amoindrir les efforts faits en compétitivité, la première obsession de Macron via la réforme du Code du travail. Une compétitivité-coût affaiblie, même si la flexibilité sur le marché du travail vient améliorer la compétitivité hors coût. Bref, on fait des efforts sans en être récompensés.

L’euro fort, c’était l’excuse préférée des gouvernements pour ne pas faire de réforme, puisque de toute façon, ses effets ne se verraient pas. Mais ce n’est que la seconde difficulté pour M. Macron, puisque la première est que les français n’aiment pas les réformes, d’après les déclarations du chef de l’Etat lors de son déplacement à Bucarest. Il est donc largement temps de se mettre au travail.