Décryptage : « On a une chance sur deux d’être dégradé en fin de semaine »

Lundi soir, l’agence de notation Standard & Poor’s décidait d’une mise sous surveillance négative des pays de la zone euro. Le risque d’une perte du triple A français est de plus en plus probable. Décryptage avec Dan Sayag, gérant chez Amilton Asset Management.

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S&P met 15 pays de la zone euro sous surveillance, qu’est ce que cela veut dire ?

Dans les faits, la mise sous surveillance avec implication négative a une chance sur deux d’aboutir à un abaissement de la note au terme de 90 jours. Toutefois dans le cas présent, l’agence a précisé qu’elle n’attendra pas le délai habituel de trois mois et compte conclure sa revue au plus vite, donc probablement à l’issue du sommet européen de jeudi et vendredi.

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Si, d’aventure, les six pays devaient se voir retirer la note maximale AAA, la notation du Fonds européen de stabilité financière (FESF), qui a obtenu lui-même le plus haut rang, devrait également être affectée. Pour la première fois, cette menace concerne la zone euro dans son ensemble. Cela démontre que les destins de tous les pays de la zone sont étroitement liés, et justifie la nécessité de prendre rapidement les décisions qui s’imposent au niveau européen.

Pourquoi sommes-nous sous surveillance ?

Le fait d’être « mis sous surveillance » n’a jamais pris un sens aussi concret que dans le cas actuel, car l’agence de notation cherche clairement à mettre sous pression les gouvernements avant le sommet européen de Bruxelles. On peut donc considérer que la démarche de S&P constitue une incitation importante pour que les dirigeants européens prennent des mesures décisives à la hauteur de la crise actuelle.

L’agence a même implicitement fournit une liste de question auxquels ils doivent répondre en mettant en avant cinq facteurs d’aggravation de la crise: le durcissement des conditions de crédit, les tensions sur les taux des obligations souveraines, la persistance des désaccords entre dirigeants européens, le niveau élevé d’endettement et le risque accru de récession de la zone euro. Il convient de signaler la nouvelle erreur de timing de S&P, dont la menace ne prend pas en compte les annonces très importantes qui ont été faites hier par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel.

D’ailleurs les marchés financiers et les investisseurs avaient bien accueilli les décisions prises par Paris et Berlin, les taux d’intérêt obligataires ayant reflué tandis que les marchés boursiers ont terminé en hausse.

Va-t-on être dégradé en France ?

S&P met une pression particulière sur la France en précisant qu’elle pourrait être dégradée de deux crans, contre un seulement pour les cinq autres pays AAA de la zone euro.Sachant que la France est déjà sous la menace de Moody’s, on peut donc considérer que la probabilité de dégradation de la note dans les prochaines semaines est plutôt élevée.

En théorie, la principale conséquence serait une hausse des taux d’intérêts sur la dette française. Toutefois, on a vu cet été que ce n’était pas automatique car les taux US ont continué à baisser malgré la perte de leur AAA. Les investisseurs semblent de moins en moins sensibles aux notations des agences notamment en raison de leur perte de crédibilité suite à la crise de 2008 et à la multiplication des erreurs récentes (erreur sur le calcul de la dette US, fausse alerte sur une dégradation de la France…).

De plus, dans le cas ou S&P met en application sa menace sur l’Allemagne et considérant le fait que les US ne sont déjà plus notés AAA, cela signifierait que les deux principales zones économiques mondiales ne sont plus considérées comme les moins risquées. Il convient donc de se demander si le marché ne va pas dorénavant considérer que la note AA devient de facto le nouveau taux sans risque…