Derrière les discours encourageants, l’immobilisme politique n’a jamais autant pesé sur les entreprises

En dépit des discours très libéraux de Manuel Valls, on s’aperçoit que la pression purement politique n’a jamais été aussi forte sur les entreprises pour entraver leur développement. Salaires des patrons, ouverture des magasins le dimanche, code du travail : les exemples de ratages et d’ambiguïtés se sont multipliés cette semaine.

La semaine aura été le théâtre d’un championnat de France de l’hypocrisie. Alors que la gouvernance a juré de toutes ses forces qu’il fallait nécessairement laisser respirer les acteurs de l’économie, pour qu’ils puissent retrouver un peu de dynamisme, jamais on a autant senti la pression politique s’exercer sur les entreprises pour les empêcher de gérer le changement.

Le monde des affaires s’est toujours plaint, à juste titre, de la lourdeur administrative et fiscale. Il se plaint aujourd’hui d’être soumis en plus à la pression politique.

L’entreprise est de plus en plus gênée pour assumer ses objectifs économiques ou financiers, elle doit tenir compte des impératifs politiques. Les chefs d’entreprise ne sont pas idiots, il y a des règles et ils doivent les respecter, mais la pression qu’ils subissent va au-delà de ces règles. La pression est purement politique voire idéologique et, comme elle est relayée par les médias et correspond à une demande assez vague de l’opinion, les chefs d’entreprise sont obligés de céder sur des points qui relèvent pourtant de leur responsabilité. Cette semaine, la gouvernance française nous a encore livré clés en mains quatre exemples qui ne sont pas anodins où les entreprises ont été obligées de capituler devant cette pression.

Le premier exemple, c’est celui du salaire des patrons. L’attribution d’un parachute doré à Michel Combes pour son départ d’Alcatel avait provoqué un concert de protestions venant d’abord, non pas des actionnaires, non pas du personnel, mais de la classe politique à gauche comme à droite. Cette vague d’émotion a été relayée par la presse, puis reprise par les organisations patronales et syndicales.

Sans aller sur le fond, Alcatel a été obligé de revenir sur cette décision d’allouer l’équivalent en actions de 13,7 millions d’euros. Mais comme le conseil d’administration ne savait pas quel chiffre retenir, il a coupé la poire en deux et fixé le bonus à 7 millions. Ce qui est bien la preuve que personne n’avait pas d’objection de principe à cette prime de départ. Le scandale va s’étouffer de lui-même, mais une fois de plus, le système français a fait preuve de grande lâcheté. Exactement comme au moment de l’annulation de la prime de départ de Thierry Morin, l’ex patron de Valeo, ou celle d’Axel Miller le président de Dexia.

Toutes ces primes allouées aux PDG sont, sans doute, scandaleusement confortables. Mais, soit elles ont été attribuées dans le respect des règles internes par les pouvoirs de l’entreprise, eux-mêmes encadrés par les contre-pouvoirs, ou bien elles sont totalement arbitraires. Dans ce cas-là, il y a des procédures de sanctions qui doivent être mise en œuvre.

La vérité, dans ce type d’affaire, c’est que la classe politique, ne comprend toujours pas et ne supporte pas le fonctionnement de l’économie de marché. Par conséquent, elle pollue le fonctionnement de l’entreprise par des considérations morales. A la limite, les politiques devraient fixer la limite à partir de laquelle on est trop riche, fixer le montant des salaires des PDG  et celui des footballeurs : pour que l’économie fonctionne selon la moralité d’État.

Or, l’entreprise n’a pas à être morale. L’entreprise doit être performante et efficace, respectueuse des règles. Les hommes de l’entreprise n’ont pas à tenir compte des contraintes politiques, sauf si le système en vient à perturber leur image et donc à hypothéquer leur potentiel. C’est un peu ce qui se passe.

Le deuxième exemple porte sur les amendes que va devoir verser la société Monoprix pour dépassement des horaires de travail : 750.000 euros de liquidation d’astreinte pour la CGT, parce que ce sont les syndicats qui récupèrent cet argent. Ce qui explique que leur lutte contre l’ouverture des magasins le dimanche n’est pas tout à fait désintéressée. Le résultat, c’est que l’entreprise va baisser les bras dans son programme de création de l’activité et des emplois en élargissant ses horaires d’ouverture.

La même problématique pèse sur les ouvertures de magasins le dimanche sauf que la loi Macron a un peu ouvert le champ des libertés mais pas sans mal.

Le troisième exemple nous a été livré tout chaud cette semaine par l’ouverture d’un débat autour du code du travail. Les projets du gouvernent sont, désormais, de répondre aux nécessités du marché de l’emploi. Il n’a pas le choix. A priori, la réforme imaginée par Manuel Valls correspond à tout ce que les chefs d’entreprise et les experts de gauche comme de droite souhaitent. A savoir plus de flexibilité, plus de liberté donnée aux entreprises pour qu’elles s’organisent avec leurs partenaires sociaux. Et cela au détriment de la loi ou des grands accords cadres qui sont généralement signés au niveau national après une grand-messe et un psychodrame social, médiatisé en direct pour bien chauffer les esprits. A priori, la réforme ira donc très loin. A priori, parce que la politique va évidemment se mêler de tout cela. Le Premier ministre, ayant déjà cherché à éteindre des incendies qui ne sont pas encore allumés, a solennellement déclaré que la réforme aura pour objectif de sécuriser les salariés. La droite n’a pas eu de réaction plus originale.

La politique se trompe trois fois dans cette affaire. D’abord quand elle croit rassurer des salariés qui n’ont pas manifesté d’inquiétudes particulières. La politique voit des inquiétudes là où il n’y en a pas forcement. Ensuite, elle se trompe en pensant que le Code du travail est capable de protéger le salarié. Ce qui protège le salarié, c’est le dynamisme de l’économie. C’est le fait, de savoir que, si on perd son travail, on en retrouvera un autre très vite. La situation actuelle est angoissante parce que le type qui perd son job mettra presque un an à en retrouver un autre s’il en retrouve un autre.

Enfin, la politique se trompe parce qu’à vouloir édulcorer un projet, en arrondir les angles pour satisfaire quelques intérêts corporatistes, elle va rater son objectif qui était de dynamiser par plus de flexibilité le système de production.

Le quatrième exemple est une caricature. Il se loge dans le travail préparatoire à l’organisation de la conférence climat. Pour François Hollande, c’est le coup du siècle. L’objectif : rassurer les opinions publiques après les avoir inquiétés par des rapports contradictoires.

Il s’agit aussi de neutraliser ou exploser les mouvements écologistes en récupérant leurs électeurs sans pour autant taper sur les entreprises. Donc des innovations oui, de la compétitivité oui, mais dans le respect des normes et des objectifs d’émission de gaz à effet de serre. Cette conférence climat va ressembler à un énorme barnum qui va distribuer les freins politiques. Des exemples sont légions dans l’énergie avec le nucléaire ou les gaz de schistes. Le pouvoir est paralysé par les groupes de pression. Dans l’agriculture, et ses contraintes de marché, qui appellent pourtant des efforts de productivité et de compétitivité, le pouvoir est paralysé par une campagne française qui manifeste un comportement très conservateur. Notre agriculture serait beaucoup plus moderne et ouverte sur le monde si on l’écoutait davantage et si on gommait toutes les entraves protectionnistes à son développement.

Le comble français de la pression politique qui paralyse l’activité aura été atteint avec le principe de précaution élevé par Jacques Chirac au niveau de la Constitution, qui empêche toute expérimentation nouvelle,  mais dont l’application ne sert le plus souvent qu’à protéger des intérêts particuliers.