Des Français découragés face à un Président décourageant

François Hollande s’est exprimé pendant près de deux heures hier sur TF1. Il n’a surement pas réussi à rassurer les Français. Le petit panel de questionneurs a donné l’image d’une France découragée par un Président à bout de souffle.

François Hollande s’est exprimé pendant près de deux heures hier sur TF1. Il n’a surement pas réussi à rassurer les Français. Le petit panel de questionneurs a donné l’image d’une France découragée par un Président à bout de souffle.

L’exercice n’était pas facile mais personne ne l’a obligé à le faire. Passons sur l’acte 1 qui se voulait intimiste. Il a été complètement inutile, sauf pour les producteurs de l’émission et les commentateurs de la chose politique. Ils sont les premiers à dire que la vie privée n’est pas toujours reluisante mais ils sont aussi les premiers à céder à la tentation de se vautrer dans le glauque et la douleur pour faire de l’audience.

Le reste de l’émission était plus consistant. Mais Hollande laissera une impression de malaise, tellement les positions étaient ambiguës et floues.  Le seul point positif de cette soirée, c’est le fait que François Hollande laisse à Manuel Valls et à Emmanuel Macron le soin de mettre en place les réformes de structure. Pas un mot sur sa majorité qui s’effondre et qui freine tout.

De cette soirée, il en ressort trois points forts qui, malheureusement, résument beaucoup mieux les deux premières années qu’ils n’éclairent l’avenir.

Tout d’abord, la France qui s’est exprimée et qui reflète assez bien la réalité a donné l’image d’une France fatiguée, désolée et déprimée par le chômage, les impôts, la tracasserie administrative et fiscale. Cette France est paniquée par l’avenir avec le sentiment de ne pas être protégée des vents violents de la crise, de la concurrence et de l’Europe. L’État s’est affaibli et le Président semble à totalement à coté du sujet.

Ensuite, François Hollande a donné l’impression d’être débordé par tous ces problèmes de disfonctionnement, de Pôle Emploi, d’allocations familiales, de politique budgétaire…Il a voulu répondre aux uns et aux autres, en bon élève appliqué mais il n’a fait qu’étaler son impuissance devant cette bureaucratie qui étouffe toutes les initiatives. Plus grave, à aucun moment il a réussi à faire une pédagogie simple sur les trois grands sujets qui angoissent les Français :

  • La mondialisation. Pas un mot sur la mondialisation qui, pour le commun des mortels, n’engendre que des délocalisations et du chômage. Pas un mot sur l’Europe et sur l’euro. Pas un mot sur la seule solution capable de nous sortir de ce piège, une évolution fédérale de l’Europe.
  • Le progrès technologique. Pas un mot,  sauf à dire que la France avait le crédit impôt recherche qu’elle avait donc des atouts formidables. Ce qui prouve que le Président lit Les Échos puisque c’était la une de jeudi matin. Pas un mot sur le principe de précaution, les innovations dans les énergies nouvelles.
  • L’économie de marché. Pas un mot, il avait trop peur que l’on confonde avec le libéralisme. L’entreprise, oui et la compétitivité oui sauf qu’il aurait pu ajouter création de richesse et croissance. C’est très simple à expliquer, surtout quand on a fait HEC comme lui.

Enfin, la troisième remarque est plus politique. Contrairement à ce que beaucoup craignait, il n’a donné aucun coup de canif au contrat qui le lie à Manuel Valls et à Emmanuel Macron. Il a bien dit que son équipe appliquait une politique dont il avait défini la direction mais comme celle-ci est très floue et hésitante, on a compris que le couple Valls-Macron avait désormais carte blanche et coudées franches pour conduire le pays sur la voie des réformes. C’était la grande inconnue de cette soirée. Lâcher Valls et Macron revenait à se suicider mais comme les rapports entre l’Élysée et Matignon sont devenus explosifs, on pouvait s’attendre à tout.

Pour conforter son gouvernement, François Hollande n’a pas abordé la fronde des députés. Il est vrai qu’Henri Emmanuelli, qui fait figure de vieux sage des contestataires, avait promis au chef de l’État qu’il aurait sa majorité à condition que Valls ne fasse pas trop de provocation.

Les Duflot et autres frondeurs doivent être assez en colère car tout semble en place pour trouver chez les centristes de François Bayrou les quelques voies qui viendraient à manquer si le Front de Gauche, EELV ou même une partie du PS se fâchait sérieusement. En allant à Pau, Manuel Valls préparait l’avenir.

François Hollande ne ressort pas de cette émission plus Président qu’avant mais pas plus dévalué non plus. Il est probable qu’à partir de maintenant les choses sérieuses se feront à Matignon et à Bercy, ceux qui pouvaient encore avoir des doutes n’en ont plus.