Déstabiliser Manuel Valls ou abandonner sa majorité, le choix cornélien de François Hollande avant son interview de jeudi

Le président s’exprimera jeudi à la télévision et personne au gouvernement ne communique sur le contenu de l’interview. A l’Élysée, on explique que cette émission a pour objectif de permettre à François Hollande reprendre la main. On comprend mieux le silence inquiet de certains ministres.

Le président s’exprimera jeudi à la télévision et personne au gouvernement ne communique sur le contenu de l’interview. A l’Élysée, on explique que cette émission a pour objectif de permettre à François Hollande reprendre la main. On comprend mieux le silence inquiet de certains ministres.

Tout est possible. On sait simplement trois choses sur les conditions de l’émission. Des conditions primordiales puisqu’elles doivent dessiner la trajectoire du Président pour la dernière partie de son quinquennat.

Tout d’abord, la situation économique française est plantée. La négociation à Bruxelles s’est très mal passée. C’est la Commission elle-même, pour sauver les apparences, qui a trouvé les 3,6 milliards qui manquaient. Paris n’a rien lâché sur les dépenses, les commissaires sont furieux et ils ne lâcheront pas Paris, persuadés que la gabegie budgétaire fait courir un risque grave à la zone euro.

Ensuite, le patronat et les syndicats ont inondé l’Élysée de notes et de synthèses sur ce que le Président devrait faire comme réformes pour débloquer les investisseurs. C’est, en gros, ce que préparent Manuel Valls et Emmanuel Macron : réforme du droit du travail, baisse des dépenses de fonctionnement, baisse des impôts etc…

Enfin, François Hollande et Manuel Valls sont, semble-t-il, braqués l’un contre l’autre et de plus en plus. Le président de la République a très mal vécu l’interview de son Premier ministre dans l’Obs. Il vit aussi très mal qu’une partie de sa majorité soit vent debout contre cette politique d’ouverture.

Cet environnement très lourd, avec derrière des enjeux politiques très sérieux, va servir de toile de fond à ses propos de jeudi à la télévision. Sauf que personne ne sait ce qu’il va dire. Il a deux possibilités.

Soit François Hollande conforte son Premier ministre, en dépit de ses mauvais scores de popularité. Il persiste et signe la politique de réformes libérales. Le seul risque qu’il prend, c’est de se couper encore un peu plus de la gauche du PS et des écologistes. Mais peut-il encore descendre plus bas dans les sondages ? François Hollande ne risque plus rien. C’est en gros, le sens de toutes les notes qu’il reçoit depuis quinze jours.

Deuxième alternative, il recadre le Premier ministre pour se rapprocher des grincheux ou des écolos. Orientation qu’il a acceptée et initiée, il peut tout simplement ramener Manuel Valls dans les clous du politiquement correcte en lui demandant de cesser les provocations et de faire profil bas.

Dans ce cas pour Manuel Valls, c’est inacceptable. François Hollande peut lui faire un peu de Chirac, « je décide, il exécute ». Décidément, il faudra se méfier des Corréziens quand ils accèdent à la magistrature suprême. Un François Hollande sincèrement agacé et cassant avec son Premier ministre peut lui rendre service. Pour beaucoup, Manuel Valls cherche le prétexte ou l’occasion de partir, voler de ses propres ailes.

Le discours de François Hollande n’est pas attendu par l’opinion. Pour la petite caste qui détient le pouvoir, il va être essentiel, mais pour l’heure, personne ne sait ce que le Président fera à son retour du Canada où il est parti quelques jours : ou il casse son Premier ministre, ou il casse sa majorité.