Donald Trump invite les banques américaines à réinventer les subprimes : du crédit facile pour ses électeurs, des risques majeurs pour l’Europe

En donnant aux banques américaines plus de liberté qu’elles en avaient avant la crise, Donald Trump va rallumer le feu de la spéculation mondiale.

Donald Trump veut apporter du crédit facile aux classes moyennes américaines, des profits gigantesques aux banquiers de Wall-street mais faire peser sur le système mondial des risques nouveaux. Le président américain a signé les décrets qui réforment la réglementation qui avait été mise en place après la crise de 2008. En gros, il revient purement et simplement sur la règle appelée règle Volker et sur la loi Dodd-Frank.

En bref, il remet en liberté le système bancaire américain en invitant les banques implicitement à retomber dans la spéculation. Et pourquoi pas ressortir les célèbres Subprimes qui avaient permis dans les années 2000 à une partie de l’Amérique pauvre de se donner l‘illusion d’être riche en s’endettant. Et ce faisant, en donnant une telle liberté de mouvements aux banques américaines, il coince les banques européennes qui, elles, sont occupées à négocier des garanties supplémentaires.

Parce que jusqu’à maintenant, Donald Trump a surtout parlé. Il a dit qu‘il ferait le mur à la frontière Mexicaine, mais ce mur existe déjà, il ne sert pas à grand chose. Il a proféré des menaces de barrières douanières tarifaires ou autres, certains industriels ont donné des signaux de relocalisation à l’intérieur des Etats-Unis, mais ça reste très symbolique. On ne relocalise pas une industrie par un claquement de doigts.

Et puis, tout ce qui va renforcer le protectionnisme finira par pénaliser les consommateurs et notamment les plus modestes qui sont ses électeurs. Alors restons calmes. Le décret interdisant l’immigration,  ayant le but de freiner l’entrée aux USA des ressortissants étrangers a créé plus d’émotion. Les chefs d’entreprise, comme les ingénieurs de la Silicon valley se sont élevés contre cette mesure contraire à toutes les traditions américaines et surtout, contraire à son modèle de développement. L’Amérique a fait sa fortune en accueillant des talents étrangers. En plus, la justice fédérale a annulé cette décision.

Donald Trump veut engager un bras de fer sur ce dossier, sauf qu’il n’est pas du tout sur, de l’emporter. La décision de s‘attaquer à la règlementation financière ne va pas soulever une opinion publique, qui ne va pas comprendre les détails de ce qui peut se passer, elle ne va provoquer la colère des élites financières parce qu‘elles vont en profiter, mais le vrai risque est de déséquilibrer à nouveau le système.De quoi s’agit –il ? Au lendemain de la crise des subprimes de 2008, Barack Obama, fraichement élu, avait pris un certain nombre de dispositions afin de limiter les risques de spéculation des banquiers US.

Les lois Volker et Dodd-Frank avaient réglementé le système bancaire en le privant d’une liberté excessive. L’administration américaine avait en effet exiger des banques qu’elles possèdent un niveau de liquidité qui leur permettent de faire face à des chocs conjoncturels importants ou même à des erreurs de gestion. Le président Obama avait même installé une nouvelle agence de contrôle, un conseil de surveillance de la stabilité financière pour identifier et prévenir les risques qui peuvent peser sur la stabilité du système financier. Il fallait éviter que les banques ne puissent pas fonctionner en pensant que de toute façon l'Etat serait là, en garantie, ce qui les autorisait à faire tout et n ‘importe quoi.

« Too Big Too Fail ». En clair, les banques se sentaient trop fortes, trop puissantes pour que leurs erreurs soient sanctionnées. Cette arrogance les a conduites à beaucoup d’excès et même à la catastrophe systémique de Lehman Brother. Les règlementations Obama ont cassé cette logique de poker et mis les banques sous tutelle. Alors la tutelle était moins sévère que celle qui tient le système européen mais elle a permis de restaurer la confiance et de sortir de la crise. Donald Trump semble vouloir remettre en cause tout ce système de sécurité et de garantie. Puisqu’il va faire sauter une grande partie des obligations des banques.

La vraie question est de savoir pourquoi ?

On peut penser que son ambition est de détricoter tout ce qu’a fait Obama. On peut croire qu’il cède à la pression amicale du gros business américain avec lequel il est très lié. On peut aussi imaginer qu’il cherche à relancer le crédit privé pour permettre aux américains les plus modestes de vivre à nouveau à crédit comme au bon temps des subprimes.

Parce que le premier effet de la dérèglementation du système sera de permettre aux banques de prendre plus de risques et donc d’accroitre leur activité.

Conséquences indirectes, les mesures Trump vont donner au système américain une efficacité que le système européen ne pourra pas offrir. Le système européen est contrôlé étroitement depuis la crise par les accords de Bâle 3 et très prochainement de Bâle 4. La règlementation européenne sécurise fortement le système européen, en imposant des ratios de liquidités et de fonds propres, c’est vrai, mais cette règlementation empêche les banques européennes de se battre à armes égales avec leurs concurrentes américaines. Plus grave encore, quand une grande partie des ressources financières sert à consolider les fondations du système, les banques ont beaucoup moins de moyens pour répondre aux demandes de l’économie.

La sortie de crise a créé des conditions assez contradictoires. On a mis en circulation des masses de liquidités, soit disant pour alimenter l’industrie, mais en réalité, ces masses de liquidités ont surtout servi à renforcer les fonds propres des établissements financiers.

Les banques américaines vont avoir, elles, beaucoup plus de liberté avec des semelles beaucoup plus légères ce qui leur permettra de courir beaucoup plus vite dans la compétition internationale. Jusqu’au jour où une des banques ira dans le mur comme en 2007 et 2008. 

La décision Trump apportera du crédit facile aux classes moyennes américaines, des profits gigantesques aux banquiers de Wall street mais aussi fera peser sur le système mondial des risques nouveaux.