Donald Trump peut gagner et ça ne choque plus les Américains

A New York, le monde des affaires n’aime aucun des deux principaux candidats. Ni Clinton, ni Trump. Il votera donc pour un programme. Depuis 24 heures, ils donnent Donald Trump gagnant.

Après la victoire écrasante de Donald Trump dans la primaire de l’Indiana, celui que tout le monde prenait pour un clown reste le seul en piste face à Hillary Clinton avec de fortes chances de l’emporter.

Depuis mardi, après avoir vécu en direct toute la soirée des primaires de l’Indiana, la majorité des Américains donnent désormais Donald Trump gagnant au dernier tour de la présidentielle. Du coup, les milieux d’affaires de New York qui ne l’auraient sans doute jamais invité à dîner se rangent désormais nombreux derrière le candidat officiel des Républicains.

Depuis mardi soir, le clown est devenu fréquentable. Depuis mardi soir, celui qui avait acquis sa notoriété en jouant les voyous et adorait les critiques de la presse de New York va tout faire pour apparaître respectable. Le langage est châtié et la famille au grand complet présentable. La mue est déjà perceptible. Elle rappelle étrangement celle de Ronald Reagan. Celui qui n’était qu’un acteur de série B est devenu président dans la dernière ligne droite.

Hillary Clinton se bat comme un beau diable mais même à New York, là où elle est sénatrice, elle ne réussit pas à paraître sympathique. Elle sera sans doute investie par les démocrates mais par défaut. La victoire franche de Sanders a encore hypothéqué ses chances de l‘emporter dans le duel final.

Ces élections américaines n’ont jamais été aussi floues et ambiguës, avec des candidats improbables, surprenants. Bref, un cocktail qui reflète le climat et les malentendus qui fissurent les démocraties occidentales.

A entendre les Américains, ils n’aiment aucun des deux candidats. Ni Donald Trump, ni Hillary Clinton. Aucun des deux n’a réussi à tisser un lien d’empathie avec leurs familles politiques traditionnelles. Les deux partis présidentiels sont dans la même équivoque, le même malaise.

Les cadres du parti Républicain détestent Trump qu’ils trouvent trop vulgaire, trop brutal, pour ne pas dire « trop bling bing, ou trop plouc ». Son principal défaut : ne pas être cultivé, n’avoir pas fait grand-chose d’autre que d’hériter de son père en dépit de ce qu’il raconte, et n’avoir par la suite fait que de la spéculation immobilière à New York. Pas brillantissime.

Les membres du parti Démocrate, de leur côté, n’aiment guère Hillary Clinton, qu’ils trouvent trop ambitieuse pour elle-même, trop égocentrée, trop arrogante et trop… dépendante de la banque Goldman Sachs aussi. C’est-à-dire trop affairiste.

Donald Trump n’aura sans doute pas la totalité des voix républicaines, mais Hillary Clinton n’aura pas toutes celles que sa famille politique devrait lui apporter.

Alors qu’est-ce qui fera la différence au profit de Trump ? Si l’on en croit les instituts de sondage depuis mardi soir, deux choses : le programme et la capacité à endosser les habits de Président.

La majorité des Américains préfèrent le programme de Donald Trump à celui de Hillary Clinton.

Donald Trump reste un homme d’affaires, attaché à la sécurité et à la réussite, même si les signes extérieurs de la réussite sont plus spectaculaires que la réussite elle-même. Les Américains ont plus besoin d’un business industriel que d’une industrie financière brillante mais dopée par la Banque centrale américaine. La question de la sécurité et du contrôle de l’immigration était au centre des discours de Trump, parce que ces questions sont au centre des inquiétudes du peuple américain.

Le programme d’Hillary n’emballe personne. A dire vrai, personne n’y croit. Trop bien-pensant pour être honnête et sincère. Trop social dans sa présentation, trop affairiste dans sa réalité. Le programme d’Hillary est un prolongement du programme Obama. Beaucoup de bons sentiments sur le terrain social, mais peu de résultats. Les signes de la crise ont été effacés mais les racines de cette crise n’ont pas été arrachées. La majorité du peuple américain le sait et le sent.

<--pagebreak-->

Quant à la capacité à endosser l’habit de Président, les deux candidats sont très différents. Donald Trump peut faire l’effort de devenir présentable. Hillary n’a pas besoin de devenir présidente, elle l’a toujours été. C’est son problème.

Donald Trump a construit sa campagne sur l’idée qu’on peut gagner, quelles que soient les épreuves pourvu qu’on s’en donne les moyens.

« Quand on veut, on peut ». Cette attitude, pour les Américains qui doutent de leur avenir, c’est très important, très positif. D’autant que depuis la nuit dernière, Donald Trump a montré dès son discours de victoire dans l’Indiana qu’il pouvait être totalement responsable. Finies les diatribes démagogiques, finis les jeux de mots vaguement racistes et vulgaires. Finie la dénonciation permanente de bouc-émissaires. Plus de critiques à l’encontre de qui que ce soit. Pas même de ses concurrents ou de Barack Obama. L’Amérique est un grand pays avec une grande histoire, elle a besoin d’un Président sérieux. Donald Trump va faire la dernière partie de sa campagne sur le thème du pragmatisme et du sérieux.

Hillary Clinton a fait du Hillary Clinton et continuera à le faire. Elle analyse et décrypte. Hillary Clinton a fait toute sa carrière comme professionnelle de la politique. Elle a fabriqué et façonné son mari, Bill Clinton, à une époque où une femme à la Maison Blanche n’était pas la bienvenue, alors que c’était elle qui s’était programmée pour le job. Elle a donc été Présidente par procuration. Plus tard, elle s’est occupée de sa propre carrière politique pour devenir sénatrice de New York puis ministre des Affaires étrangères de Barack Obama. Une ministre brillante d’ailleurs, dont la préoccupation première était peut-être de gérer son propre cursus.

Quant à sa capacité d’adaptation, Hillary Clinton aura du mal à se départir de cette réputation de carriériste. Elle est née Présidente.

Depuis le début de la campagne, Trump a expliqué qu’il fallait que l’Amérique gagne et Hillary a montré que l’Amérique avait besoin qu’elle gagne « elle ».

Aucun des deux n’a un bon coefficient de sympathie, alors ce sont les programmes et les entourages qui feront la différence.

Cette campagne présidentielle est particulière aux yeux des Américains, qui ont rarement vu un débat aussi manichéen. Quelle leçon pour les Européens et les Français. En France, aucun des candidats principaux n’emporte une adhésion folle. Aucun. Il faudra alors se rabattre sur les programmes et l’expertise des équipes. Les deux candidats auto-proclamés François Hollande et Nicolas Sarkozy sont tellement mal que tout est possible pour les autres.