Droit du travail : Valls prépare une réforme qui aura déjà 20 ans de retard

La réforme du droit du travail est devenue un débat à la mode au sein du patronat et de la classe politique. Mais tout ce qui se prépare est déjà dépassé par la nouvelle économie qui s’installe dans tous les secteurs et bouleverse tout ce qui concerne le rapport au travail.

Manuel Valls a enfin compris, avec Emmanuel Macron, que la clé qu’il faut tourner pour déverrouiller le marché du travail, c’est la clé du droit du travail. Ce droit du travail, de l’avis de tous les analystes, de tous les chefs d’entreprise et d’une grande partie des responsables politiques, est trop lourd, trop compliqué, trop astreignant et il explique à lui seul ou presque l’essentiel des raisons pour lesquelles les chefs d’entreprise n’embauchent pas. Ils n’embauchent pas parce qu’ils ont peur d’être piégés le jour où ils seraient obligés d’alléger leur effectifs  pour cause de conjoncture.

Manuel Valls a donc annoncé aux socialistes qu’il fallait revoir en profondeur la manière de concevoir la règlementation du travail. Le Premier ministre a donc promis d’alléger les contraintes administratives, de revisiter la durée du travail, de simplifier les contrats et les moyens de les réviser. L’objectif : introduire plus de simplicité, de transparence et de flexibilité. Le point central serait de renforcer le poids des accords d’entreprise et de diminuer le poids de l’Etat ou du législateur. Laisser les entreprises gérer le système en fonction de leur spécificité.

L’ambition est louable sauf que le gouvernement n’ira vraiment pas loin dans la réforme. Il ne le pourra pas. Sa motivation est très politique et le sujet l’oblige à marcher sur les œufs de la discorde.

D’un côté, il cherche à libérer les entreprises d’une contrainte qui les étouffent. Le patronat pousse la machine évidement, et le patronat était ravi de recevoir Emmanuel Macron venu condamner le conservatisme de gauche.

Mais de l’autre, le Premier ministre doit ménager les frondeurs et les écolos car ces derniers ont encore suffisamment d’électeurs pour faire pencher la balance. Il doit aussi rassurer les syndicats pour lesquels le droit du travail est le résultat le plus spectaculaire de toutes les luttes de classe depuis un demi-siècle.

Mais ce n’est pas tout : ce qui est hallucinant dans un tel chantier, c’est que l’on ignore complètement ce qui est en train de révolutionner le rapport au travail. Ce que certain appelle, parfois abusivement, « l’Ubérisation de l’économie », c’est-à-dire une économie où l’usage d’un produit ou d’un équipement va remplacer sa possession. Cette économie bouleverse le salariat. Avec Uber et d’autres succès entrepreneuriaux, il y a de moins en moins de salariés mais de plus en plus d’auto-entrepreneur et de « freelance ». Le chauffeur Uber est propriétaire de sa voiture, il ne vend plus sa force de travail à un patron, il vend un service de transport à un client recruté grâce à une plateforme numérique de réservation. Airbnb transforme n’importe quel propriétaire en loueur de meublés.

La généralisation de cette économie collaborative casse le contrat de travail et le remplace par un contrat de prestation. Du coup, il bouleverse toute l’organisation du travail, la notion d’horaires, la fiscalité et le paiement des charges sociales.

Le projet Valls ne tient pas compte de cette révolution. Il a déjà 20 ans de retard. Marx avait prédit la fin du salariat mais personne ne l’a cru. Les socialistes français auraient dû le lire, ils seraient moins archaïques, même les moins ringards d’entre-eux.