Emmanuel Macron, « En Marche » : son projet de gouvernement en détail

En visite à Amiens, sa ville natale, Emmanuel Macron a dévoilé le lancement d‘un nouveau produit politique : lui-même.

Tout avait été minutieusement préparé avec les amis, le lancement d’Emmanuel Macron sur le marché du show-biz politique est passé du virtuel à la réalité cette semaine. La fusée Macron n’est pas sur orbite, mais sur la rampe de lancement.

Un voyage à Amiens, sa ville natale, pour un grand meeting de lancement politique de son club de réflexion, une campagne d’adhésion parce qu’il faudra bien rassembler quelques moyens financiers pour faire marcher cette nouvelle machine, et surtout la présentation d’idées qui se veulent nouvelles et qui pourraient trouver leur place dans un programme de gouvernement que l’Express, comme par hasard, publie cette semaine.

Le programme n’est rien d’autre que celui que préparait Jacques Attali.

Jusqu’à maintenant, Jacques Attali se défendait d’avoir travaillé pour lui-même. « Je ne suis pas candidat », avait-il dit et répété… Ce programme aura donc une marque blanche, c’est à dire générique, c’est à dire qu’il peut être récupéré par celui qui se sent l’ambition de le défendre. À droite comme à gauche.

On sait depuis hier que la marque blanche ira comme un gant à Emmanuel Macron qui est, quelque part, un enfant de Jacques Attali puisqu’on se souvient que l’ancien conseiller de François Mitterrand lui avait fait faire, ses premiers pas dans ce monde de crocodiles lors de la fameuse commission Attali au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

En entendant de déclarer une candidature à la présidentielle en 2017 ou plus tard, Emmanuel Macron va tester son offre politique sur le marché régional des législatives prochaines. Le parti socialiste lui a réservé une circonscription en or massif dans la région d’Amiens.

Tout est donc prêt :

– La circonscription qui pourrait permettre de servir, soit de terrain d’attente soit de base de décollage
– Les idées et le programme

On retrouve aujourd’hui tout ce qui se tramait depuis 3 ou 4 mois. Il suffit de retrouver ce qu’écrivait Christelle Bertrand ici même le 20 Janvier 2016.

Les idées et le programme ont certes pris de la densité, mais l’offre politique reste la même dans son concept.
Emmanuel Macron ne s’inscrit pas dans une discipline de parti qui serait respectueuse des valeurs traditionnelles et des ressorts habituels. L’offre politique est le résultat d’une culture hors sol, si on peut dire.

1e point, un diagnostic incontournable. La France est en train de s’asphyxier dans ses habitudes, ses rentes, des corporatismes et finalement un conservatisme de droite comme de gauche qui ne mène nulle part.

2e point, le monde a changé, l’économie s’est mondialisée, les systèmes de production de richesse et de distribution de cette richesse se sont digitalisés et Uberisés.

3e point, la France s’est coupée en deux. D’un côté une France qui avance, de l’autre une France qui se replie sur elle-même.

4e point, l’offre politique ne s’inscrit dans aucune des deux cultures politiques françaises. Elle n’est ni de droite, ni de gauche. Elle ne se reconnaît même pas dans celle de Bayrou. La fracture entre les Modernes et les Anciens passe à l’intérieur des partis traditionnels.

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On ne peut donc s’en sortir qu’en passant au-dessus des partis et en rassemblant tous ceux qui, dans la société, ont envie que ça bouge.

C’était le pari de Jacques Attali avec Nicolas Sarkozy qui n’a pas pu, ou pas voulu transgresser les valeurs de sa propre famille qui était peut-être plus conservatrice que lui.

C’est à nouveau le pari que fait Jacques Attali dans son programme pour la France et qu’il publie dans l’Express et en librairie cette semaine.

Un pari qui repose sur trois pieds.

Un pied très international. Il faut, par une compétitivité (hors coûts), affronter les marchés mondiaux. On imagine toutes les réformes que cela suppose dans l’entreprise et dans l’organisation de travail.

Un pied européen. La France ne peut s’en sortir qu’en travaillant à l’intégration européenne, à une structure fédérale. On imagine ce que ça représente comme pédagogie et comme effort dans une France qui aujourd’hui a tendance à rejeter tout ce qui vient de Bruxelles.

Le troisième pied repose sur la capacité de ce pays à creuser la mine de l’innovation et de l’intelligence. Parce que l’essentiel des facteurs de production moderne se trouve dans l’économie de la connaissance et dans l’intelligence humaine.

Ce corpus d’idées et d’ambitions est partagé en France par tous ceux qui bougent et voyagent, qui créent et fabriquent, inventent ou tout simplement par tous ceux qui ont l’intuition qu’on ne changera pas le monde, mais qu’il faudra évidemment s’adapter au changement.

Ce corpus d’idées se nourrit de pragmatisme et de bon sens. Il est évidemment partagé par la plupart des élites mais comme ces élites sont prisonnières très souvent des appareils qui les font vivre, elles hésitent à les défendre.

Emmanuel Macron qui n’appartient à aucun des appareils officiels n’a eu aucun mal à libérer sa parole.

Maintenant, un tel dispositif peut-il rassembler une majorité ? Dans l’état actuel, c’est peu probable.

D’ailleurs Emmanuel Macron connaît ses limites, et ces limites sont celles qui ont été tracées par François Hollande. François Hollande l’a fait ministre de la république c’est-à-dire qu’il lui a donné un rôle au théâtre. Macron est obligé de respecter ce rôle. Il n’a pas d’autres pouvoirs que celui que l’Elysée lui a délégué.

Pour l’instant, personne n’est dupe. Le vrai rôle qu’il occupe sur la scène politique est celui d’empêcher Manuel Valls de faire de l’ombre à François Hollande. Si tout va mal entre l’Elysée et Matignon, si Manuel Valls a de plus en plus de velléités d’accélérer le processus de décadence du système pour pouvoir en récupérer les débris et les rassembler… Si tout va mal, l’Elysée envoie Emmanuel Macron sur le marché de la gauche libérale pour cannibaliser le segment que se garde Manuel Valls depuis si longtemps.

Donc tant que François Hollande tiendra son cap et affichera sa volonté de se représenter, Emmanuel Macron peut s’agiter dans le bocal, il travaille pour le Président puisqu’il jardine sur la pelouse que Manuel Valls avait préparée pour lui.

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Le jeu est assez pervers, parce que plus le Premier ministre va montrer son agacement de travailler avec un Président qui ne fait plus rien, plus il va se durcir, plus François Hollande et ses amis vont sponsoriser Macron.

Plus Valls va vouloir grandir et s’affranchir, plus Macron va être porté par les lames de fond.

Cela dit tout cela ne fait pas une élection présidentielle et surtout si François Hollande ne se représentait pas.

En attendant, la fusée Macron s’est installée sur la rampe de lancement, le moteur est allumé, elle attend simplement la météo pour se mettre sur orbite.

Quel spectacle !