Emmanuel Macron est décidé à se présenter dans tous les cas de figure. Il a les soutiens qu’il faut, de l’argent et un programme.Voilà le détail.

Emmanuel Macron se prépare à se présenter aux élections présidentielles, que François Hollande y aille ou pas …

Son entourage et ses amis n’en doutent pas une seconde. Emmanuel Macron est déterminé à aller jusqu’au bout de son projet consistant à se présenter à la présidence de la République. Et ce n’est pas la façon dont l’Elysée a essayé de torpiller la réunion qui était organisée à Lyon, vendredi dernier, qui le fera changer d’avis. Bien au contraire.

L’Elysée et le Parti socialiste ont tout fait pour que les personnalités qui avaient promis au maire de Lyon d’assister à cette grande messe de soutien à Emmanuel Macron ne viennent pas . Donc beaucoup ne sont pas venues, c’est vrai. Pierre Moscovici ou Anne Hidalgo, par exemple, sont restés à Paris alors que tous deux avaient bien envie de faire le déplacement.

Ceci dit peu importe pour Macron : ils appartiennent au système finalement, et lui se situe en dehors du système. « Ce systeme parisien est mort ! »
En revanche , il a reçu l’appui fort et  » généreux » de plusieurs clubs de réflexion qui sont aussi des clubs d’influence comme l’Institut Montaigne qui est plutôt classé à droite,les Gracques qui sont plutôt classés à gauche et qui regroupent quantité de hauts fonctionnaires en poste dans la fonction publique ou exilés dans de grandes entreprises privées françaises ou étrangères. Beaucoup de patrons ou de représentants de grandes entreprise, sans pour autant afficher une appartenance au Medef ou à la Cgpme. On est très surpris dans ces deux organisations de l’intérêt grandissant, suscité par l’initiative Macron.

La fusée Macron ne s’est donc pas écrasée en plein vol après le départ du gouvernement et les pièges tendus par les dirigeants du Parti socialiste, par Manuel Valls de plus en plus agacé par le succès de son ancien ministre de l’Economie, et les pièges tendus par l’Elysée.

A l’Elysée, on note d’ailleurs l’embarras de plus en plus visible de Jean-Pierre Jouyet, qui est un peu le parrain d’Emmanuel Macron . Jouyet est d’ailleurs très souvent absent de l’Elysée . Il ne s’exprimera pas en public, mais en privé, il ne cache pas une affection certaine pour son poulain. Le secrétaire général de l’Elysée aura du mal à aller jusqu’au bout du mandat .

En attendant, les sondages attribuent à Macron des scores équivalents à François Hollande. Les conseillers de l’ancien ministre font le pari que le vainqueur de la droite sera Nicolas Sarkozy, et que dans ce cas, Alain Juppé ne se présentera pas (Bayrou non plus ) : ainsi, lors du premier tour de la présidentielle , les voix qui sont allées vers Juppé seront récupérées par Macron. Faut dire que Macron et Juppé ont à peu près le même électorat . Macron cumule, en plus, des jeunes qui n’ont jamais voté , qui ne voulaient pas voter, et qui pourraient revenir dans le jeu de la démocratie si Macron est candidat. Ajoutons à cela qu’une partie des partisans de François Fillon – les chefs d’entreprise, les professions libérales  – peuvent aussi se retrouver chez Emmanuel Macron.

Dans cette situation, Emmanuel Macron ne peut compter sur aucune bienveillance de la part de François Hollande, qui le considère désormais comme dangereux.

Des études de simulations donneraient Macron devant François Hollande au premier tour de la présidentielle, à égalité ou presque avec Nicolas Sarkozy qui devancerait ainsi Marine Le Pen.

Dans cette simulation que beaucoup considèrent comme de la science-fiction, on aurait un deuxième tour de la présidentielle entre Macron et Sarkozy… Autant dire que, pour la droite pure et dure, la partie serait perdue.

Emmanuel Macron va donc continuer de tisser sa toile. Auprès des patrons qui sont très nombreux désormais à lui apporter de l’argent , auprès des Français de l’étranger vis-à-vis desquels il a une cote d’enfer et qui eux aussi lui apportent de l’argent, et auprès des Français de l’Hexagone – des jeunes notamment, diplômés ou pas, issus des quartiers bourgeois ou de la banlieue qui agitent les réseaux sociaux comme jamais.

Emmanuel Macron fait d’abord campagne sur les réseaux sociaux . Il voudrait être le premier président digital . L‘idée est un peu bizarre mais elle n’est pas irréaliste.

Ceci étant, les amis de Macron s’inquiètent de savoir s’il aura les parrainages d’élus nécessaires ; mais il retourne la remarque d’un revers de la main, en expliquant qu’à partir du moment où les sondages seront bons, les signatures d’élus viendront toutes seules. Il a raison.

Des amis, des soutiens, de l’argent : l’équipe Macron fait le pari que le prochain président de la République pourra se passer des appareils politiques qui sont complètement usés et fatigués, et qui sont en partie à l’origine du rejet de la politique et des hommes politiques par l’opinion.

Reste à definir et à publier le programme. Emmanuel Macron estime avoir trois mois pour faire ce travail à partir des remontées d’enquête terrain qu’il a fait faire.

Mais d’ores et déjà , Emmanuel Macron considère que les priorités mises en avant par les candidats officiels de la gauche ou de la droite ne sont pas celles attendues par les Français .

L’immigration est un vrai problème oui. La montée de l’islam radical aussi. Le burkini, le terrorisme, la sécurité, l’existence des Gaulois ou pas, etc. Toutes ces preoccupations sont importantes pour Emmanuel Macron, mais pas au point de cannibaliser la campagne. Le problème est ailleurs.

Pour l’ancien ministre de l’Economie, le problème est d’abord de refaire partir l’activité économique en France, la machine à créer des emplois, et créer de la richesse.

Pour lui , la situation économique et sociale explique 80% de l’angoisse française. Son programme va donc consister à répondre point par point à tout ce qui alimente l’aspect anxiogène de la vie quotidienne :

1° La mondialisation et l’Europe ont besoin d’un effort de pédagogie et de reformes considérables parce qu’elles sont des sources de progrès ;

2° L’activation du tissu économique et de la concurrence ont aussi besoin de pédagogie et de reformes pour favoriser la création d’entreprises, le développement ;

3° Le progrès technologique a besoin d’être libéré parce que l’innovation, qui est certes source de risques , peut être aussi a l’origine de progrès considérable.

On est évidemment loin de l’identité heureuse, de ces débats sans fin sur le rôle des Gaulois dans notre ADN, mais Emmanuel Macron continue de penser que l’inquiétude majeure des Français, c’est plutôt l’avenir de leurs enfants. Alors, ce n’est ni de droite, ni de gauche, cela ne s’inscrit d’ailleurs dans aucune des grandes familles politiques, mais ça doit correspondre à une grande partie de la réalité quotidienne.