Conjoncture au vert : Emmanuel Macron face au spectre du retour de la cagnotte fiscale

Le nouveau président a une chance inouïe. L’Insee le confirme, la conjoncture s’est nettement améliorée. D’où la tentation de laisser tomber les réformes.

Ça va mieux. Beaucoup mieux. L’Insee a relevé son estimation de croissance en repérant d’un coté une forte reprise de l’activité des entreprises au premier trimestre et en constatant de l’autre, un retour de confiance des consommateurs, au niveau du mois d’aout 2007, avant crise.

Les chiffres d’abord. La situation économique en France a été meilleure qu'annoncée. L'Insee a révisé la croissance pour le premier trimestre, relevant son chiffre de 0,1 point à +0,4%, dans sa deuxième estimation du Produit intérieur brut (PIB).

Cette révision est due notamment à un investissement plus dynamique. L'institut statistique a revu à la hausse son chiffre pour l'investissement des entreprises, à +1,9% contre +1,3% annoncé auparavant. L’investissement a été, sans doute, favorisé par l'arrivée à échéance en avril, du dispositif de suramortissement fiscal des investissements productifs, qui a poussé les entreprises à en profiter massivement avant son expiration.

Du côté des consommateurs, l’Insee a repéré un retour de la confiance. L'investissement des ménages a progressé de 1%, contre 0,9% indiqué auparavant.

Mais surtout, en mai 2017, la confiance des ménages dans la situation économique s'améliore à nouveau après quatre mois de stabilité : l'indicateur qui la synthétise gagne 2 points et atteint 102, au-dessus de sa moyenne de longue période et à son plus haut niveau depuis août 2007. Effet immédiat, la situation financière des ménages s’est améliorée, et même si le niveau des achats reste modéré, il existe un réel rebond d’optimisme.

Alors cette série de données statistiques constitue évidemment une formidable nouvelle pour la gouvernance et prouve quand même que Emmanuel Macron a une chance inouïe. Il bénéficie de la reprise que son prédécesseur a tellement annoncée et attendue qu‘elle en était devenue inespérée.

1e point, les entreprises vont mieux. Les capacités d’investissement ne sont pas saturées mais on approche du niveau de saturation. Le taux d’utilisation des capacités de production est revenu à ce qu’il était avant crise. Tout cela dans un climat européen et mondial bien meilleur. Indicateur clef : les délais de paiements entre les grandes entreprises et les plus petites se sont réduits de plus de 10 jours en un an. Les informations en provenance du cabinet ARC, leader en France de la gestion des délais de paiements, le montrent et corroborent celles de l'Observatoire des délais de paiement.

2e point. Très logiquement, les entreprises devraient être obligées de relancer des plans d’investissements et des plans d’embauche. Ça n‘est donc pas le moment de les abandonner. Elles ont besoin d’être soutenues au niveau de l’investissement par un renouvellement par exemple des procédures de suramortissement. Elles ont besoin des réformes de structures pour débloquer le marché de l’emploi.

3e point, cette amélioration est porteuse de risque. Le risque de baisser les bras devant les chantiers de réformes. Le risque de s’imaginer que cette conjoncture va remplir une cagnotte dans laquelle on pourra se servir. A quoi bon diront certains puisque ça va mieux. Or si la conjoncture s’est redressée, les structures de l’économie françaises sont toujours aussi archaïques : trop de déficit commercial, trop de déficit budgétaire. Il faut urgemment sortir de cet état de chômage de masse (Plus de 10% de la population active). Il faut améliorer la compétitive des entreprises, la compétitivité coût par une baisse des charges, et la compétitivité hors coût par une montée en gamme. Il faut évidemment profiter de l’amélioration pour réduire le niveau des dépenses publiques.

Les réformes de fond sur l'organisation sociale, sur le système fiscal et sur les budgets de fonctionnement ne sont supportables qu'en période de conjoncture soutenue, ce qui est le cas aujourd’hui. Le moment n'est donc pas venu de baisser les bras, de puiser dans une cagnotte qui n existe pas, mais le moment est venu de donner un coup de fouet .

Après le coup de jeune en politique, le coup de fouet en économie. c’est l'enjeu.