Emmanuel Macron survivra-t-il aux contradictions qu’il impose à François Hollande… et à lui-même ?

Il ne mettra pas les pieds à La Rochelle mais les socialistes ne parlent que de lui. Le ministre de l’Economie est populaire dans l’opinion et les milieux d’affaires mais aussi vilipendé par la majorité qui devrait pourtant le soutenir. Le jeu de Macron est intéressant à observer mais assez dangereux.

Quelle pagaille ! François Hollande n’a jamais fait une rentrée aussi confuse, aussi mauvaise. Il  a voulu faire croire que le Parti Socialiste pouvait se gérer comme une famille de Bisounours, il s’aperçoit que c’est essentiellement un bassin de crocodiles. A l’université d’été de La Rochelle, l’idée du PS était de montrer un parti majoritaire uni autour de son premier secrétaire afin d’aborder la campagne des régionales sous de meilleurs auspices.

Finalement, le PS offre le spectacle d’une famille en voie de décomposition. D’un côté des frondeurs gauchistes qui grognent à quelques kilomètres de La Rochelle et qui font la liste de toutes les promesses non délivrées de François Hollande. On pourrait parler aussi de cette gauche de la gauche qui a fêté Yanis Varoufakis, l’ancien ministre de l’Economie grecque en visite chez Arnaud Montebourg, avec un discours assassin contre les socio-démocrates.

D’un autre côté, on avait la réunion des députés socialistes réformateurs. Ceux qui rêvent de rendre compatible les idéaux socialistes avec les contraintes de l’économie de marché ou de l’euro. Au milieu de ces deux courants, près du vieux port des Charentes, Jean-Christophe  Cambadélis rame comme un beau diable pour éviter que sa galère ne chavire pas.

Mais ce n’est pas tout. Le comble du feu d’artifice pour les socialistes de La Rochelle, c’est d’avoir entendu le ministre de l’Economie développer une critique sévère contre les dogmes socialistes qui ont emmené la France dans le mur. La rigidité, l’emprise administrative, la réglementation du travail et les 35 heures. Emmanuel Macron a été ovationné par les patrons du Medef, un peu comme Valls l’année dernière, après sa déclaration d’amour  envers les entreprises.

A la fin de son discours jeudi à Jouy-en-Josas, les socialistes qui arrivaient en même temps à La Rochelle ont assisté en direct au discours de leur ministre. Ces derniers l’auraient tué s’ils avaient pu le faire ! « Comment le Président peut-il accepter qu’un ministre puisse jouer ainsi contre son camp », entendait-on dans les rues de La Rochelle.

Du coup, Emmanuel Macron ne vient pas à La Rochelle. Les bonnes âmes de gauche ont jugé que ça aurait été trop dangereux. Il  reste donc au sein d’un club de fans qu’ont formé les députés socialistes réformateurs.

Cette situation est assez surréaliste. La majorité socialiste n’a jamais été aussi désunie qu’en cette rentrée. Du coup l’opposition de droite dominée par le parti Les Républicains va apparaitre comme un parti moderne, serein et prêt à mutualiser ses courants. Un comble ! La réalité doit être un peu différente à droite. Mais pendant  que la gauche s’expose et implose de l’intérieur, les leaders de la droite ont rangé les couteaux et commencent à bosser.

Pour parler comme les chefs d’entreprise, le business plan de François Hollande pour la présidentielle est de plus en plus compliqué à établir. L’explication factuelle est simple, elle tient en trois points, mais sa mise en œuvre est plus difficile voire impossible.

Tout d’abord, le Président ne pense qu’à la présidentielle. Ensuite, pour réussir cette présidentielle, il doit rassembler toute la gauche et gratter quelques voix à droite. Il doit donc digérer et intégrer tous les dissidents possibles. Enfin, il doit aussi pouvoir présenter un bilan pas trop négatif, notamment sur l’emploi.

Conclusion, ce scénario ne tient pas la route. Il est bourré de contradictions. Pour rassembler à gauche, il doit faire une politique de gauche. C’est-à-dire, le moins d’austérité possible et par conséquent, beaucoup de générosité… sociale. On va renouer, comme d’habitude, avec les bonnes recettes keynésiennes, on va essayer d’acheter des voix.

Pour redresser la situation de l’emploi, il doit faire une politique « pro-business » et laisser faire Emmanuel Macron quand il caresse les chefs d’entreprise. Pour la gauche traditionnelle, Macron est une hérésie et il faudra le brûler très vite. Pour améliorer la situation économique et par conséquent l’emploi, Macron est une nécessité. Il faudrait le sacraliser.

Toute l’équation du jeu de Macron est dans cette contradiction. Le ministre de l’Economie débute dans la politique mais il a tout compris : des postures, de la com’, des intérêts à protéger et ceux qu’il faudra sacrifier pour tracer sa route. Il joue bien et il a raison sur deux points.

Techniquement tout d’abord. Si en France, on veut améliorer la situation de l’emploi, il faut faire très vite les réformes qu’il essaie de porter. Déréguler le système, donner de l’oxygène, de la liberté et de la marge pour qu’elles gagnent en productivité, puis en compétitivité. Qu’elles puissent investir et embaucher. Question de moyens et de confiance.

Il a donc raison techniquement quand il projette de réformer le droit du travail et qu’il envisage, lui aussi de revenir, sur les 35 heures. Les entreprises en ont besoin.

Politiquement il a aussi raison. Il travaille pour François Hollande dont la réélection dépend du recul du chômage. Dans ces conditions, s’il réforme et que la situation s’améliore, François Hollande gagne des points. Par ailleurs, son discours permet à la majorité présidentielle de s’élargir au centre et chez les libéraux de droite. Si l’élection se joue sur les programmes, Macron peut convaincre quelques opposants de rejoindre le camp du Président… ou trônent Manuel Valls et Emmanuel Macron : la boucle est bouclée.

Seulement voilà, Macron a raison mais il a raison contre beaucoup de militants de gauche qui demanderont sa peau.  Son pari est donc très risqué.

D’abord parce qu’il met le Président en contradiction avec son programme, les convictions socialistes et les engagements. Plus Macron parle fort et vrai, plus il déporte François Hollande sur des positions difficiles à tenir face au cœur de sa majorité. Ajoutons à cela que Macron peut séduire une assemblée de patrons réunis par le Medef, mais que chaque patron sait bien que les discours des membres des gouvernements restent des discours. Des paroles qui n’engagent que ceux qui les écoutent.

Les patrons adorent écouter un ministre de gauche critiquer les 35 heures, mais savent très bien qu’il n y aura jamais de majorité pour annuler cette décision anachronique. Surtout, ils savent très bien que Macron appartient à un gouvernement qui a abrogé la loi sur les heures supplémentaires, laquelle revenait à contourner de façon astucieuse les 35 heures.

En clair, Emmanuel Macron contribue à fissurer encore plus la majorité et surtout souligne le fait que le Président est de plus en plus coincé entre des dogmes et une idéologie dont il a usé pour se faire élire et un réseau de contraintes liées à la réalité. Les propos mensongers ou démagogiques pendant la campagne plombent la légitimité de la gouvernance.

Alexis Tsipras a commencé par expliquer que son programme était très difficile à réaliser et que son objectif était de sauver son pays de la ruine. Le chef du gouvernement grec va se retrouver dans une situation presque plus confortable que François Hollande qui n’a pas commencé à purger ses contradictions.