Emmanuel Macron veut utiliser l‘Europe comme rampe de lancement, alors que c’est un champ de fractures.

Emmanuel Macron a certes présenté le programme qu‘il compte appliquer pendant sa présidence européenne, mais il espère surtout convaincre son électorat que l’Europe a encore un avenir alors que c’est un champ de fractures.

La quadrature du cercle. Si Emmanuel Macron espère réconcilier les Français sur l’idée d’une reconstruction européenne, l’exercice parait impossible dans une Europe qui ressemble plus à un champ de fractures qu’à une rampe de lancement d’une campagne présidentielle.

Nicolas Sarkozy avait réussi son pari européen en 2008. Son discours programmé à Strasbourg sur une Europe plus éthique par rapport à une finance internationale qui partait dans tous les sens avait été bien accueilli en France et avait permis de réunifier sous sa bannière des courants politiques déjà très sensibles à la tentation identitaire. Sa légitimité s’était d’autant plus renforcée que la crise financière qui couvait au moment de la campagne a explosé en 2009 et entrainé la planète toute entière dans un chaos dont l’opinion ne soupçonnait pas la gravité.

Emmanuel Macron espère peut-être bénéficier du même effet que Nicolas Sarkozy en 2008, il se trompe fortement. La crise sanitaire est très différente de la crise financière, elle répond à d’autres ressorts et d’autres logiques. Si cette crise sanitaire est en voie de règlement, ce que tout le monde espère, on n’inscrira pas la sortie de crise au crédit de son bilan du quinquennat.

Pourquoi ?  Parce que cette crise mondiale aurait dû appeler des initiatives mondialement coordonnées. Mais aucun chef d’Etat n’a pris l’initiative de convoquer « les maitres du monde » ; les chefs d’Etat et de gouvernement, les grands dirigeants de groupes pharmaceutiques, par exemple, pour régler la répartition des vaccins et des traitements, les experts etc.

Aucun, pas même les plus européens, pas même Emmanuel Macron, n’a essayé de mobiliser le monde entier un peu comme Nicolas Sarkozy l’avait fait à l'Élysée en octobre 2009.

L’Europe, dans cette affaire sanitaire, s’est réveillée très tard mais elle s’est réveillée grâce à la présidence de la Commission. On ne peut pas dire que l’administration ait été beaucoup aidée par les chefs d’Etat et de gouvernement, trop occupés qu’ils étaient à gérer leur propre intérêt.

L’Union européenne n’était pas sortie de la crise financière plus fracturée qu’elle ne l’était avant. Au contraire, grâce à la banque centrale dirigée par Mario Draghi, au système bancaire et aux injonctions de Nicolas Sarkozy, elle a su, à l’époque, protéger l’essentiel. Aujourd’hui, Emmanuel Macron ouvre sa présidence devant une Europe fracassée, parce que ses fractures se sont élargies et il espère réunifier l’Union européenne. Même pas en rêve.

Les fracture de l’Union européenne sont désormais béantes sur la plupart des enjeux.

- Sur les dossiers géopolitiques, les forces sont éclatées entre ceux qui regardent à l’ouest et qui rêvent encore de la solidité de l’Otan et ceux qui regardent à l’est et qui pensent que l’Europe sans la Russie ne sera jamais l‘Europe. Les nostalgiques d’un monde bipolaire ne dorment que d’un œil.

- Sur le terrain économique, la fracture entre les pays du Nord et ceux du Sud s’est encore élargie avec la pandémie, parce que le virus a révélé l’ampleur des déficits ou des défaillances. Même si on a commencé à imaginer une mutualisation de la dette, l’initiative reste au niveau du symbole. Le cœur du problème réside dans les différentiels de productivité et par conséquent, de compétitivité.

- Sur le terrain politique, Emmanuel Macron a parlé à Strasbourg devant une assemblée européenne nouvellement présidée par une députée de Malte, qui a, certes, été élue démocratiquement mais qui incarne et reflète plus les diversités et les contradictions que la cohérence des valeurs véhiculée par l’Union européenne.

Cette Europe reste plus que jamais fracturée entre des libéraux, sensibles à la mobilité et à l’ouverture et des identitaires très attachés à la notion de nation ou même de nationalisme. D’où les désaccords très nets face aux problèmes de l’immigration, des frontières, mais au-delà face aux questions de l’évolution administrative. Face à toutes ces questions, Emmanuel Macron n’a pas apporté de réponse. Il ne pouvait d’ailleurs pas le faire puisque, en réalité, il ne parlait pas aux Européens mais à ses électeurs franco-français. Mais c’est le jeu de la démocratie.