En lui inspirant une guerre frontale avec Fillon, l’entourage d’Alain Juppé va l’entraîner dans le mur…

En poursuivant une guerre violente avec François Fillon, Alain Juppé prend le risque de se fracasser contre le mur des réalités économiques et politique.

L’attitude d’Alain Juppé depuis le soir du premier tour et la façon dont il déroule une campagne d’une violence extrême contre François Fillon surprend et étonne jusqu’à beaucoup de ses amis qui ne voient pas dans cette attitude la meilleure façon d’en sortir pour le bien du pays et de tous.

Cette campagne de deuxième tour menée par Alain Juppé soulève trois séries de questions.

La première série de questions tourne autour de la décision de se maintenir ou pas dans la course. Alain Juppé, compte tenu des résultats, aurait pu jeter l’éponge. Le scénario a été examiné par Alain Juppé lui-même et son épouse Isabelle qui pensaient tous les deux, plus élégant de prendre acte de ce résultat, de constater que la campagne du premier tour avait été correcte, et de se rallier à François Fillon qui était à deux doigts de la majorité absolu. C’était sans compter avec les entourages. On savait chez Juppé que sans les voix de gauche dont il a bénéficié, il n’aurait même pas pu être qualifié. Les voix de gauche ont flingué Nicolas Sarkozy et c’est Juppé qui en a profité, mais disons que pour le maire de Bordeaux, cette performance n’était guère glorieuse, d’où l’idée de partir la tête haute, et de reconnaître que Fillon avait gagné.

Cette hypothèse qui a animé le débat interne toute une partie de la soirée, n’a finalement pas été retenue par A. Juppé.

La deuxième série de questions cherchent à expliquer qui avait intérêt à pousser A. Juppé dans une bagarre qui semblait perdue d’avance.

La réponse est simple, tout son entourage et tous ceux qui gravitent dans son orbite avaient intérêt à le voir poursuivre. Pour plein de raisons pas forcément très nobles.

Question d’argent pour tous ceux dont la politique est le métier, les conseillers et les parlementaires. Question d’avenir, parce qu’avec une locomotive qui se serait mise en retraite définitive, le futur de quelques centaines de personnes n’était plus assuré.

Question d’intérêt politique enfin, liée au soutien de François Bayrou qui veut aller jusqu’au bout de sa logique. Le leader centriste n’aurait pas abandonné l’idée de récupérer le centre, au soir de la défaite d’Alain Juppé, pour se présenter au 1e tour de la présidentielle. Même si la présence d’Emmanuel Macron, lui prendra tout l’espace. Le nombre de voix qu’obtiendra Juppé dimanche soir donnera à Bayrou une idée du nombre de voix qu’il pourrait obtenir lors d’un premier tour de la présidentielle.

Tous ces petits calculs politiciens font cruellement désordre dans le paysage politique. D’autant que François Fillon s’est donné pour règle de ne pas réagir à tout cela et d’être au-dessus de la mêlée.

La troisième série de questions aujourd’hui portent sur la stratégie de campagne. Pourquoi lancer une campagne aussi violente contre François Fillon étant donné que les deux projets sont extrêmement proches. Ils sont tous les deux imbibés de la logique d’offre, de la nécessité de créer un écosystème fiscal et social, favorable aux entreprises, convaincus d’affronter et d’assumer les mutations du monde, et de redonner à l’Etat son rôle d’autorité et de gardien des valeurs et de l’identité nationale.

Les divergences sont marginales, elles se limitent à deux ou trois points sur lesquels il ne sera pas difficile de trouver un compromis. Sur la TVA sociale (un ou deux points), sur la réduction du nombre de fonctionnaires, et sur la possibilité d’adoption pleine pour des couples de gays…

Il n’y a pas de quoi s’injurier, ni même de se mettre en colère. D’ailleurs François Fillon a choisi d’être zen et calme, pendant que son adversaire lui fait un procès en ultralibéralisme, en irréalisme, en incapacité de réaliser, bref en irresponsabilité. Ce qui est évidemment une caricature connaissant François Fillon.

Cette stratégie ne sera pas payante. Les Français en ont assez de ces querelles stériles. On ne voit pas par quel miracle elle pourrait rallier une majorité. En sortant par le haut à la fin du premier tour (un peu comme l’a fait Nicolas Sarkozy), Alain Juppé aurait pu jouer les mentors, les conseillers et sauver son entourage qui aurait ainsi pu rallier Fillon et sauver ce qui aurait pu l’être.

Personne n’a, lors du premier tour de la primaire de droite, insulté l’avenir, ce qui est une énorme victoire pour la démocratie.

La pire des choses serait que la campagne du 2e tour en vienne à briser le rassemblement. Dans ce cas, le candidat désigné perdrait en légitimité. La droite toute entière aurait perdu la capacité à offrir une alternance crédible. Tout cela pourquoi ? Pour des basses querelles d’égo, des conflits de pouvoir qui ne sont rien d’autres que des conflits d’intérêts professionnels. Le pays n’en a pas besoin, surtout aujourd’hui.

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