Eric Woerth : « Sur les retraites, le gouvernement a menti aux Français »

Marisol Touraine, la ministre de la Santé, a indiqué ce weekend que des « efforts » seront demandés à « tous les Français » pour la prochaine réforme des retraites et que la question de la durée de cotisation devait « être examinée ». Une annonce qui intervient alors qu’un sondage Ifop pour Sud Ouest indique que 60% des sondés ne se disent « pas favorables » à un recul de l’âge de départ à la retraite au-delà de 62 ans. Pour l’ancien ministre du Budget, Eric Woerth, le recul de l’âge légal paraît pourtant inévitable. Selon lui, le gouvernement sort de son déni de réalité et va devoir réformer.

Marisol Touraine indique qu’il faudra trouver des économies supplémentaires. Assiste-t-on à un mea-culpa gouvernemental sur les retraites ?
Je ne sais pas si on peut parler de mea-culpa. Il faut bien comprendre que le PS, au moment du débat en 2010, avait fait un déni de réalité incroyable, irresponsable. Ils avaient alors dit qu’il y avait d’autres moyens de financer les retraites. En vérité, il n’y en a pas beaucoup qui soient très puissants. Le premier de ces outils, c’est le recul de l’âge légal. Quand vous reculez l’âge, ce sont des retraites que vous ne versez pas et donc vous faites des économies. C’est logique quand l’espérance de vie augmente. En disant que tout le monde pouvait profiter d’un départ à 60 ans, François Hollande et son gouvernement ont menti au Français.

Le gouvernement a beaucoup plus parlé de durée de cotisation que d’âge légal. Pourquoi ?
La durée de cotisation, ce n’est ni plus ni moins qu’une sorte d’alibi pour le gouvernement pour ne pas parler d’âge légal. C’est évidemment compliqué pour eux de parler d’âge légal puisqu’ils ont martelé pendant la campagne qu’il reviendrait à 60 ans. Compte tenu de ce qui a été dit, on préfère parler de durée de cotisation. Mais, sur ce sujet, je vous rappelle que depuis 2003 la durée de cotisation est indexée sur l’espérance de vie. C’est une mesure qui est encore en cours et qui prend fin dans quelques années. Il suffit juste de prolonger cette mesure. Mais, plus globalement, les solutions tournent autour de la même chose : augmenter les cotisations, baisser les pensions, mesure assez simple mais compliquée pour la justice sociale, et puis ajuster la durée de cotisation et l’âge légal. Une réforme juste doit être un mélange de ces trois ingrédients.

On a l’impression que le gouvernement a du mal à avancer sur ce sujet. Pourtant tout le monde connaît la solution. Pourquoi ?
Mais parce qu’ils ont été extraordinairement irresponsables et qu’ils ont menti aux Français pendant la campagne mais aussi pendant les débats sur la réforme de 2010. Ils ont expliqué qu’on pourrait faire autrement et que ce serait indolore. Ils ont expliqué qu’il n’y aurait pas d’efforts pour les Français. Qu’il suffisait d’augmenter les impôts, les cotisations sociales des riches et des entreprises. C’était à l’époque un énorme mensonge et aujourd’hui c’est compliqué d’atterrir. Le gouvernement ne sait absolument pas par quel bout prendre ce sujet. C’est un dossier explosif et à la fois technique et sociétal.