Et dire que François Hollande aurait pu être le grand réformateur de la France

Par Jean-Marc Sylvestre. C’est absolument incroyable l’énergie dépensée par l’Elysée pour étouffer les décisions. La presse anglo-saxonne s’en est fait l’écho très vite. Cette semaine, c’est la presse allemande qui s’en inquiète. Comment se fait-il que des décisions qui sont évidentes pour tout le monde ne soient pas prises dans un pays aussi centralisé que la France où pourtant le Président a tous les pouvoirs.

En France, si le Président veut, il peut. Ce qui n’est pas le cas en Allemagne où la chancelière ne peut pas toujours faire ce qu’elle veut. François Hollande aurait pu être le grand réformateur de la France pour qu’elle échappe au déclin. La conjoncture ne lui laissait pas le choix. Nous sommes en récession. La situation financière l’oblige à bouger. Quand on n’a pas d’argent, il faut des idées.

Les rapports de force en Europe auraient dû pousser le Président au changement pour se rapprocher des Allemands. Il a fait l’inverse, il s’est rapproché des pays du sud qui sont les plus malades. Son positionnement de socialiste lui en donnait les moyens politiques. Mitterrand avait merveilleusement compris la nécessité du virage social démocrate et mondialiste et Bérégovoy avait initié la dérégulation financière. Bref, François Hollande avait beaucoup plus de facilités et de libertés pour être le « Schröder » de la France. François Hollande était l’homme qui pouvait assurer la mutation du PS vers le pragmatisme et l’efficacité. Et bien, en dépit de tous ses atouts, il n’a rien fait de tout cela. Il a parlé pour ne rien faire et cette semaine encore, il a tourné en rond en espérant que les choses évoluent toutes seules.

Trois dossiers ultra-urgentissimes et d’actualité démontrent aujourd’hui ce festival d’ambigüité.

Le premier porte évidemment sur la réforme du droit du travail. Le diagnostic était partagé par tout le monde. A commencer par le président de la République lui même. Le droit du travail est tellement complexe qu’il a alimenté une rigidité absolue du marché de l’emploi, au point où les entreprises ne veulent plus embaucher. Pourquoi embaucher si on n’a aucun moyen d’adapter ses effectifs aux évolutions de la conjoncture ? Il fallait donc assouplir les conditions d’application des CDI quitte à supprimer les CDD. En contrepartie, l’entreprise peut s’engager à conserver le salarié à temps partiel pour le reprendre à temps plein, dès que l’activité repart.

Plus de flexibilité d’un coté, et plus de sécurité de retrouver un emploi de l’autre. Cela aurait du être la base du deal. Cette mécanique sociale est appliquée dans la plupart des pays occidentaux et notamment l’Allemagne ou le taux de chômage est deux fois moindre qu’en France.

Fidèle à sa méthode François Hollande a donc voulu que cette nouvelle culture soit négociée par les partenaires sociaux.

En soi l’intention est légitime sauf qu’il n’a donné aucun des moyens et la négociation a donc débouché sur un pseudo accord, concert d’ambiguïtés et de malentendus qui créent autant de frustrations que de satisfactions.

Donc ça ne marchera pas. Et ça ne marchera pas parce que les syndicats ne sont pas formatés pour ce type de négociation. Les syndicats ne sont toujours pas plus représentatifs des populations de salariés, ils sont toujours aussi faibles et comme toutes les organisations faibles elles s’inscrivent dans la logique du conflit plutôt que dans celle du compromis.

Ça ne marchera pas parce que depuis trente ans la société française tout entière a fait le choix collectif de traiter le chômage par des médecines sociales (indemnisations, emplois aidés, emplois publics) plutôt que de permettre aux entreprises privées de créer de vrais emplois de production. Ça ne marchera pas parce que les syndicats ne veulent pas prendre le risque de mécontenter leurs troupes. Ça ne marchera pas parce que l’opinion n’a pas compris qu’en facilitant les départs de l’entreprise, on facilitait les embauches. Ça ne marche pas parce que les syndicats handicapés cherchent à refiler le dossier au gouvernement. Et qu’au final, on réglera les comptes au parlement.

Sauf miracle, le gouvernement se retrouvera dans une bagarre d’amendements où la gauche de la gauche va se complaire dans la surenchère et le président de la République récupérera un texte qui ne sera que l’ombre de l’accord historique qu’il rêvait d’accrocher à son bilan. La vie sociale dans ce pays n’aura guère avancé. On pourra invoquer le poids de l’histoire et de la culture, celui de la centralisation et des pesanteurs étatiques. Mais au final c’est bien au président de la République que l’on pourra reprocher de ne pas avoir indiqué un cap très clair sur la reforme du système sociale et démontrer une détermination ferme de la faire aboutir coûte que coûte. Donc sur ce dossier, il avait l’opportunité et la possibilité d’imprimer sa marque de grand réformateur, c’est, pour le moment, raté.

Le deuxième dossier c’est évidemment celui de la compétitivité.

Apres six mois de réflexions, et l’habileté de Louis Gallois, François Hollande avait réussi à sortir un pacte de compétitivité. Énorme avancée réformatrice saluée par tout le monde sauf l’extrême gauche à qui on ne peut quand même pas demander l’impossible. Bref ce pacte de compétitivité pouvait montrer que le président avait compris que la sortie de crise dépendait de la solidité de notre entreprise. Et bien trois jours plus tard, le président et ses collaborateurs ressortent leur campagne contre les chefs d’entreprise, la grande finance, les exilés fiscaux minables  etc. etc. Résultat : là encore François Hollande pouvait imprimer sa marque de grand réformateur. Devant l’obstacle il renonce.

Le cœur du problème français c’est son déficit de compétitivité. En bref, et pour faire simple, ce que nous fabriquons est trop cher et les clients n’en veulent pas. L’effondrement des ventes d’automobiles françaises en est la parfaite illustration. Les Peugeot ne se vendent pas, pour des questions de coût, et de qualité. La gouvernance publique, c’est à dire le président de la République ne va pas se mettre à fabriquer des voitures, le gouvernement ne doit surtout pas s’installer comme industriel, même si au gouvernement on s’appelle «  Montebourg ». Ce n’est pas le job d’un ministre fut-il ambitieux. La responsabilité des ministres du gouvernement et a fortiori du président de la République est de tout faire pour créer les conditions favorables au fonctionnement de l’entreprise et à son développement. Le job de l’administration est de laisser vivre les entrepreneurs dans le respect des règles qui ne doivent pas être asphyxiantes.

La gouvernance française est à cent lieux de cette logique là. On a un ministre de l’Industrie qui croit pouvoir faire tourner des entreprises alors qu’elles n’ont plus de marché. On a un ministre de la Culture qui s’offusque de la fermeture de Virgin pour cause de « concurrence déloyale d’Amazon », alors que son collègue de l’Economie octroie des facilités fiscales pour qu’Amazon crée des bases logistiques sur le territoire français. A supposer qu’Amazon soit coupable d’avoir tué les emplois de Virgin , on pourrait quand même reconnaître qu’Amazon a créé plus d’emplois qu’elle n’en a détruit. Le Seul problème dira-t-on, c’est que ce ne sont pas les mêmes et qu’ils ne sont pas au même endroit. Et alors ? Il faudrait se souvenir que la mobilité géographique et professionnelle ne sont pas interdits en France.

Le plus grave dans cette affaire c’est le matraquage réglementaire et fiscal. La seule annonce de mesures fiscales plus contraignantes sur le capital risque a fait baisser les levées de fonds pour les start-up de 30%, ce qui représente 5000 emplois en moins de créés dans les secteurs d’avenir. Les start-up non créées en France le seront à Berlin ou à Londres.

Le plus grave dans cette affaire c’est que l’entreprise France n’a pas de business plan.

Le troisième dossier est celui de l’Europe. C’est un championnat d’ambiguïté et d’hypocrisie. Tout le monde raconte n’importe quoi.  A l’approche du 50e anniversaire du traité de l’Elysée, le 20 janvier prochain la France commence à dire le plus officiellement du monde que la crise de l’Euro est finie. L’année 2012 a permis d’éviter le désastre, c’est vrai, mais la zone euro est incapable de travailler pour le bien commun. On a mis en place des mécanismes de sauvetage, le MSE, on a désormais une banque centrale qui réassure le système, (bravo Mr Draghi !). Mais personne en Europe n’a trouvé l’équation qui permette le désendettement indispensable et la croissance. Personne. Les Allemands n’ont pas de solutions. Les Français, les Italiens, Les Espagnols non plus. Plus grave, chacun n’en fait qu’a sa tète avec, pour couronner le tout une communication désastreuse.

Alors oui, la zone Euro a évité l’implosion mais la construction européenne n’a pas progressé. L’Allemagne ne fait plus confiance à la France, la France a besoin de l’Allemagne pour faire ses fins de mois mais drague les pays du sud pour faire contrepoids. Ce qui n’est quand même pas un exploit que de se rallier des pays encore plus malade que nous.

L’Europe ne se sauvera que si la France et l’Allemagne retrouvent une relation de confiance. Et la confiance ne sera restaurée que si la France offre une clarification de sa politique de réforme. On revient à la case départ et on retombe sur la question des réformes d’ajustement (droit du travail, fiscalité et compétitivité). Dans ce cas-là on a une petite chance pour que l’Allemagne soit un peu plus bien veillant pour nous donner du temps nécessaire à l’ajustement.

On ne peut pas en permanence reprocher à son banquier de ne pas être attentif à nos problèmes si on ne fait aucun effort pour les résoudre. Ah si seulement François hollande avait un peu plus de courage. On ne peut pas passer son temps à engueuler les chefs d’entreprise et regretter qu’ils n’ investissent pas chez nous. On ne peut pas dire aux partenaires sociaux de faire comme ils l’entendent et regretter qu’ils soient incapables de se mettre d’accord sur un compromis. On les invite au conflit et on ne leur donne aucun des moyens du compromis.