Et François Hollande réussit l’exploit d’engendrer la gauche la plus réactionnaire du monde

Les milieux d’affaires ne décolèrent pas contre l’archaïsme du gouvernement, son immobilisme qui fabrique la gauche la plus réactionnaire.

On a reproché très longtemps à la droite française d’être la plus bête du monde parce qu’elle était incapable d’adapter la société française à la modernité… Les  milieux d’affaires et beaucoup d’observateurs considèrent que la gauche française s’est enfoncée dans l’archaïsme le plus profond en pensant protéger les situations acquises.

L’actualité de ces derniers jours et surtout la réaction du président et du gouvernement creuse l’écart entre ce que le pragmatisme commanderait de faire et ce que les idéologies ou les intérêts de parti leur refusent d’initier ou d’accepter. Les exemples de dérives réactionnaires pullulent.

La démission de Christiane Taubira, ministre de la Justice va certes clarifier sa propre situation qui devenait intenable, mais va donner à la gauche un nouveau leader protestataire et gardien des principes ancestraux. La gauche de la gauche avait les frondeurs, les écolos,  mais pas de leader : Cécile Duflot est devenue inaudible, Jean- Luc Mélenchon est fatigué,  il doute. Christiane Taubira peut cristalliser l’opposition de gauche. Taubira était gênante à l’intérieur du gouvernement, elle peut devenir insupportable au président en étant à l’extérieur. Et même candidate contre lui à la présidentielle.

Les manifestations de colère sociale et surtout la réponse que le gouvernement apporte,  montre bien que le président n’a plus de boussole, ne sait plus ce qui est de gauche et fidèle a ses convictions et ce qui est de droite répondant a des nécessités urgentes.

Tous les ennuis de François Hollande proviennent du décalage entre les promesses politiques qu’il fait depuis le début, et l’impossibilité matérielle de les réaliser. Les explications ne manquent pas. La contrainte des marchés, la concurrence internationale, les progrès de la technologie qui changent tout l’écosystème, tout cela chamboule l’ordre des priorités de ce qu’il faudrait faire. La France s’est trouvé tellement de  bouc-émissaires qu’elle pourrait ouvrir un parc d’attractions.

François Hollande est en contradiction permanente avec les idées que sa majorité a cru qu’il pourrait défendre.

Quand il défend une politique sécuritaire, il répond à une nécessité urgente voulue par 90 % de l’opinion publique. Ca n’est ni de droite ni de gauche, il se veut efficace. Mais la gauche n’aime pas, parce que ça n’est pas écrit dans le grand livre de Jaurès. Taubira l’accuse de faire une politique de droite. Et du coup François Hollande ne sait plus ce qu’il faut faire.

Quand il décide un plan d’urgence pour l’emploi, il constate que toutes les mesures de relance n’ont donné aucun résultat, il constate que les réformes de structure mises en place en Allemagne, en Espagne, en Italie, donnent des résultats puisque ces pays ont réussi à créer dix fois plus d’emplois que la France au cours des deux dernières années… Face à ce constat , il autorise Manuel Valls a lancé une réforme de l’organisation du travail, de la durée, des contrats, du licenciement, etc. Il demande même à une icône du socialisme moderne, Robert Badinter, de faire un rapport. lequel rapport reprend en gros les suggestions données par les experts de gauche comme de droite… Ceci dit comme ces solutions visent à plus de flexibilité, de souplesse, peut-être plus de précarité etc. François Hollande fait machine arrière ou plutôt laisse à son Premier ministre le soin de  rappeler qu’il y a en France des choses auxquelles on ne peut pas toucher… ou alors en cachette, en douce. Et surtout ne pas le dire parce que la gauche, la vraie, cette qui règne au Parlement et rue Solférino, celle qui garde religieusement le dogme et les morceaux de la vraie croix, refuse l’évolution et la réforme. Et quand par hasard un des apôtres de la gauche moderne, ministre de l’Economie, Emmanuel Macron ose expliquer que faire tout ce qu’on pourrait faire pour débloquer l’emploi c’est aussi faire une politique de gauche, on le menace du bûcher. Macron l’hérétique. Donc on ne fera rien. On virera Macron.

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Le gouvernement français, qui était pourtant au départ formaté intellectuellement pour réformer ce pays et débloquer les procédures de création de valeur et d’emplois, s’enferme dans l’immobilisme.

La caricature de cet immobilisme nous est donnée par la réaction du gouvernement dans le conflit ouvert par les taxis contre Uber.

C’est incroyable, parce que ce conflit a encore brouillé les cartes idéologiques. Quand on entend la gauche de la gauche défendre les chauffeurs de taxis au nom de l’équilibre de la concurrence contre une multinationale qui a révolutionnéle transport urbain, on croit rêver.

Qu’il y ait des problèmes de régulation sans doute, de réglementation peut-être, de concurrence fiscale déloyale sûrement, qu’il y ait des problèmes de licence qui se dévalorise, bien sûr… Mais tout cela se gère. Rien de ce qui est mis en avant est insoluble administrativement et juridiquement, mais de là, à demander l’interdiction des VTC… On marche sur la tête.

Quand on examine à la loupe les protagonistes du conflit on observe des professionnels qui font le même métier mais pas de la même façon.

Les chauffeurs de taxis perdent leurs clients, les chauffeurs privés en gagnent. les premiers sont en général à peine courtois, avec des voitures pas toujours propres, ils ne parlent pas anglais et beaucoup n’acceptent ni les cartes bancaires, ni les chèques. Du cash !!! On a compris.

Les chauffeurs de VTC sont plutôt correctement habillés, ils éteignent la radio pour le confort de leur passager, prennent les bagages, les voitures sont propres, confortables, le chauffeur parle l’anglais, n’impose aucune conversation, répond aux questions avec amabilité, et affiche clairement le prix de la course, le  trajet, et n’accepte aucun paiement puisque la course est prélevée et la facture envoyée dès la fin de la course au client.

Ce n’est pas la loi qui a fait le succès du VTC, c’est le principe et le service VTC qui a séduit le client … et les chauffeurs.

Il y a aussi beaucoup de racisme social dans le conflit. D’un coté, des chauffeurs de taxis, installés dans leur positions protégées, petits bourgeois des services urbains, des Français bien sûr, mais qui habitent en ville ou en proche banlieue.

De l’autre des chauffeurs de VTC qui pour la plupart sont auto-entrepreneurs, propriétaires ou locataires de leur outil de travail, qui s’organisent le mieux qu’ils peuvent avec des copains associés, plutôt jeunes et qui, si c’était possible feraient 35 jeûnes par jour, plutôt que de pointer à Pôle Emploi. Ces chauffeurs de VTC sont des français bien sûr mais à 70% sont issus des quartiers de la banlieue, immigrés de la 2e et même de la 3e génération.

Les premiers, chauffeurs de taxis protègent leur licence, véritable rente.

Les seconds ont pris des risques en faisant un travail qui peut devenir précaire. Ils n’ont pas acheté leur licence puisqu’il n y a pas de licence, ils ont acheté leur outil de travail.

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Les premiers sont ignorés par la clientèle. Les seconds sont plébiscités. C’est le client qui a le dernier mot. C’est le cœur de l’économie de marché.

Alors on peut toujours regretter le fonctionnement des anciennes économies de l’Est dirigistes et étatiques. A l’époque le client n’avait pas droit au chapitre. Mais si quelques-uns viennent dire que c’était mieux avant, il risque de se retrouver à St Anne.

Dans ce cas de figure-là, celui des taxis, qui est de gauche, qui est de droite.

Historiquement, la gauche protégeait le risque, prônait la modernité, le progrès, l’efficacité, la croissance.. Normalement une gauche moderne aurait du féliciter une initiative comme celle de Uber, ou de Blablacar, ou des autocars.

Et bien,  la gauche française fait tout le contraire, le front de gauche vient pleurer avec les chauffeurs de taxis en faisant de ne pas savoir qu’ ils sont instrumentalisés par des grands groupes.

La gauche française n’aime ni le risque , ni le travail , ni le profit et par conséquent ni le progrès , ni la concurrence (puisqu’elle est sauvage) ni la mondialisation  puisqu’elle détruit des emplois.

La gauche française s’est rangée du côté des réactionnaires, puisque tout ce qui nous arrive est de la faute des autres. François Hollande bloque Valls quand il veut réformer, lequel ne supporte pas que Macron soit le porteur de la modernité.

La gauche aurait dû avoir un discours positif sur la mondialisation, la gauche aurait dû défendre l’idée d’une Europe fédérale, la gauche devrait être en tête des militants du progrès technologique dans tous les domaines, le digital dans la communication, dans la santé, dans l’agroalimentaire..  Mais non,  la gauche s’est rangée dans le passé. C’était mieux avant !

La gauche française est en train de devenir la plus réac du monde ( à l’exception peut-être de la Corée du Nord. Sa chance (et François Hollande s’en réjouit), la droite française n’a pas encore prouvé qu’elle était devenue intelligente.