Et maintenant, les 4 phénomènes que nos dirigeants vont devoir prendre en compte pour gérer « l’après Charlie »

Alors que l’émotion n’est évidemment pas retombée, beaucoup s’interrogent sur ce qui va se passer maintenant. Les gouvernements et les responsables politiques seront-ils capables de tirer les leçons d’une telle mobilisation ?

Alors que l’émotion n’est évidemment pas retombée, beaucoup s’interrogent sur ce qui va se passer maintenant. Les gouvernements et les responsables politiques seront-ils capables de tirer les leçons d’une telle mobilisation ?

Cette énorme manifestation qui a déferlé sur la France entière, et impacté l’ensemble de la planète, pourrait être oubliée dans quelques semaines. C’est ce que disent déjà certains observateurs politiques. C’est pourtant peu probable voire impossible. L’atrocité de ce qui s’est passé a provoqué une réaction spontanée et homogène. Une réaction digne de la population française. Dans ce cas-là, les autorités politiques ne peuvent pas retomber dans leurs petites querelles intestines, ridicules, parce que l’opinion publique ne l’acceptera pas.

Cette journée historique a révélé une prise de conscience d’un certain nombre de situations et d’évolutions que les dirigeants politiques n’ont jamais voulu reconnaitre ou analyser. A partir de maintenant, les dirigeants politiques et économiques vont être obligés d’être à la hauteur du comportement de l’opinion publique et de tirer les leçons de cette prise de conscience.

1er phénomène : la mondialisation

Depuis 5 jours, l’expression « Je suis Charlie » est parlé dans toutes les langues, tweetée des millions de fois partout sur la planète et les chefs d’État et de gouvernement de 50 pays sont venus à Paris dimanche. D’un côté une masse d’hommes et de femmes qui veulent vivre dans le progrès, la liberté et la convivialité et de l’autre une poignée de fondamentalistes qui, au nom de Dieu, embrigadent les plus faibles pour abattre le progrès et tuer la liberté.

Cette guerre-là est une guerre mondiale.

En 2001, les terroristes se sont attaqués à Wall-Street, le cœur du capitalisme mondial, quelques années plus tard, ils ont semé la terreur à Londres en plein cœur de la cité financière. La semaine dernière, ils se sont attaqués à la liberté d’opinion. Des attentats hautement symboliques.

La mondialisation n’est pas seulement un phénomène économique et financier, il touche également aux valeurs qui fondent notre façon de vivre. La mondialisation ne peut fonctionner que si elle s’accompagne du respect d’une liberté individuelle. Défendre cette liberté, c’est aussi défendre le principe de la globalisation. Mais attention, il faudra dans l’avenir que les chefs d’État et de gouvernement acceptent de répondre par des moyens renforcés à cette menace de guerre.

Plus de collaboration, plus de contrôles aux frontières, plus de régulation, plus de solidarité dans les opérations extérieures.

Cela veut dire qu’il faudra accepter d’abandonner un peu de notre souveraineté nationale et peut être un peu rétrécir le champ de notre liberté. Un seul exemple : il faudra très surement établir des contrôles aux frontières, organiser la traçabilité des voyageurs. Les américains l’ont demandé après les attentats du 11 septembre, l’Europe dont la France, l’avait refusé. Ce fut évidemment une erreur.

2e phénomène : l’Europe

Les Français ont découvert que l’Europe existait encore et que les moyens de prévention passaient par une réforme du fonctionnement des institutions et des administrations européennes. Peut-être même par une réforme des accords de Schengen qui ont transformé cette Europe en une véritable passoire.

Normalement, la conséquence de cette journée passera par un resserrement des liens de solidarité. Solidarité, pour lutter contre le terrorisme. Solidarité pour accoucher d’une politique extérieure commune et une politique de défense commune. Solidarité enfin pour définir une politique économique commune.

Le terrorisme se nourrit aussi de la pauvreté, de la misère et de la non-croissance dans certaines régions.

3e phénomène : des efforts à faire pour vivre ensemble.

Il va falloir que les gouvernants rappellent de façon très nette, le code de bonne conduite dans une société libre et laïque. Mettre en place aussi un système de surveillance et de sanction aux manquements de ce code. Il va donc falloir abandonner le déni pour accepter de voir que certaines banlieues ne respectent plus les règles et le droit de la République.

Il va falloir avoir le courage de dire que dans certaines écoles, les enseignants sont completement dépassés par le comportement de la majorité des élèves qui répondent à d’autres règlements que celui de l’école. Ne parlons pas du football professionnel ou certains gouvernants n’ont jamais sanctionné des joueurs qui représentent l’équipe de France et refusent de respecter le drapeau. Les gouvernants ont un énorme travail à faire pour éviter les amalgames sans pour autant excuser des actes terroristes ou violents.

C’est du ressort des gouvernements mais aussi des institutions religieuses.

4e phénomène : une mobilisation en dehors des formations politiques.

L’unité nationale a été voulue et fabriquée par la base, par l’opinion publique. Les formations politiques ont été tenues à l’écart des chefs politiques et des chefs syndicaux. Une telle unité nationale n’effacera pas les mauvais chiffres de l’économie. Une telle unité nationale peut, en revanche, participer à la restauration de la confiance, donc au redressement. Cela ne marchera qu’à une condition: que les responsables politiques abandonnent leurs débats stériles, dérisoires ou artificiels et répondent à la véritable prise de conscience de l’opinion publique. L’opinion publique est bien plus lucide que ne le croient les dirigeants.