Et si François Hollande préparait le même coup que Tsipras en Grèce ?

C’est curieux, mais l’attitude d’Alexis Tsipras ressemble à celle de François Hollande en plus violent… Du coup le président français serait en train de préparer une opération identique, c’est-à-dire aller aux urnes pour trouver une nouvelle majorité, ce qui n’étonnerait que peu d’observateurs…

La situation française et la situation grecque sont incomparablement différentes. La Grèce était un champ de ruines, la France a encore du crédit… Mais il y a beaucoup de points communs : la dette publique, l’impossibilité de faire des réformes qui s’imposent et surtout la capacité extraordinaire des gouvernants à raconter des histoires pour se faire élire…

On saura fin septembre si Alexis Tsipras réussit à se faire élire avec une nouvelle majorité. Si oui, il sera adoré par les tous les Européens bien-pensants à gauche et passera à juste titre pour un artiste de la démocratie.

Sinon, sa carrière est morte et personne en Europe ne viendra l’aider… Pas même François Hollande, parce que toute la gauche européenne ne se gênera pas pour lui reprocher d’avoir trahi ses idées et sa famille.

Mais Alexis Tsipras n’a pas démissionné pour échouer. Il a démissionné parce qu’il n’a plus de majorité et qu’il veut en reconstruire une nouvelle. Comme si un homme politique pouvait porter successivement des convictions différentes sans que ça gène qui que ce soit.

Sous cet angle, la situation de la présidence française est très proche de celle du gouvernement d’Athènes. Le président français n’a plus de majorité dans l’opinion parce qu’il n’a pas délivré ce qu’il avait promis pendant sa campagne. Il fait autre chose, de bien ou de mal, mais c’est autre chose aux yeux de ses amis de la première heure.

Il faut décortiquer et décrypter avec beaucoup d’attention ce qui s’est passé en Grèce pour imaginer la réalité de la situation française.

Tous les partisans d’Alexis Tsipras, c’est-à-dire tous ceux qui en Europe pensent qu’il y a une autre politique économique que celle qui permet d’assumer la contrainte de marché dont nous avons besoin – en clair tous ceux qui croient qu’on peut encore emprunter indéfiniment sans rembourser les dettes, et continuer de profiter du système européen et de l’euro – tous ceux qui, comme Yanis Varoufakis pensaient qu’on pouvait faire un bras d’honneur au système et continuer de tirer des chèques sur le compte de ce même système : tous ceux-là sont désormais coupés en deux…

Les purs et durs de l’extrême gauche vont se regrouper en dehors de Syriza, le parti dans lequel ils militaient, parce qu’ils ont été trahis. Alexis Tsipras les a trahis deux fois. Une première fois en n’appliquant pas son programme, une deuxième fois en signant l’accord avec les partenaires de la zone euro contre l’avis de la majorité de l’opinion publique grecque qui avait été consultée. Le respect de la démocratie dans ces conditions, on pourrait en parler en effet.

Les plus pragmatiques ou les plus opportunistes estiment que Tsipras a été assez habile pour obtenir des créanciers qu’ils versent un 3e plan d’aide financières ce qui a évité à la Grèce de s’effondrer complètement et qui peut lui donner une petite chance de se redresser. Tout cela en contrepartie de promesses de réformes que de toute façon il aurait fallu faire un jour parce qu’elles correspondent à la réalité. Alexis Tsipras espère réunir une nouvelle majorité autour de ce diagnostic et continuer de gouverner.

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Paradoxalement les Européens qui l’ont beaucoup critiqué souhaitent qu’il réussisse parce que s’il ne réussit pas, la Grèce, cette fois-ci, risque de sombrer dans le chaos. Les Européens vont utiliser tous les moyens de pression pour que les électeurs grecs votent plutôt bien, c’est-à-dire votent pour l’euro, et par voie de conséquences votent pour un panier de réformes qui permettra à la Grèce de s’accorder aux normes européennes. Les pays membres de la zone euro vont donc soutenir Tsipras d’autant qu’il n y a pas d’opposition de droite cohérente, capable de prendre le pouvoir. Entre l’extrême gauche qui veut détruire le système et Tsipras qui a finalement adopté une posture pour la sauver, l’Europe de l’euro votera Tsipras… Un comble !

Cette affaire continue de dérouler son film complètement surréaliste avec son panier de leçons de vivre-ensemble qui sont plutôt invraisemblables.

On retiendra deux leçons mais qui mériteraient un cours annuel à Science-po.

La première leçon est dit-on, une leçon de démocratie. Tout le monde salue le talent des Grecs à respecter les canons de la démocratie. Tsipras s’en va, c’est un grand démocrate… Il cherche une nouvelle majorité, c’est toujours un acte de démocrate. La réalité c’est que c’est n’importe quoi. Quand Tsipras fait voter son peuple et met en pratique une ligne opposée à celle qui a été dégagées par le vote, on ne peut pas dire que ce soit très démocratique. C’est habile, cynique, intelligent, roublard, mais ça n’est pas démocratique.

D’ailleurs la Grèce dont on dit qu’elle a inventé la démocratie, l’a fait de façon très particulière. Tous les démocrates européens ont vite oublié que la démocratie à Athènes était réservée aux « citoyens » et notamment les riches… Athènes faisant travailler des armées d’esclaves qui n’avaient aucun droit et ça ne gêne aucun de nos grands démocrates.

C’est un peu comme la France qui s’attribue le rôle clef de pays qui dans le monde aurait développé le concept de droits de l’homme. Sur le papier sans doute. Dans la réalité surement pas.

La deuxième leçon porte sur le contenu programmatique d’une élection démocratique. Le cas grec pose la question de savoir si on a le droit de raconter n’importe quoi pour être élu. Peut-on faire des promesses pour acheter des voix alors qu’on sait qu’on ne pourra pas les délivrer. Peut-on promettre au peuple une politique dont la réalisation dépend d’une coopération internationale alors qu’on n’a pas négocié cette coopération.

En clair, le programme initial de Tsipras reposait sur l’hypothèse que les factures seraient payées par l’Europe et particulièrement par l’Allemagne. La légitimité démocratique acquise à Athènes ne s’impose pas à Berlin ou à Paris.

La légitimité démocratique ne suffit pas pour appliquer une politique? Encore Faut-il que cette politique soit cohérente, et tiennent compte des contraintes externes sur lesquelles on ne peut pas agir.

Ca raisonnement pourrait parfaitement s’appliquer a la France qui compte sans le dire sur la solidarité européenne pour se sortir du surendettement. La solidarité européenne n’est pas un droit sur lequel on pourrait tirer des traites… C’est un contrat dont il faut respecter toutes les données. C’est ce que, Tsipras a finalement appris à faire. Ses amis ont préféré ne pas le suivre. François Hollande aussi a essayé de changer de politique mais l’opinion publique française ne le suit plus.

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