Et si on supprimait le ministère du Travail ?

Le départ de François Rebsamen alimente des débats un peu obscurs sur les raisons qui sont les siennes, les conséquences sur l’emploi et sur la politique. Et tout le monde spécule sur le nom de celui qui aura la chance de le remplacer… Sans intérêt ! Personne n’ose proposer la suppression pure et simple du ministère du Travail. Bizarre et pourtant, ce serait tellement plus simple.

Sans faire de procès (facile) à François Rebsamen qui s’est retrouvé piégé dans un ministère qui ne l’intéressait pas, personne ne lui en voudra d’abandonner la galère et personne au fond n’a critiqué sa politique, tellement elle s’avère mince.

Son bilan au ministère du Travail est nul. Il a été plus ministre du chômage que de l’emploi. Il s’y est ennuyé à mourir, cela se voyait à chaque apparition à la télévision.

Seule initiative à son actif, une loi sur le dialogue social qui ne va rien révolutionner. En plus, il s’en va, disons la vérité, victime d’une loi sur le cumul des mandats qui n’a pas d’autre objet que de faire plaisir aux plus médiocres des professionnels de la politique, qui en attendent surtout une libération des postes existants. Là ou un seul élu performant pouvait assurer trois jobs, il en faudra trois.

Pour un système qui a besoin de productivité, ce n’est pas une recette miracle. François Rebsamen a donc choisi la fonction qui lui paraissait la plus utile : la mairie de Dijon. Il a eu mille fois raisons. Au ministère il ne servait à rien. Son bilan de ministre est nul, mais ce n’est pas de sa faute. N’importe quelle personnalité politique aurait eu le même résultat.

Soyons clairs mais sans violence : Le ministère du Travail et des affaires sociales ne sert à rien. Rien de rien. Il y a des ministères qui sont indispensables à la gestion de l’état : la défense, l’intérieur, la justice, les finances, les affaires étrangères… Ce sont les ministères régaliens. Sans eux, pas d’Etat.

Mais un ministère du Travail et des affaires sociales couvre des activités qui pourraient être assurées par des institutions de la société civile (on ne va pas dire  « institutions privées » parce que ça pourrait choquer mais on pourrait…).

Sur l’emploi, le ministre du Travail n’a pas de prise. L’emploi dépend des entreprises, de leur fiscalité, de la politique d’innovation, de la politique étrangère quand elle booste l’exportation. L’emploi dépend beaucoup plus du ministre de l’Economie que du ministre des Affaires sociales. Emmanuel Macron en profite.

Sur le chômage, le ministre ne peut qu’enregistrer chaque mois l’état désolant de la situation, mais là encore cela dépend de l’emploi. Quant à l’indemnisation des demandeurs d’emplois, elle dépend des partenaires sociaux. Qu’ils fassent leur boulot d’indemnisations, de contrôle, de surveillance ! Tout comme il appartient aux partenaires sociaux de préparer l’évolution du droit du travail qui est ensuite actée par le législateur ou par les entreprises. Il existe des syndicats de salariés et de patrons pour régler toutes ces questions. Qu’ils fassent là encore leur boulot. Ou plutôt qu’on les laisse le faire.

Sur le fonctionnement du marché du travail, c’est-à-dire de pôle emploi, la majorité des experts pensent que si on privatisait cette usine à gaz, cela ne pourrait pas marcher plus mal.

En clair, le ministère du Travail pourrait parfaitement être éclaté avec des attributions rendues à des partenaires sociaux ou à des techniciens de la relation du travail ou de la DRH…

Ce qui n’empêcherait absolument pas le gouvernement de tracer des lignes politiques pour indiquer ce qu’il faudrait faire ou pas… Alors la disparition du ministère du Travail poserait néanmoins un problème. Cette disparition supprimerait un poste au gouvernement (mais est-ce si grave ?). Cette disparition obligerait à trouver un emploi aux 25 000 fonctionnaires qui s’occupent des affaires sociales, cela pourrait être beaucoup plus compliqué pour trouver une nouvelle affectation dans les 10 milliard d’euros que représente le budget de fonctionnement. Là il n y aura aucun problème.

Cet exemple un peu cocasse montre bien que c’est dans la suppression des ministères non-régaliens que l’on trouvera non seulement des sources d’économies, mais aussi des process de productivité de l’administration. D’autant qu’il n y a pas que le ministère du Travail qu’on pourrait supprimer…