Explications : « La Chine a tout intérêt à financer le FESF »

Depuis le sommet de Bruxelles, la rumeur d’un financement chinois du FESF grandit. Même si en Chine, le gouvernement a démenti les informations, cela semble de plus en plus inévitable. Analyse avec Harry Wolhandler, Directeur Général Délégué de Amilton Asset Management.

On dit que la Chine va financer nos dettes. Concrètement, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que la Chine dispose d’énormes réserves de change, qui s’élèvent à environ 3 200 milliards de $, en raison de sa balance commerciale excédentaire. Celles-ci sont déjà investies à hauteur de 26% (832 milliards) par l’achat d’obligations d’état ou d’entreprises de la zone euro.


Le cas échéant, on parle de perte de souveraineté. Est-ce exact ?

A partir du moment où la zone euro n’est pas autofinancée, autrement dit qu’elle a recours aux créanciers étrangers, elle dépend nécessairement de leur volonté pour continuer à assurer ce financement. Donc oui, on peut parler d’une certaine dépendance financière à l’égard des pays prêteurs sans toutefois que cela induise une perte de souveraineté. Cependant si la Chine devient en mesure d’imposer davantage ses vues politiques sur le plan diplomatique et commercial grâce à sa forte participation dans le FESF, on parlera alors en effet de perte de souveraineté.

Quels sont les intérêts de la Chine à le faire ?

La Chine est devenue ces dernières années la deuxième puissance économique mondiale, la première puissance exportatrice et la première détentrice de réserves de change du monde. Cela révèle que la Chine a grand intérêt, d’un point de vue économique et commercial, que l’UE sorte de la crise au plus vite, d’autant plus que l’Europe est le premier marché d’exploitation de la Chine en absorbant près de 20% de ses exportations. Par ailleurs, cela permet un rééquilibrage de la relation triangulaire avec les Etats-Unis, alors que la Chine est favorable à un monde multipolaire.

Y-aurait-il des conséquences sur la compétitivité de l’économie européenne ?

Disons que le recours accru aux financements chinois aura un impact évident sur la capacité des européens à imposer leur avis sur le taux de change entre le yuan et les monnaies occidentales et sur la capacité des européens à freiner la pénétration des produits chinois en Europe. Par ailleurs la Chine pourrait exiger sa reconnaissance par l’OMC comme une économie de marché. Un statut auquel elle prétend car il lui permettrait de ne plus souffrir de restriction pour ses produits et d’augmenter ses exportations vers l’Europe.

Y-a-t-il déjà des dates clés dans ce dossier ?

Pas pour l’instant, étant donné que le ministre adjoint des finances chinois a déclaré vendredi que l’achat d’obligations émises par le FESF n’était pas à l’ordre du jour du prochain sommet du G20 prévu les 3 et 4 novembre à Cannes.

Le gouvernement chinois dément l’information, mais est-ce inévitable ?

Je pense que oui, compte tenu de la nécessité pour la Chine à placer ses excédents commerciaux. Si ce n’est pas dans le FESF, ce sera via des obligations d’états européens.

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