Face au risque de krach bancaire, l’immense chantier des pays développés pour tenter de le contenir

Pour échapper à une nouvelle crise qui serait fatale, les grandes démocraties cherchent une solution politique pour coordonner les politiques économiques et monétaires.

Depuis le début de l’année, les dirigeants des grandes démocraties ont pris conscience que les banques centrales ne pouvaient plus apporter les solutions au dérèglement des économies mondiales. Très discrètement, les ministres des finances du G7 ont lancé des études pour trouver un accord de coordination au niveau international. Le chantier classé secret défense sera soumis aux pays du G20 à la fin du mois, à Shanghai.

C’est un secret de polichinelle mais tout le monde reconnaît que les gouvernements n’ont pas apporté de solutions sérieuses aux problèmes qui avaient provoqué la grande crise de 2008. Ils n’ont rien réformé, ils n’ont dégagé aucune responsabilité.

En bref, on n’a fait que gagner du temps en espérant que les bonnes vieilles recettes de JM Keynes puissent nous sortir de l’embarras et relancer les machines. On a fait du soutien budgétaire, on a fait du soutien monétaire massif.

La croissance a repris, les marchés financiers ont permis à quelques traders et gérants de fonds de refaire fortune, mais au bout du compte, on s’aperçoit que la croissance s’essouffle, que l’inflation n’est pas revenue, et que l’emploi surtout reste fragile dans les pays occidentaux. Les risques d’explosion financière surtout se multiplient.

Le diagnostic, que font les économistes aujourd’hui sur la situation est très simple.

L’activité économique de l’Occident (qui est encore au cœur du moteur de la planète) est dominée par trois phénomènes depuis 2011.

1e phénomène : la suractivité des banques centrales, qui ont multiplié les outils non conventionnels. C’est-à-dire qu’elles ont racheté massivement des dettes publiques pour la plupart, afin de mettre en circulation des masses de liquidités qui ont permis aux états de s’endetter encore davantage. Cette politique est historiquement hors norme. Les banquiers centraux n’ont jamais fait cela depuis qu’ils existent. Parallèlement, ils ont fait tomber les taux d’intérêt à leur plus bas niveau. La permanence des taux négatifs perturbe toute l’organisation économique.

2e phénomène. Les chocs technologiques qui ont, eux aussi bouleversé, l’organisation des systèmes économiques. Avec les gaz de schiste, l’Amérique est devenue le premier producteur de pétrole du monde. L’offre de pétrole est devenue surabondante face à une demande qui avait tendance à baisser. Les prix du pétrole se sont effondrés. Cet effondrement a aggravé les déséquilibres géopolitiques au Moyen-Orient et fragilisé les structures de financement. Faute de recettes pétrolières, beaucoup de financement ne sont plus couverts. Les pétrodollars étaient, qu’on le veuille ou non, un facteur d’équilibre fort dans le fonctionnement de l’appareil occidental.

Autre choc technologique, le digital qui bouleverse toute l’organisation de la production et de la distribution. Le digital est bien sûr, une opportunité formidable pour dégager des sources de productivité mais crée aussi un climat très anxiogène dans la mesure où le digital déstabilise beaucoup de secteurs ou d’activités traditionnelles. (cf, ce qui se passe dans l’hôtellerie ou les taxis)

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3e phénomène : l’évolution de la Chine. Après avoir été pendant plus de 20 ans l’usine du monde, en proposant à bas prix l’essentiel des produits manufacturés de grande consommation, la Chine butte aujourd’hui sur la nécessité d’adapter son organisation politique et sociale à ce monde complètement ouvert et concurrentiel. D’où le ralentissement de sa croissance qui, par contre-coup impacte l’équilibre des Occidentaux.

La combinaison de ces trois phénomènes incontournables a contraint les organisations politiques à vivre à crédit. Tout le monde s’est endetté. Mais tout le monde s’est inquiété. D’où la montée du populisme dans toutes les démocraties du monde.

Les Américains ont accumulé de nouvelles dettes privées, les Européens ont accumulé des dettes publiques et les émergents (la Chine surtout) ont endetté leurs entreprises.

Au total, le marché de la dette est devenu le plus important des marchés financiers. La dette dans le monde représente aujourd’hui 5 500 Milliards de dollars. Soit deux fois la dette mondiale de 2008. Cette dette obligataire est en réalité alimentée par les banquiers centraux, et gérée par les banques commerciales qui, compte tenu des taux d’intérêt zéro, ne gagnent pas leur vie. Les risques ne sont pas considérables (encore que sur le pétrole ou dans les émergents, ils s’alourdissent) mais surtout les marges sont dérisoires.

Maintenant, il n’y a pas foule de solutions pour traiter cette dette. Faute de croissance et/ou d’inflation, la bulle finira par éclater.

Les pays où les grandes régions se préparent à la guerre monétaire. La guerre entre le dollar, l’euro et le yuan chinois. On le voit, on le sent tous les jours. Et chacun sait que la guerre monétaire va faire des dégâts.

Pour éviter cette guerre monétaire annoncée, il n y a que deux alternatives :

Ou la guerre militaire – ce qu’on a fait dans l’histoire de nombreuses fois pour remettre les compteurs à zéro. Et il faut reconnaître qu’aujourd’hui au Moyen-Orient ou en Asie, il existe des foyers de guerre mondiale.

Ou alors, la coordination internationale. Passer des accords mondiaux pour réguler « les changes » et les flux « d’échange de biens et services ». Réinventer une gouvernance mondiale. Le FMI y travaille, l’OMC a échoué. Aujourd’hui, ce sont les grandes démocraties du G7 menacées à l’intérieur par le populisme qui vont prendre cette initiative et la proposer aux membres du G20. Depuis le temps qu’on dit que la crise devrait rendre intelligent !!!

Le chantier est immense mais urgent.