France-Angleterre : les britanniques remportent le match économique

Début février, le XV de France a remporté son premier match du Tournoi des six nations face au pack anglais dans une ambiance sportive des plus favorables aux discours chauvins. Mais les résultats économiques de la France sont moins brillants que ses performances sportives. Ainsi, le président Hollande n’a pu que « stabiliser » la courbe du chômage, alors qu’il avait promis de l’inverser d’ici la fin de l’année 2013. Dans le même temps, le Chancelier de l’Echiquier George Osborne (le boss du Bercy britannique, mais sans gros ministère sur le bord de la Tamise) a présenté sa copie de l’année passée. Elle s’avère plus honorable que le bilan de son homologue français Pierre Moscovici.


Ces résultats valident-ils la politique d’austérité menée depuis 2010 par la coalition des Tories et LibDems sous l’égide du Premier ministre David Cameron ? Ne subsiste-t-il pas des faiblesses structurelles outre-Manche ? Le Royaume-Uni peut-il cesser son déclin relatif enclenché dès la fin du XIXème siècle et ainsi ravir à la France son rang de cinquième puissance économique mondiale ?

Une croissance britannique dynamique portée par la consommation des ménages

La croissance britannique s’est élevée à 1,9 % en 2013, malgré une prévision de 1,4 %. En 2012, le PIB n’avait progressé que de 0,1 %. L’année 2013 marque donc pour l’économie du Royaume-Uni la fin du marasme économique. La France, elle, affiche un taux de 0,3 %, alors que Bercy prévoyait 0,1 %. La consommation des ménages outre-Manche est notamment à l’origine de cette reprise économique qui touche tous les secteurs, à l’exception de la construction. Alors que le marché automobile est en berne dans la plupart des pays européens, le nombre d’immatriculations de voitures neuves a progressé de 10.8% en 2013, le plus haut niveau atteint depuis 2007. De plus, les indices d’activités des PMI sont orientés à la hausse. Le taux de chômage a atteint fin novembre 7,1%. Le FMI prévoit ainsi pour 2014 une croissance de 0,9% en France, contre 2,4% outre-Manche. Certains observateurs s’inquiètent néanmoins d’un éventuel risque de surchauffe, voire d’inflation, quand d’autres mettent en avant la fragilité de la reprise économique au Royaume-Uni.

En effet, le pays bénéficie d’une politique monétaire ultra-accommodante menée par la Bank of England, dont le bilan a atteint en 2013 400 milliards de livres. Par ailleurs, le secteur immobilier est en plein boom et le prix des maisons a atteint son niveau d’avant-crise, ce qui engendre un effet de richesse. Le gouvernement de Sa Majesté a en effet mis en place le programme « Help to buy », qui subventionne les acquisitions immobilières par le biais d’une garantie publique sur les emprunts. La demande s’accroît et l’offre reste identique : mécaniquement, les prix de l’immobilier augmentent et battent des records, créant un effet de richesse. Certains analystes craignent même une bulle, ce qui ne pourra que rappeler de mauvais souvenirs à un grand nombre de lecteurs…

Enfin, les ménages britanniques tardent à se désendetter, contrairement à leurs homologues américains : l’endettement des ménages atteint ainsi 160% de leur revenu, soit un niveau bien plus élevé qu’en France. On peut donc craindre que l’accroissement de la consommation des Britanniques ait pu être financé par le crédit, et donc au détriment de leur épargne.

Certaines difficultés subsistent…

Néanmoins, certains observateurs demeurent dubitatifs. Ainsi, Catherine Mathieu, économiste à l’OFCE (nous tirons les graphiques de son site internet), parle d’une croissance « impulsée en partie par un service public épargné par l’austérité budgétaire et par des services immobiliers soutenus par la politique monétaire ultra-active » et « d’effets en trompe l’oeil ». Surtout, ils rendent responsable la politique de consolidation fiscale de la stagnation de l’économie britannique observée jusqu’en 2012 car elle aurait été menée à un rythme trop soutenu.

Lors de son arrivée au pouvoir en 2010, le cabinet ministériel a d’abord dû faire face à des finances publiques profondément dégradées. Le déficit public atteignait ainsi 11,4% du PIB en 2009. George Osborne avait alors mis en place une sévère cure d’austérité axée sur des coupes budgétaires importantes, touchant notamment les budgets sociaux et la fonction publique, mais aussi des hausses de prélèvements obligatoires, comme celle de la TVA. De très nombreux économistes désignent cette politique budgétaire comme responsable de la stagnation du revenu national britannique : le PIB n’a ainsi pas encore retrouvé son niveau de 2008 et n’a pu se maintenir jusqu’à présent qu’au niveau d’un plateau baissier.

Evolution du PIB britannique lors des récessions et reprises - Catherine Mathieu/OFCE
Evolution du PIB britannique lors des récessions et reprises – Catherine Mathieu/OFCE

Mais ces choix très impopulaires peuvent être salutaires. En effet, David Cameron a un projet clair et ambitieux depuis son arrivée au pouvoir, celui d’une « Big society », visant à réduire la place de l’État dans la vie sociale et économique au profit du secteur privé. Il a notamment prévu d’abaisser le taux d’imposition sur les bénéfices des sociétés à 20 % d’ici 2015. Il est actuellement de 23 % aujourd’hui, contre 33 % en France. Cette orientation claire a su ramener la confiance, facteur très important en économie. Le « cap » de François Hollande apparaît alors comme flou vu ses multiples revirements. De plus, l’étude d’Alberto Alesina et Silvia Ardagna Large changes in fiscal policy : taxes vs spending montre que la baisse des dépenses publiques a un impact récessif beaucoup moins faible que les hausses d’impôts dans le cadre d’une politique budgétaire visant à réduire le déficit public. Elle rend donc pertinente la politique menée en Grande-Bretagne alors que celle conduite en France, axée sur une forte hausse des prélèvements obligatoires sous les gouvernements de François Fillon et de Jean-Marc Ayrault, semble alors moins efficace.

Enfin, l’investissement industriel est peu dynamique. Cette tendance accroît la disparité territoriale qui existe entre le Sud du pays florissant spécialisé dans les services et le Nord faisant face au déclin des certaines industries. Le Royaume-Uni accroît donc sa spécialisation dans les services au détriment de l’industrie, ce qui déplairait fortement au ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg.

Evolution de la valeur ajoutée par secteur d'activité depuis la crise - Catherine Mathieu/OFCE

Evolution de la valeur ajoutée par secteur d'activité depuis la crise - Catherine Mathieu/OFCE

Britain is back

Dans une tribune publiée par le Times du 1er janvier 2014, David Cameron a vanté les bienfaits du modèle économique britannique et de la politique de son gouvernement, qu’il a opposée à celle des pays faisant face à « un chômage croissant, une stagnation industrielle »

D’après une étude du Centre for Economics and Business Research, le Royaume-Uni pourrait à l’horizon 2018 reléguer la France au rang de sixième économie mondiale. L’économie britannique atteindrait cette cinquième place en raison de sa population plus jeune, de sa faible fiscalité et de la non-adoption de l’euro. En offrant un climat favorable aux affaires et en maintenant des incitations productives importantes, le Royaume-Uni, berceau de la Révolution industrielle, peut mettre fin à son déclin économique relatif. Celui-ci a débuté dès la fin du XIXème siècle en raison de l’affirmation de la puissance industrielle allemande et s’est poursuivi lors des Trente Glorieuses, au moment où le Japon, l’Italie, l’Allemagne ou la France affichaient des taux de croissance nettement supérieurs.

Enfin, l’économie britannique bénéficie d’un marché du travail très flexible grâce aux différentes réformes menées depuis 30 ans, menées d’abord sous l’impulsion de Margaret Thatcher puis par ses successeurs au 10, Downing Street, y compris le travailliste Tony Blair. Cet atout favorise la création d’emplois privés et une diminution importante du chômage en cas de reprise économique. Ainsi, près de 500.000 emplois ont été créés lors de l’année 2013. Au total, depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition libérale-conservatrice depuis 2010, plus d’un million d’emplois ont été créés alors que plus de 400.000 postes dans la fonction publique ont été supprimés dans le même temps. La confiance du gouvernement dans le secteur privé pour résorber le chômage s’oppose ainsi à une vision française. Chez nous, les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont ainsi eu massivement recours à des emplois publics subventionnés s’adressant aux jeunes chômeurs. Ce sont par exemple les fameux « emplois d’avenir » du gouvernement socialiste actuel, qui permettent tout juste de stabiliser la courbe du chômage, même si ce dernier tend à décroître chez les jeunes ces derniers mois. En effet, la croissance française atone ne peut permettre la création d’emplois privés.

Le Royaume-Uni a lui choisi de libérer la croissance en offrant un cadre réglementaire et fiscal propice à l’entreprise et à l’innovation et d’adopter un marché du travail flexible. Son économie est donc plus dynamique, ce qui favorise la création d’emplois privés et la prospérité.

Think Liberal est une organisation étudiante qui souhaite contribuer à la réflexion politique en y réintégrant les idées libérales ; et promouvoir le libéralisme de manière générale à Sciences Po.  Elle organise des conférences/débats, des apéros, et publie régulièrement des articles sur ses thèmes variés ainsi que des vidéos avec des spécialistes. »

L’association Think Liberal organise le Mercredi 16 avril une conférence « La France est-elle condamnée au chômage de masse ? », en présence d’Eric Heyer, Augustin Landier, et Jean-Marc Daniel. Rendez-vous à 19h15, amphithéâtre Caquot, dans les locaux de Sciences po’ 28 rue des St-Peres à Paris. L’inscription à ce lien : https://www.eventbrite.com/e/la-france-est-elle-condamnee-au-chomage-de-masse-tickets-11083827025