François Fillon n’a aucun intérêt à « adoucir son programme » et voilà les dix raisons pour lesquelles il devra même le durcir

François Fillon est assailli par tous ceux qui, à droite comme à gauche, lui conseillent d’adoucir ses projets. C’est mal le connaître, lui et son programme, que de penser qu’il reculera dans sa volonté de réforme.

La droite considère que si François Fillon veut être président de la République, il lui faudra rassembler au centre, et pour drainer des voix, il devra adoucir son programme. Bref, revenir sur la ligne que suivait Alain Juppé, et qui est reprise aujourd’hui par le Modem de François Bayrou.

La gauche n’arrête pas de brocarder un programme ultralibéral en économie et réactionnaire sur le plan sociétal.

L’extrême-gauche retrouve l’extrême-droite pour dépecer le programme de François Fillon et le prévenir que rien de ce qu’il envisage de faire ne pourra s’appliquer car le peuple s’y opposera.

Quant aux syndicats (et notamment la CGT), ils préviennent que le programme Fillon est un programme anti-pauvres, anti-modernité, anti-social… Il seront donc dans la rue pour s’y opposer.

Un tel front des élites politiques contre François Fillon, relayé avec une certaine complaisance par une grande partie des médias, est hallucinant. Il se nourrit des études des politologues qui nous disent que la France n’acceptera jamais d’entrer dans des logiques libérales. Il se nourrit de la culture classique de la majorité des intellectuels français qui ont été moulés depuis 1968 aux idées gauchisantes, à la morale bobo et aux conservatismes étatiques.

Tout le monde y va de son couplet pour annoncer l’échec de François Fillon à la présidentielle, ou pire, son incapacité à appliquer son programme. Ils lui adjurent donc de changer er d’adoucir son projet, comme si ce projet était mortifère.

C’est mal connaître François Fillon que de penser qu’il va céder aux petits calculs politiques. C’est surtout mal connaître son vrai projet pour penser qu’il ne pourra pas s’appliquer.

Il existe au moins dix bonnes raisons pour lesquelles François Fillon et ses équipes ne reculeront pas devant cette fronde.

1) Il veut frapper vite et fort. François Fillon et tous ceux qui depuis trois ans travaillent avec lui sont convaincus de leur diagnostic : la France est en quasi-faillite. Plus grave, si on ne change pas son logiciel de fonctionnement, le pays n’a aucun moyen de se redresser. Il va s’enfoncer dans le déclin et le déclassement. Ce qu’il faut donc, c’est un changement radical. Et François Fillon a d’ores et déjà annoncé un choc de réformes, dur et rapide, pour renverser la tendance, sinon la réforme ne se fera jamais et on continuera par lâcheté et par faiblesse à conserver les petits privilèges des uns et des autres. Pas question de refaire du Chirac ou du Hollande.

2) Pas de petites concessions politiques, sinon c’est la paralysie de l’action. Pas question pour lui de faire des promesses qu’il ne pourra pas tenir ou qui paralyseront son action. Pas question d’acheter des voix à tous les courants de la majorité pour fabriquer une large majorité qui sera inefficace. Par conséquent, François Fillon part du principe que s’il se présente, il se présente avec son package de projets. Pas moins, et peut-être plus si l’efficacité le commande.

Sur ce point, il sait que François Hollande a négocié tellement d’accords avec les écolos et l’extrême-gauche qu’il s’est retrouvé pieds et poings liés, incapable de faire quoi que ce soit.

3) L’élection présidentielle vaut acceptation du programme. C’est un principe sacré, pas question d’organiser un référendum tous les deux jours, pas question de gouverner le nez sur les sondages ou sur l’audience du 20h. La primaire et la présidentielle, suivies des législatives, donnent légitimité au président pour exécuter un programme qui aura été présenté, expliqué et même épluché pendant plus de six mois.

4) Le succès de François Fillon lors de la primaire de la droite prouve qu’il y a une demande forte pour une politique de réformes pragmatiques, parce qu’il y a une demande de résultats. Pour la première fois, la droite française assume son adhésion à une politique de droite. Sans honte ou culpabilité par rapport à l’idéologie dominante dans le pays depuis un demi-siècle. Parce que depuis 50 ans, aucun dirigeant politique n’a osé s’afficher à droite. Ils étaient tous centre-droit, centristes, républicains indépendants ou centre-paysans, centre-gauche… mais jamais personne n’a été de droite.

C’est la première fois, parce qu’une partie du peuple – celui qui a voté à la primaire – l’a voulu ainsi.

5) Le succès d’Emmanuel Macron et les ambitions de Manuel Valls montrent bien qu’à gauche aussi, il y a une demande d’efficacité économique et de sérieux dans la gestion. A gauche aussi, on souhaite que l’administration coûte moins chère et soit plus efficace. A gauche aussi, on souhaiterait que l’économie crée plus d’emplois. A gauche aussi, on raisonne souvent comme à droite.

6) Les mesures de François Fillon considérées comme les plus dures ne seront pas amendées mais expliquées. C’est d‘autant plus facile qu‘elles sont toutes destinées à donner au systeme plus de vigueur et de dynamisme.

7) Les mesures de protection sociale ne seront pas rognées mais, là encore, réorganisées pour plus d’efficacité. Les systèmes actuels sont généreux mais fragiles. Toute la réforme a pour but de les sécuriser.

8) L’Europe n’est plus un bouc-émissaire, mais un moyen d’exister dans le monde tel qu’il est. Alors que tous les pays du monde se protègent et se replient sur eux-mêmes, l’Europe se fissure et hypothèque la sécurité de ses Etats-membres. La sécurité sera renforcée, non pas par « moins d’Europe », mais par « plus d’Europe politique ».

9) La mondialisation offre des opportunités à deux conditions. D’abord à condition que les accords intergouvernementaux pacifient et équilibrent les relations entre les pays signataires. Ensuite, à condition que le système économique français soit capable de monter en gamme l’essentiel de ses productions. Pour ce faire, il faut beaucoup de liberté aux chefs d’entreprise, beaucoup d’innovations.

10) Elever la révolution digitale au rang de priorité stratégique. La France n’est pas en retard dans l’émergence d’un tissu de nouvelles entreprises digitales, elle est beaucoup plus maladroite dans la digitalisation du reste de l’économie.

La vérité dans ce procès qui est fait à François Fillon, c’est que l’acte d’accusation porte sur des faits, des écrits et des promesses qu’il n’a pas commis. Son comportement, son projet, son programme ne sont pas d’ordre ultralibéral. Il est à peine libéral. Pour beaucoup, il pourrait l’être beaucoup plus. Il faudra peut-être qu’il le soit.

François Fillon a pris le système français tel qu’il est. Il a pris les contraintes auxquelles nous ne pourrons pas échapper, et il a construit des processus d’adaption. Ce chantier de réformes n‘a qu’un seul but : réinventer un système de créations de richesses.