François Hollande a encore passé une semaine désastreuse

Par Jean-Marc Sylvestre. François Hollande a encore passé une semaine désastreuse. L’accord qu’il avait personnellement négocié avec Lakshmi Mittal lui est revenu comme un boomerang. Cette accord  l’a finalement obligé à désavouer son ministre du Redressement Productif sans pour autant aller jusqu’à lui demander de démissionner. Quant à son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, il l’a envoyé au front pour fournir des explications alambiquées. Du coup, il s’est gravement déprécié.

La décision prise est pourtant économiquement incontournable. Aucun expert, aucun économiste  n’a cru possible de sauver une sidérurgie qui fabrique un acier que personne dans le monde ne veut plus acheter. La nationalisation n’avait de sens que politique mais elle était aberrante au point de vue financier. L’hypothèse des repreneurs apparaissait, faute de noms et de dossiers, assez farfelue ou suspecte. La position la plus courageuse eut été de placer les hauts fourneaux de Florange en liquidation. Mais socialement, c’est indéfendable pour un gouvernement de gauche.

Le compromis obtenu revient au même, sauf qu’il oblige Mittal à prendre en charge le traitement social de 650 emplois qui étaient de toute façon condamnés. La façon dont ce compromis a été préparé et annoncé, le chapelet de promesses qui l’a précédé, tout cela a été ravageur sur le plan politique. Cette affaire a donné des arguments au Front de Gauche qui va désormais soutenir Arnaud Montebourg et accroitre la pression sur François Hollande. Mais du coup éloigné encore davantage  le gouvernement des milieux d’affaires. Ces derniers attendent des signes de rigueur et de responsabilité économique.Les dégâts sont démesurés par rapport à la réalité. Ce qui était en jeu à Florange, c’était le sauvetage des 650 emplois. Le combat des syndicat, était certes juste, mais la France fabrique aujourd’hui 40.000 chômeurs de plus par mois. Plus de 1000 par jour. C’est dire si les vrais problèmes sont ailleurs.

La commission de Bruxelles a officialisé cette semaine la perspective de récession dans la zone euro pour 2013. Mario Draghi, le président de la BCE qui a fait sa dernière conférence de presse de l’année n’a donné aucun signe d’assouplissement de la politique monétaire, considérant que l’heure est aux restrictions budgétaires par la voie d’une réduction des dépenses publiques. La France est directement visée, accusée de laxisme. Ce qui veut dire que les taux d’intérêt extrêmement bas, dont elle bénéficie, ne vont pas durer. C’est impossible sans des signes forts de redressement…

La haute administration, et les grands patrons comme Henri de Castries, le PDG d’Axa, ou Michel Pébereau ont multiplié cette semaine  les avertissements et les signaux d’alerte auprès de l’Elysée. Emmanuel Macron, ancien de Rothschild, conseiller économique de François hollande a du mal à rassurer les milieux d’affaires. Il a discrètement rencontré les dirigeants patronaux, ceux du Medef, de la CGPME, et pour la première fois les dirigeants du CJD, le Centre des Jeunes Dirigeants. Son discours est assez lisible pour les chefs d’entreprise. Il parle d’économie de marché, de mondialisation, et du pacte de compétitivité. Bref, il confirme le virage social-démocrate de François Hollande mais il dit aussi clairement qu’il a des contraintes politiques à gérer avant de redresser les comptes publiques.

Les rentrées de TVA sont très faibles depuis le mois de septembre, ce qui correspond au tassement de la consommation. Le marché immobilier est complètement figé, ce qui veut dire que les rentrées fiscales ne seront pas à la hauteur des prévisions, d’où les projets de taxations nouvelles sur les plus-values ou les taxes d’habitation. Ajoutons à cela que plus de la moitié des entreprises du CAC 40 sont placées sous perspectives négative. Standard and Poor’s a publié vendredi soir un bilan de la situation microéconomique française… La visibilité est quasi nulle jusqu’en juin 2014. Enfin, le flot d’expatriations est de plus en plus important. Au niveau des fortunes privées comme au niveau des directions d’entreprise qui ne trouvent plus de cadres dirigeants pour venir à Paris.
Tout cela avec des cabinets ministériels qui tournent un peu dans le vide. Du côte de chez Montebourg, on fait la grimace. Chez Cahuzac on est essaie de défendre le « patron »  pris par les soupçons de Mediapart. Et chez Pierre Moscovici, on se dit que de remplacer M. Junker à la tête de l’eurozone permettrait de se mettre à l’abri des orages politiques qui ne vont pas manquer d’éclater.

Dans les dix jours qui viennent, François Hollande a deux rendez-vous qu’il ne peut pas manquer. Un rendez-vous avec le Maroc où il va d’abord envoyer son Premier ministre pour calmer les mauvaises humeurs provoquées par l’attention particulière que l’on a porté à l’Algérie. Le deuxième rendez-vous est plus discret mais plus important. François Hollande doit impérativement donner aux marchés l’assurance qu’il a compris la nécessité de réduire les dépenses publiques. Le pacte de compétitivité a été bien reçu, maintenant il faut apporter le preuve qu’il sera financé. Le gouvernement a promis 60 milliards de dépenses publiques en moins sur 4 ans mais il n’a pas dit où il allait les trouver.

En principe, François Hollande a demandé à son Premier ministre de réunir un séminaire gouvernemental pour faire la listes des coupes budgétaires. Quelles administrations ? Quelles agences ? Quelles collectivités locales ? Quels organismes sociaux ? Et selon quel calendrier ? Ça va être au Premier ministre d’assumer cette politique de rigueur. Tout cela doit être callé avant les fêtes de fin d’année. Pour éviter une vague de mécontentements qui sera  alors reportée au Printemps. Comme souvent, François Hollande va chercher à gagner ou à acheter du temps. Personne ne croit qu’il pourra échapper à un rendez-vous politique avec sa propre majorité.