François Hollande annonce que le retournement arrive, mais il se trompe…

Le président de la République a profité du week-end pour annoncer que le retournement arrivait, ce qui veut dire que la France sort de la crise et que les Français retrouvent confiance. Et bien, il se trompe ! Sauf dans l’impact qui pourrait tout changer : « La France compte si elle a de bons comptes ».

Le président de la République a profité du week-end pour annoncer que le retournement arrivait, ce qui veut dire que la France sort de la crise et que les Français retrouvent confiance. Et bien, il se trompe ! Sauf dans l’impact qui pourrait tout changer : « La France compte si elle a de bons comptes ».

La France compte si elle a de bons comptes, cela ressemble à un proverbe populaire et forcément cela peut faire mouche. Si l’on décode les paroles du Président entre deux buts de Guingamp au Stade de France, on en arrive à croire que « le retournement arrive, on sort de la crise, et que si on sort de la crise, on aura des bons comptes et par conséquent la France va compter. »Pas mal ! Sauf qu’on peut aussi comprendre la formule dans l’autre sens. « Pour  que la France compte, il faut avoir des bons comptes, et donc pour avoir de bons comptes, il faut faire les efforts que je vous demande de faire ».

Le problème c’est que sur le fond, François Hollande se trompe.

Un, le retournement n’arrive pas. Deux, on ne sort (toujours) pas de la crise. Trois, la confiance ne reviendra pas avec ce qu’on donne aux Français. Il ne suffit pas de dire que ça va marcher pour que ça marche, encore faut-il avoir mis du charbon dans la machine.

La situation politico-économique actuelle est très intéressante. François Hollande et Manuel Valls pourraient réussir leur pari mais il faut pour cela qu’ils aillent beaucoup plus loin dans la mise en place des facteurs de confiance.

Ce qui a été fait depuis le mois de janvier va dans le bon sens. François Hollande a changé son diagnostic. Il a compris que tout socialiste qu’il était, il ne changerait pas le monde tel qu’il est. Il a compris que si la France voulait continuer d’être un acteur majeur à l’international et qu’il fallait s’adapter au reste du monde. Prendre ce que l’on peut prendre chez les autres, mais aussi donner et payer ce que l’on doit. En fait, il a relu Marx, qui a magnifiquement  expliqué que ce qui prévalait sans les rapports de force était la situation économique. Il a donc annoncé un rétablissement de la situation économique à commencer par un processus de désendettement pour cesser de dépendre des marchés. Sur le terrain politique, il a tout changé, son gouvernement, son Premier ministre, son cabinet et la direction du Parti socialiste. Alors le changement n’est pas facile, mais reconnaissons que Manuel Valls se débrouille plutôt bien avec sa majorité fissurée. Le plan de compétitivité et de solidarité est plutôt bien accueilli par les chefs d’entreprise, les milieux internationaux soutiennent le changement français, les milieux européens aussi, les agences de notation qui devaient se fâcher au printemps se sont calmées. Et les Français, qu’ils soient de droite ou de gauche, apprécient assez ce Premier ministre qui pourrait enfin  changer la gauche. Par chance pour lui, la droite n’a pas de ligne idéologique cohérente et de propositions alternatives fortes.

Le problème, c’est que, une fois les effets d’annonce dissipés, il va falloir faire passer les mesures de compétitivité, les discuter, et les faire voter. A supposer que Manuel Valls y parvienne  avant l’été, ce qui est possible, tout le monde sait que ces mesures ne suffiront pas à restaurer cette sacro-sainte confiance. On ne parle pas là du rééquilibrage budgétaire (on ne peut guère serrer la ceinture plus qu’aujourd’hui au risque d’asphyxier le malade), on parle des réformes de structures qui seraient absolument nécessaires pour éclairer et sécuriser l’horizon des investisseurs et de tous les acteurs économiques.

Marx, encore lui, a très bien expliqué que, pour qu’un système économique retrouve la croissance, il faut que tous les agents de l’économie y aient intérêt. A ce moment-là, vous créez un cercle vertueux  et le « retournement à la hausse arrive ». Les investisseurs ont envie d’investir et les consommateurs ont envie de consommer. Ce n’est pas le cas actuellement. Les chefs d’entreprise pourraient investir parce qu’il y a de l’argent. Quant aux consommateurs, ils préfèrent épargner. Le taux d’épargne n’a jamais été aussi haut.

De l’avis des chefs d’entreprise, des banquiers et de beaucoup d’économistes, il suffirait, pour faire court, d’engager trois séries de réformes de structures qui pourraient améliorer la visibilité et les conditions de production.

La première série d’initiatives devrait porter sur l’Europe. La France a besoin d’un espace européen, cohérent et solidaire avec un budget et une fiscalité harmonisés. Ce qui permettrait au passage, d’avoir une monnaie plus souple. Les élections européennes devraient être l’occasion de renforcer la cohésion politique de la zone euro. Les gouvernements français  successifs se sont tellement bien entendus pour critiquer et même dénigrer le fonctionnement des institutions européennes, que cette campagne est l’occasion de détruire l’Europe de l’euro plutôt que de travailler à sa réforme.

La situation actuelle est un pur scandale : les hommes politiques n’en parlent pas. Ce qui est honteux, c’est que les médias eux-mêmes n’osent en dire mot. Plus grave encore, l’audiovisuel public ne va même pas organiser une seule émission, un seul débat pour expliquer les enjeux de ces élections. Pas une seule émission pour comparer les problèmes. Plus grave encore si c’est possible, aucune chaine de télévision française ne va relayer les débats entre les candidats à la présidence de la Commission européenne. Seuls les chaines d’informations devraient en parler. ITélé diffusera le 15 mai à 21 heures le grand débat entre les 5 candidats à la présidence de la Commission. On s’est plaint à juste titre de l’incompétence et de l’inutilité du président précèdent, ce « très cher » Monsieur Barroso qui a battu tous les records d’incapacité à régler quelques problèmes de base. Son absence pendant la crise des subprimes et son incapacité à gérer une position européenne a été invraisemblable. Mais on ne fait rien pour s’intéresser à ce que projette d’appliquer le prochain président. Le président de la Commission devrait être un personnage considérable.

L’histoire retiendra que l’Europe aura eu un président qui a fait le job, Jacques Delors. Depuis, plus rien. La Commission est tombée dans les griffes de la technostructure  et les pouvoirs politiques n’ont eu qu’à s’écraser. Mais ce n’est pas de la faute à la technostructure de Bruxelles. Le fautif, c’est le pouvoir politique. Ni les chaines publiques du groupe France Télévision, ni M6 ne va mettre ses antennes au service de cette pédagogie. Mais que fait le CSA ?

La deuxième série d’initiative structurelle devrait lever les incertitudes qui pèsent sur l’avenir de la politique énergétique française. Les entreprises françaises ne savent pas aujourd’hui quel est l’avenir du nucléaire. Elles ne savent pas pourquoi la France interdit l’expérimentation de la recherche de gaz de schistes. Elles ne savent pas quelle est la politique française en matière d’approvisionnement de gaz, à propos de l’Algérie, de la Russie, et à quels prix et conditions politiques. Cette politique énergétique commande les décisions d’investissement à long terme dans tous les secteurs, parce que cette politique énergétique impacte directement la compétitivité et la rentabilité des capitaux investis. Pour l’heure, le gouvernement est coincé par des susceptibilités idéologiques qui masquent des considérations de pouvoir.

La troisième série d’initiatives devrait porter sur le droit du travail, pour plus de simplification et de souplesse. Un vieux débat que le gouvernement n’ose pas engager.

Ces trois grandes orientations stratégiques n’exonèrent pas le gouvernement de décider du périmètre de l’Etat, mais avant toute chose, il faut offrir une visibilité de long terme aux investisseurs et aux consommateurs.  Le reste des réformes viendra après.

Puisqu’on aime les formules et les proverbes : « Un bon chat vaut mieux que de gros rats. » Il est préférable d’engager quelques bonnes et massives réformes plutôt qu’une multitude de promesses de réformettes.