François Hollande fait le pari impossible de reconstruire une majorité

Le président de la République n’est nullement décontenancé par le résultat des élections départementales. Avant même le verdict définitif, il a commencé les consultations pour reconstruire une majorité qui lui assurerait d’être dans la course en 2017. La stratégie qui se met en place est surréaliste.

François Hollande sait parfaitement que s’il ne se passe rien dans les deux ans, il est politiquement mort. En imaginant que, sous la pression de ses amis, il se représente aux présidentielles, la gauche ne sera pas éligible au second tour. Sauf miracle, la gauche toute entière sera donc éliminée du jeu politique pour un bout de temps.

François Hollande sait très bien que la seule chance qu’il peut avoir de se représenter tient à deux conditions : La première, c’est une amélioration de la situation économique. C’est-à-dire plus de croissance et moins de chômage. C’est la condition nécessaire mais elle n’est pas suffisante. La seconde, c’est la restauration d’une majorité à gauche qui est en train de voler en éclat.

Ces deux conditions sont loin d’être réunies. La situation économique va s’améliorer grâce à l’environnement international mais il n’est pas assez dynamique pour convaincre ses troupes que le redressement est solidement garanti.

Pour améliorer les choses, il faudrait profiter de l’embellie et, par conséquent, accélérer le rythme des réformes qui permettent à la France d’affronter la concurrence internationale et consolider l’union européenne. Bref, il faudrait faire du Macron à la puissance 10.

La restauration d’une majorité lui interdit de pousser le rythme des réformes « pro business » de façon trop voyante. Ses alliés politiques y sont opposés pour des raisons historiques, idéologiques ou tout simplement corporatistes.

François Hollande a déjà renoué avec les frondeurs, il a consulté Martine Aubry et Cécile Duflot. De l’avis de ceux qui ont assisté à tous ces entretiens, les relations se sont bien passées mais n’ont débouché sur aucune proposition.

Ni les frondeurs, ni Martine Aubry, ni Cécile Duflot n’ont apporté sur la table des propositions concrètes et responsables qui permettraient d’améliorer la situation économique sans passer par des réformes qu’ils refusent tous d’assumer pour des raisons idéologiques.

François Hollande n’a jamais été aussi dépendant des engagements qu’il avait pris pendant sa campagne étant donné qu’il ne peut pas les respecter. Pour sortir du piège, il va donc se livrer à un exercice qu’il connait bien et qui consiste pour lui à tenir plusieurs langages à la fois.

D’abord, il a déjà expliqué qu’il ne changera pas la ligne de la politique économique. Et pour cause, il n’y a pas de lignes alternatives sauf à sortir de l’euro. L’exemple de la Grèce a refroidit tout le monde. Cette position convient très bien au monde des affaires même si les PME souhaitaient que l’on aille un peu plus vite dans la déréglementation.

Ensuite, il va faire mousser en permanence les améliorations des résultats liées aux facteurs externes, en laissant dire que c’est sous l’effet de sa politique. Avec ces premiers résultats, et plutôt que de les investir en compétitivité pour ménager l’avenir, il va les utiliser comme une cagnotte pour acheter des voix ou éviter d’en perdre.

Enfin, il n’aura d’attention que pour ses alliés et ses cousins turbulents et énervés en distribuant des postes et des fonctions. Ce qu’il a déjà commencé à faire dans les entreprises publiques (RATP, Caisse des Dépôts…). Il faudra surveiller de près ce qu’il pourrait se passer à la BPCE ou à Air France. Quand il le veut, François Hollande sait faire du clientélisme.

Dernière grosse cartouche, un remaniement partiel pour faire entrer au gouvernement des écologistes et isoler Cécile Duflot, puis des frondeurs comme Hamon.

Bloqué sur le front de l’économie, il va laisser les indices lui apporter seuls une partie des dividendes dont il pourra revendiquer la paternité. Hollande s’engagera alors dans une action de politique pure. C’est-à-dire tout faire pour préserver le pouvoir qu’il lui reste.

Est-ce que l’opinion publique sera dupe ? Nulle ne le sait, cela dépendra beaucoup de l’opposition et l’opposition aujourd’hui est encore bien fragile et disparate.