François Hollande n’a rien obtenu en Allemagne, voilà pourquoi

François Hollande a encore passé une semaine épouvantable. La semaine dernière, entre une interview ratée à BFMTV, mardi et un week-end chez Angela Merkel qui ne comprend plus rien de ce qui se passe en France, l’actualité ne lui a apporté aucun motif de satisfaction. A tel point, que le monde des affaires n’attend plus rien de l’Elysée et se raccroche à Manuel Valls (à Matignon) et à Michel Sapin (à Bercy) pour trouver des solutions pragmatiques.

François Hollande a encore passé une semaine épouvantable. La semaine dernière, entre une interview ratée à BFMTV, mardi et un week-end chez Angela Merkel qui ne comprend plus rien de ce qui se passe en France, l’actualité ne lui a apporté aucun motif de satisfaction. A tel point, que le monde des affaires n’attend plus rien de l’Elysée et se raccroche à Manuel Valls (à Matignon) et à Michel Sapin (à Bercy) pour trouver des solutions pragmatiques.

La situation de François Hollande est épouvantable. La stratégie de communication qui consiste à reconquérir sa majorité n’a eu aucun écho. L’interview qu’’il a proposé à BFMTV lui a fait plus de mal que de bien. Il était pourtant demandeur. Cette émission a été suivie (2 millions de personnes environ), beaucoup commentée sur les chaînes d’info mais pratiquement pas reprise par les grandes chaînes et par la presse et complètement inaudible par l’opinion. Pas étonnant. Une fois de plus, il s’est trompé de cible. Il s’est essentiellement adressé à son électorat qui ne l’écoute plus, alors qu’il est président de tous les Français. François Hollande n’est plus le chef de la majorité. C’est donc l’ensemble des Français qu’il devrait essayer de convaincre. Peine perdue, 80% des Français sont mécontents.

La cérémonie du 8 mai a été désastreuse de ce point de vue. D’ordinaire, les chefs d’Etat mesurent leur popularité au nombre de curieux qui se massent sur les Champs Elysées. Cette année, il y avait beaucoup de CRS (normal), beaucoup de barrières de sécurité (habituel) sauf que toutes ces précautions n’ont servi à rien, il n’y avait pas un chat.

En fin de semaine, l’invitation d’Angela Merkel à venir goûter les charmes de la mer Baltique, avec dîner et balade en bateau, ne l’emballait guère. Son service de presse a donc fait dire que le président français avait beaucoup de sujets à aborder , l’Ukraine , Alstom, la BCE, les nominations à la commission… la Chancellerie a fait dire pour sa part, que cette invitation était personnelle et amicale, les sherpas n’étaient d’ailleurs pas présents, mais que le but était surtout d’améliorer la compréhension mutuelle , sous-entendu, l’Allemagne a vraiment besoin de comprendre comment fonctionne le président français, parce que ça commence à être inquiétant.

La presse allemande vendredi ne parlait pratiquement pas de cette visite mais a consacré des pages à la situation économique française catastrophique. La presse financière demandait à Angela Merkel de tout faire pour ouvrir les yeux des Français. Sur le fond, les dossiers listés par l’Elysée sont évidemment importants mais en réalité, il n y a guère de marge de manœuvre. Sur chacun d’eux les jeux sont faits.

Par conséquent, François Hollande qui espère l’appui et le soutien de l’Allemagne, se trompe grandement. Il n’a apporté aucune proposition.
La position allemande est claire, il faut que la France fasse le ménage chez elle, dans ses comptes et ses structures avant de revendiquer des avancées européennes. Les promesses ne suffisent pas. Pour les Allemands, le plan de restructuration budgétaire français n’est pas suffisant. Angela Merkel l’a dit et répété. Surtout que pour l’instant, personne n’a l’assurance que le plan sera exécuté.

Pour les chefs d’entreprise français et allemands, encore faudrait-il délivrer des résultats. Le monde patronal attend désormais beaucoup plus de Manuel Valls à Matignon et de Michel Sapin à Bercy pour avoir une petite chance de voir quelques solutions pragmatiques émergées. Le Premier ministre a convaincu les patrons que son objectif était d’obtenir des résultats en termes d’activité et d’emploi. Il a donc une obligation de résultats… Alors que le président de la République, a donné le sentiment lui, d’avoir des obligations de moyens. Les moyens étant forcément de gauche. Or ce n’est plus le sujet. Le sujet est de sortir de ce piège où on est enfermé, depuis deux ans, sans aucune visibilité.

La conclusion est que sur tous les dossiers que François Hollande a emportés en Allemagne et qu’il considère comme sensible, la position française est peu crédible.
Sur l’Ukraine, les Etats-Unis reprochent à la France ses ambiguïtés liées à l’intérêt commercial. (Le coup de frégates françaises vendues aux Russes était un coup bas, mais plutôt que d’assumer l’activité commerciale, le gouvernement s’est excusé en expliquant que cette affaire avait été initiée par le gouvernement précèdent, ce que Gérard Longuet a assumé clairement).
Au-delà, faut dire que le monde des affaires français comprend mal l’attitude très anti-Poutine de Paris dans le sillage de l’Amérique. Les Etats Unis n’ont aucun intérêt à ménager la Russie de Vladimir Poutine. Pour les Européens, la situation est beaucoup plus compliquée à gérer. D’abord parce que les populations en Ukraine sont très russophones. En Russie, nous avons comme les industriels allemands, des intérêts économiques majeurs (le gaz, l’automobile, la banque). L’Allemagne plaide donc pour une position commune mais prudente. Jacques Attali qui serait, semble-t-il, encore écouté par François Hollande lui a fait dire en fin de semaine que d’écarter Poutine du jeu international n’était pas forcément judicieux. L’idée de l’exclure du G8, n’est pas forcément très habile. Contre l’avis des Etats-Unis, la France va se rattraper et l’inviter aux cérémonies commémoratives du débarquement.

En tout état de cause, les chefs d’état et de gouvernement, le mieux placé pour négocier avec Poutine c’est Angela Merkel qui est d’une très grande prudence, depuis le début des événements en Ukraine.

Sur Alstom, le dossier est de plus en plus confus et la position française accroît encore la confusion. Le ministre de l’Economie et le président français ont recommencé à demander qu’on étudie une solution franco-allemande alors que Siemens n’a toujours pas déposé son dossier de candidature et que l’entreprise allemande ne le déposera sans doute pas. Le PDG de Siemens est venu à l’Elysée vendredi matin dire à Emmanuel Macron le conseiller économique du président que la présidence de Siemens et les syndicats étaient opposés à cette opération.
Angela Merkel sait tout cela. Elle ne prendra pas de position publique sur cette question qui est du ressort de la gouvernance d’entreprise. Dans ces conditions, on ne voit pas ce que François Hollande peut attendre de la chancelière. On ne voit pas, ce que le ministre français de l’Economie a pu obtenir de son homologue allemand hier après-midi à Berlin.

La Banque centrale européenne , la politique monétaire et le niveau de l’Euro , sont des sujets de débats permanents pour la classe politique française qui considère que la BCE ne soutient pas l activité, que la politique monétaire pourrait être plus généreuse à l’image de ce qui se passe aux USA, et que le niveau de l’euro est trop fort. Pour beaucoup de Français, ce débat serait un sujet de discorde avec l’Allemagne qui prône un respect des traités et de l’indépendance de la banque centrale européenne. Le problème, c’est que ce débat n’existe qu’en France. François Hollande n’obtiendra donc aucun assouplissement parce que pour la chancelière, le problème européen n’est pas monétaire. Le problème est dans l’acceptation de chacun des disciplines budgétaires. Le débat monétaire n’agite que les Français qui, comme par hasard refusent de se plier aux réformes structurelles et continuent d’emprunter massivement pour financer leur train de vie.

Comparer le fonctionnement de la BCE et celui de la réserve fédérale américaine en regrettant le dynamisme monétaire américain traduit une méconnaissance totale du système américain. La réserve fédérale opère sur un état fédéral, uni par une constitution américaine qui gère les rapports entre les Etats et la fédération. Ces rapports sont régis par un certain nombre de contraintes que chacun doit respecter. En gros, la FED, la banque centrale américaine qui crée de la monnaie en rachetant de la dette publique, n’a pas à choisir entre la dette californienne et celle du Wyoming ou de la Floride. Chaque Etat doit se débrouiller pour financer ses dettes dans le cadre des accords passés avec le gouvernement. Le gouverneur de chaque état est d’ailleurs responsable des finances de son Etat. Lorsqu’il y a quelques années, la Californie est tombée en faillite, elle n’a pas obtenu d’aide des autres Etats. Elle a restructuré sa dette, diminué ses dépenses de fonctionnement et augmenter ses impôts. La ville et l’Etat de New-York ont été redressés par Bloomberg en toute indépendance. Les travaux d’équilibre ont été douloureux mais les chantiers ont été ouverts. Demander à la BCE d’intervenir sur la dette publique reviendrait à lui demander de choisir entre la dette grecque et la dette italienne ou Française. Ce choix ne peut pas se faire, sans un système fédéral de gouvernance qui fixerait les contraintes de gestion à chacun.

Le nouveau traité de l’euro, qui commande une harmonisation budgétaire, puis l’application de la règle d’or, l’examen préalable par la commission de la loi de finances va dans le sens d’un plus grand fédéralisme. On aurait pu attendre de François Hollande, disciple de Jacques Delors, qu’il préconise une évolution de l’Europe, vers plus de fédéralisme et plus de gouvernance politique, moyennant quoi, la BCE aurait pu se rapprocher de la FED. François Hollande n’a rien proposé.

Faute d’initiatives politiques, l’Allemagne demande l’application du traité monétaire. Ce qui la protège de toute dérive financière qui pourrait lui coûter de l’argent. D’autant que la situation ne gêne pas l’économie allemande. Alors que l’économie allemande (très exportatrice) pourrait bénéficier le plus d’une baisse de l’euro, les entreprises ne le réclament pas parce qu’elles ont trouvé leur compétitivité ailleurs que dans la manipulation de la monnaie.

Pendant ce temps-là, les responsables politiques français en viennent encore à réclamer ce type d’expédients, alors que les entreprises elles, réclament des reformes structurelles de l’Etat.

Henri De Castries, le président d’Axa a l’habitude de dire que « la France est comme ces alcooliques qui promettent en permanence à leur famille qu’ils vont s’arrêter de boire mais qui demandent à chaque fois un dernier verre pour tenir debout. » D’une certaine façon, le président français est allé voir Angela Merkel, il lui a promis que le plan de compétitivité serait appliqué mais qu’avant, il avait besoin d’un dernier petit coup à boire pour tenir le choc.