François Hollande, pathétique, s’effondre ; Manuel Valls se retrouve avec le bilan sur les bras, chargé de la liquidation et Macron trace sa route

François Hollande qui annonce son renoncement de façon solennelle comme si c’était la guerre, en dressant un bilan qu’il présente comme positif alors qu’il a été calamiteux, avec une voix blanche. Du coup, la classe politique s’emballe dès le lendemain pour considérer que pour une fois, il a été vrai et émouvant. Sans doute et tout le monde, désormais, va lui trouver des excuses. Encore un effort et on va voir son taux de popularité remonter. On prend le pari ? Normal, il n’a plus aucun pouvoir.

François Hollande s’étant sorti du jeu. Il ne peut plus gêner personne. Donc « ses amis » vont recommencer à l’aimer. Quel métier, quelle violence, quel pays.

François Hollande n’avait pas d’autres issues. Il n’a pas de bilan. Il avait une vague intuition de ce qu’il aurait fallu faire, mais il n’avait aucun moyen de le formaliser et de le mettre œuvre. Donc il n’a pas de programme et tous ceux qui pouvaient porter son entreprise ont disparu parce qu’ils veulent autre chose (sans être capable de définir une politique alternative). En dehors d’une petite minorité de très proches, ils le détestent tous. Il se retrouve archi seul dans une situation profondément dégradée. Dernier coup de patte, il passe à Manuel Valls la charge de son bilan et surtout l’obligation de procéder à la liquidation. Sans le dire, il dégage la route à Macron, exonéré de toute responsabilité et qui pourrait avoir un boulevard. Explications.

Pour reprendre une expression de Valery Giscard d’Estaing, « les Français sont pessimistes et découragés », mais parce que le président Hollande est très décourageant.

L’échec du quinquennat est un cas d’école historique. Jamais dans la Vème République, une gouvernance n’aura cumulé autant d’erreurs d’analyses, et d’incompétences managériales. La France est en quasi faillite. On aurait fait dans une grande entreprise le quart de ce qu’on a fait à la tête de l’État, celle-ci serait tombée en banqueroute totale très vite. Heureusement que ce pays est riche et que les Français acceptent encore de payer des impôts.

L’échec de François Hollande est d’abord le résultat de la démagogie de départ. Tout le monde sait que François Hollande est arrivé au pouvoir avec des promesses irréalisables.

En fait, il n’avait pas de stratégie capable d’embrasser les problèmes auxquels était confronté le pays.

François Hollande n’a pas été élu grâce à des solutions qui pouvaient nous permettre d’assumer la mondialisation, la révolution technologique ou la concurrence internationale, mais il a été élu en faisant des promesses multiples pour répondre à l’anxiété générale et pour répondre à la demande de sécurité. Et aussi pour évincer Nicolas Sarkozy.

Parallèlement il a passé des accords politiques avec les représentants de tous les courants politiques qu’il voulait fidéliser : les écologistes, l’extrême gauche, les frondeurs, etc. En bref il a acheté son élection, mais il l’a achetée avec de la fausse monnaie.

En arrivant, il s’est donc retrouvé ficelé par ses engagements de campagne et coincé par une situation économique désastreuse.

Alors plutôt que d’annoncer clairement qu’il ne pouvait pas respecter toutes ses promesses, qu’il lui fallait reporter à plus tard certaines réalisations, il s’est enfoncé dans un tissu de contradictions qui l’ont conduit à l’immobilisme.

  • Par culture, par formation (HEC, ENA), François Hollande savait que le problème majeur de la France était son risque de déclin, il savait que le pays avait l’obligation d’affronter la mondialisation, mais il n’a pas osé ou pas pu mobiliser les moyens politiques et financiers pour cela.
  • Un enchainement de mesures contradictoires et incohérentes avec pour couronner le tout un management des équipes déplorables.

Les exemples sont innombrables : la première partie du quinquennat est dirigée par Jean Marc Ayrault qui va passer son temps à détricoter ce qu’avait fait Nicolas Sarkozy. La deuxième partie du quinquennat est dirigée par Manuel Valls qui va défaire ce qu’a fait Jean Marc Ayrault.

Sur le terrain budgétaire et fiscal, c’est surréaliste. La gauche arrive au pouvoir avec l’idée qu’il faut injecter du pouvoir d’achat, et faire de la demande. Très bien, mais plutôt que de négocier avec Bruxelles des facilités de paiement, on essaie de maitriser les dérives budgétaires, donc on augmente les impôts et du coup on étouffe ce qui reste d’activité.

Sur le logement, on annonce une politique de relance, ce qui aurait été intelligent. Mais on laisse faire Cécile Duflot qui va tout casser avec une loi stupide qui bloque tout. Pourquoi, parce que le président a été pris en otage par les écologistes.

Quand Manuel Valls arrive, on repart sur une analyse plus proche de la réalité, à savoir que la France manque de compétitivité d’où le CICE. Bonne idée, mais pour échapper à la critique des frondeurs du PS, on exige des chefs d’entreprise des engagements d’emplois. Le patronat accepte. Grossière erreur, le but n’était pas de créer des emplois mais de soutenir les marges et l’investissement.

Quand le gouvernement se lance dans une politique pro-business, ce qui correspond à un besoin évident, il perd Arnaud Montebourg, qui tombe dans la démagogie de gauche. Ensuite, il essuie la colère des frondeurs. Du coup, il essaie de caresser sa majorité mais personne n’est content et surtout il n’a pas de résultats.

Quand François Hollande donne son accord pour la loi travail, il met en place les conditions pour plus de flexibilité… mais pour calmer les frondeurs, il dégaine le compte de pénibilité qui piège la gestion interne des entreprises et qui décourage les patrons d’embaucher. Autre exemple, très récent. La mise en œuvre du suramortissement dans les entreprises qui devait booster les investissements, annoncée et voulue par François Hollande avec la plus grande détermination, vient d’être supprimée en catimini par un amendement de dernière minute dans la loi de finances.

Le quinquennat aura été un festival de contradictions et d’incohérences jusqu’au dernier jour. Parce que si François Hollande jette l’éponge et abandonne la partie, c’est bien parce qu’il n’a plus personne pour le soutenir et l’accompagner.

Il connaît les besoins de compétitivité, mais il ne trouvera pas de majorité pour défendre. Le problème c’est quand la gauche d’origine attaque et critique ce qui a été fait ou ce qui n’a pas été fait et provoque le départ de François Hollande. Cette gauche réclame une politique alternative, mais elle n’a pas de projet ou de programme capable d’offrir une perspective dans le contexte actuel.

Plus grave encore, la gauche n’a pas accouché d’une réflexion idéologique sur ce qu’elle pouvait offrir dans la situation du pays. Si elle prétend aux responsabilités gouvernementales, elle ne peut pas comme Jean-Luc Mélenchon, se contenter d’un discours critique certes mobilisateur, mais difficilement opérationnel. Il lui faut développer une alternative.

C’est bien ce qu’a compris Macron très vite. Il propose une offre alternative à la politique conduite par François Hollande et Manuel Valls.

Le succès d’Emmanuel Macron s’explique par une cohérence entre le discours critique, le diagnostic de la situation et le projet alternatif. Son problème c’est que sur le diagnostic et sur la politique, il est très proche de François Fillon.

Mais ce sera d’ailleurs aussi le problème de Manuel Valls. Trouver un espace entre Fillon et Macron. Avec pour Valls, un handicap difficile à surmonter : il sera toujours comptable du bilan. Les débats à la primaire de gauche vont être exténuants pour lui.

Comment présenter une offre politique pro-business qui serait soutenue par une gauche alors que cette gauche refuse d’assumer les contraintes, refuse la mondialisation (forcément sauvage), la révolution digitale (forcément inégalitaire), le profit, l’entreprise, les banques et par-dessus tout l’économie de marché.

Manuel Valls va s’autodétruire à essayer de résoudre cette équation pendant la primaire.

Emmanuel Macron aura échappé à cette galère, d’avoir à s’excuser d’un bilan inexcusable.

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