François Hollande veut faire croire aux (investisseurs) américains que tout va bien

« Tout va bien, oui. Enfin, presque… » Le président français est parti aux États-Unis avec un seul objectif : convaincre les milieux  d’affaires américains qu’ ils peuvent faire confiance à la France et y investir. L’ambition est démesurée. Quand Barack Obama a lancé ce projet d’organiser une visite d’État du président français, il ne pensait pas que la conjoncture serait aussi mauvaise pour François Hollande.


Sur le plan privé d’abord, les américains considèrent que ce qui est arrivé dans le couple Hollande aurait été impossible aux États-Unis. Les présidents  américains, de John F. Kennedy à Bill Clinton, n’ont pas eu de comportements irréprochables au niveau de leur couple et au  regard de la morale traditionnelle, mais ils ont réussi à  gérer leurs mésaventures  et à protéger la fonction présidentielle. Ce qui n’est pas le cas en France.

Sur le plan économique ensuite, la Maison Blanche pensait que la France aurait réussi à se mettre en condition pour profiter de la reprise mondiale, or c’est tout le contraire qui s’est passé. Plutôt que d’améliorer la situation économique , le gouvernement français a pris des mesures fiscales et sociales qui ont aggravé les déséquilibres macroéconomiques.

Sur le plan politique enfin, les Américains, comme le reste du monde, sont bien obligés  de constater que François Hollande a gaspillé tout son crédit et qu’il n’a plus de majorité.

Alors qu’il sera dans l’avion pour rallier les États-Unis, la majorité socialiste sera en train de se déchirer à  propos du pacte de responsabilité et de son financement impossible.

Et c’est dans ces conditions que François Hollande veut convaincre les patrons américains de venir investir en France. Il va sans doute leur faire un grand numéro pour leur dire que les opportunités sont magnifiques.

Pendant ce temps-là les investisseurs américains, qui visent l’Europe, se préparent à aller en Espagne ou en Allemagne, pays plus stables et plus profitables. Ils réclament ce que François Hollande ne peut absolument pas leur garantir.  De la visibilité, de la stabilité dans les procédures, de la souplesse, de la fluidité.

Les chefs d’entreprise US ont en mémoire la façon dont certains d’entre eux ont été reçus par les syndicats. Ou même par certains ministres, reçus également par Bercy, surveillés  et suspectés par les  contrôles fiscaux.

La rencontre mercredi dans la Silicon Valley avec les patrons de Google, de Facebook, et de Twitter, ne va pas servir à grand-chose. Ou bien on assistera à un festival d’hypocrisie, mais les Américains n’ont pas de temps à perdre, ou bien on constatera qu’on ne peut pas être d’accord et ce sera la guerre.

Les Américains de San Francisco peuvent être encore plus pervers. Ils peuvent faire le compte des ingénieurs super-brillants formés à la française et qui ont choisi de venir participer à la prospérité des multinationales  de la technologie. Personne ne les a obligés à quitter la France. Bien peu reviendront au pays.

Ce voyage provoque un choc de culture assez incroyable.

François Hollande arrive dans un pays qui a réussi à sortir de la crise en innovant, en inventant, en prenant des risques, et en autorisant ceux qui prennent les risques à profiter de ce qu’ils gagnent.

Il vient d’un pays européen où le chômage dépasse les 11% de la population active, ou le principe de précaution est constitutionnellement érigé en mode de vie, où nos ancêtres nous ont appris  que de travailler dur n’a jamais tué personne, mais comme on ne sait jamais, on évite désormais ce genre de risque grâce aux 35 heures.

Bref, on va assister à la confrontation de deux mondes tellement différents que les échanges peuvent se solder par un dialogue de sourds.

Comme pour le voyage officiel en Chine, ce voyage aux USA va une fois de plus nous montrer qu’un homme, brillamment formé à HEC puis à l’ENA, aura été obligé de devenir président de la République pour mettre les pieds dans un autre monde que le sien.