François, la croissance tombe du ciel ? Non mais allô quoi !

Par Jean-Marc Sylvestre. Pourquoi la France ne redémarre pas ? C’est la question que posent tous les visiteurs étrangers qui ne comprennent pas la déprime française. C’est la question que ne pose même plus la moitié des étudiants qui partent travailler à Londres ou à New-York parce qu’ils ne trouvent ni boulots, ni perspectives dans l’hexagone. C’est la question qui hante les chefs d’entreprise en regardant le niveau de leur trésorerie. Pourquoi l’économie française ne redémarre pas alors que nous avons sans doute de meilleures potentialités que tous nos voisins européens ? La réponse est à la fois très simple et très compliquée. On ne redémarre pas parce que l’on ne veut pas voir la réalité. Si on se ment avec autant d’énergie, c’est que beaucoup ont intérêt à se mentir.

Le premier des mensonges date de la campagne présidentielle.

Cette campagne présidentielle s’est faite sur l’idée que la crise n’existait pas et que si la France était en difficulté c’était à cause des frasques de Nicolas Sarkozy. Il suffisait  donc de battre Nicolas Sarkozy  et de faire payer ceux dont on disait qu’il avait servi les intérêts pour s’en sortir. François Hollande a donc promis l’embauche de fonctionnaires supplémentaires et d’accroître la fiscalité des hauts revenus. Cette médecine-là n’a rien arrangé. La crise n’a pas disparu. Elle s’est aggravée. La gouvernance française n’a plus la possibilité de justifier son échec sauf à reconnaître que la crise existe et que par conséquent elle s‘est trompée de tactique. Dur, dur.

Le deuxième mensonge porte sur la politique économique. La gauche socialiste est arrivée au pouvoir avec l’idée qu’il suffisait de relancer la machine économique pour qu’elle reparte. L’opinion publique, dans sa majorité, est convaincue que ce type de ressort peut encore fonctionner. Or, c’est faux. La logique keynésienne ne peut pas fonctionner parce que nous sommes en économie mondialisée, très concurrentielle. On ne peut plus, à coup de déficit ou de dépenses publiques, allumer la croissance. C’est impossible et même dangereux. L’extrême gauche, la gauche socialiste et une grande partie de la droite, dont l’extrême, défendent cette équation complètement folle. Et quand la question se pose de savoir qui peut aujourd’hui payer une politique de relance, les réponses les plus absurdes se superposent.

La gauche de Jean-Luc Mélenchon raconte qu’il faut faire payer les riches. Oui biensûr, et pourquoi pas les enfermer aussi !

La gauche socialiste vient de lancer l’idée d’un grand emprunt populaire, ce qui serait complètement absurde. L’argent coûte moins de 2% sur le marché international et faudrait payer l’épargne interne 4%. A quoi bon ? Et qui paierait la différence ? Le problème de l’État français n’est pas d’accroître son endettement mais de le diminuer, sauf si on a, en arrière-pensée, de ne jamais rembourser. C’est une idée qui fait son chemin. Quant à l’extrême droite, elle rêve d’une sortie de l’euro sans savoir si c’est possible et sans oser en imaginer les effets qui seraient catastrophiques.

Quand on a épuisé tous les arguments, chacun pense que l’idéal serait de faire payer l’Allemagne. «Évidemment, tout ce qui nous arrive c’est de la faute des Allemands » ! Et dire qu’il y une bonne moitié de la classe politique française, enfants et petits enfants de résistants ou de juifs exterminés dans les camps nazis, qui aujourd’hui prétendent que les difficultés européennes sont liées à la rigueur allemande. Mais de qui se moque-t-on ? Nous sommes dans une copropriété et nous refusons de payer la quote-part de nos charges. Plus grave, on en arrive à demander à celui qui en a encore les moyens de payer à notre place et on voudrait qu’en plus, il nous embrasse sur la bouche. « Non mais allô quoi !»

Bien sur que l’Allemagne paiera parce qu’elle a besoin du marché européen comme le copropriétaire a besoin d’avoir un ascenseur qui fonctionne.

Mais l’Allemagne a aussi besoin que la solidarité soit équitable. Il ne faut jamais avoir été en Allemagne pour ignorer la grogne des contribuables allemands. Il ne faut jamais avoir été à Berlin au milieu des start-up qui poussent comme des champignons pour ne pas savoir que la France est moquée par des jeunes qui tentent l’aventure technologique dont beaucoup sont Français. Les Français ont peur de la mondialisation, de la concurrence, du progrès technologique, des Européens mais les responsables politiques sont coupables d’avoir entretenu un tel climat de frilosité.

Il n’y a malheureusement pas plusieurs politiques possibles pour sortir de la crise. La seule est de respecter les faits et la réalité.

Retrouver de la croissance en permettant à ceux dont le métier est de créer de la richesse de travailler, d’innover, d’inventer. On ne peut pas se plaindre du chômage si on fait tout pour décourager les seuls qui pourraient créer des emplois. Retrouver des marges budgétaires, non pas en aggravant la pression fiscale puisqu’on sait maintenant que plus on augmente les taux d’impositions plus on assèche l’assiette fiscale, mais en diminuant les dépenses publiques de fonctionnement.

L’austérité sur les dépenses de l’administration fabriquerait de la croissance. Un euro de moins dépensé par l’État ou les collectivités, c’est un euro de plus pour le système de production. Mais cette austérité-là on en parle mais on ne la met pas en œuvre.

Le troisième mensonge est d’ordre politique. Il consiste à penser que l’on pourra toujours régler les problèmes à coups d’anesthésiants. Quand on  raconte qu’une loi instituant la transparence des patrimoines politique empêchera à l’avenir d’ouvrir des comptes à Singapour, on raconte des histoires. On gagne du temps en masquant les vrais problèmes et on se ment.

Quand Ségolène Royale, vice-présidente de la BPI, s’en prend au directeur général pour lui rappeler que la banque publique doit aussi soutenir des entreprises en difficultés (Pétroplus et Florange), elle raconte des histoires aux personnels en leur faisant croire que le salut viendra d’une aide publique. Elle, comme le ministre du Redressement Productif, se feront applaudir dans les congrès socialistes, ils font de la politique à leur seul profit personnel. Ils n’apportent aucune solution durable, plus grave, ils rendent difficile l’adoption de mesures plus courageuses et sans doute plus efficaces. Mais demain est un autre jour…

François Hollande a trop de métier et d’expérience pour ne pas savoir que la politique est un marché de dupes. Il sait bien que les qualités et les discours qu’il faut délivrer pour accéder au pouvoir ne sont pas ceux qu’il faut pour exercer le pouvoir.

Les faits sont têtus et la réalité finit toujours par se venger. La gouvernance française n’a jamais été aussi prête de cette réalité. François Hollande n’a pas d’autre choix que de trahir ses électeurs auxquels il a raconté tout le contraire pendant la campagne.  Son projet est bien évidemment de choisir le moment où il assumera le retournement. Mais plus il attendra, plus ça coûtera cher.