François Michelin, une passion pour la vie

L’ancien patron des pneus Michelin est décédé mercredi à l’âge de 88 ans. Il aura consacré sa vie au développement de son entreprise.

Décédé à l’âge de 88 ans, François Michelin aura côtoyé la mort toute sa vie. Il perd sa mère à l’âge de 10 ans, puis son père, mais règne sur l’entreprise familiale pendant 43 ans avant de la léguer à son fils Edouard en 2002, lui-même décédé quatre ans plus tard.

François Michelin débute en tant qu’ouvrier et fut même obligé de travailler sous un faux nom au sein de la manufacture de pneumatique de son grand-père pendant quatre ans. Ce dernier lui lègue sur son lit de mort, en 1959, le dixième producteur mondial de pneumatiques. François Michelin parvient à la hisser au rang de numéro un dans le monde avant de quitter le groupe en 2002.

Le clermontois qui se voulait le «seul patron après Dieu» fut un industriel plutôt atypique. Et les rapides succès qu’il a su faire connaître à l’entreprise en sont éloquents à cet égard.

François Michelin est d’abord un visionnaire. En véritable précurseur sur son temps, il est le premier à voir l’intérêt stratégique des nouveaux pneus à carcasse radiale. Il développera cette technologie et étendra le groupe au delà des frontières nationales, jusqu’à faire du fleuron de l’industrie française l’équipementier pneumatique de la navette spatiale américaine.

Il était aussi un manager aux méthodes très particulières. Fustigeant l’interventionnisme de l’Etat, les syndicats et même le Conseil national du patronat français – qu’il a quitté en 1968 -, François Michelin était un dirigeant emprunt de paternalisme et d’un taylorisme nostalgique dans la gestion de son entreprise.

Enfin, la simplicité du personnage est certainement l’héritage le plus grand qu’il aura laissé. Profondément croyant, François Michelin a passé ses dernières années retiré du monde, dans une petite maison de retraite tenue par des religieuses. Aussi ne déclarait-il pas encore récemment à Paris-Match : «Ce qui reste d’une vie (…) c’est ce qu’on a appris auprès des hommes. Les hommes, c’est ça le plus important».

Mais ce parcours n’a pas été sans échecs. Et celui qui méprisait les patrons actuels en les assimilant à de simples traders a affronté la mondialisation et ses conséquences non sans difficulté.

N’ayant pas su anticiper le choc pétrolier de 1973 après avoir surinvesti en France, le PDG de Michelin a du faire face à de lourds revers. Contraint de se séparer de Citroën pour se recentrer sur son activité première, il voit les effectifs du groupe fondre brutalement, passant de 30.000 employés à 15.000 en 1980. Et l’intervention inévitable de l’Etat pour sauver l’entreprise est alors perçue comme la plus sévère des humiliations.

Cependant, François Michelin a su redresser la barre, et après avoir constaté les bénéfices de son ouverture vers l’international, il décide de tout miser sur son poulain brésilien Carlos Ghosn. C’est en effet sous les couleurs de Michelin que le futur dirigeant de Renault-Nissan a fait ses classes. Restructurant le groupe, il lui permet d’accéder à la première place des constructeurs manufacturiers du monde. Il quitte néanmoins l’entreprise, laissant la place au fils de François Michelin, Edouard.

C’est donc bien la passion qui a guidé pendant 88 ans l’œuvre de l’orphelin clermontois. La passion de l’industrie et de la France, pays qu’il a toujours voulu comparer à son voisin allemand. Mais aussi la passion pour la vie, pour laquelle il s’est toujours battu.