Généraliser le bonus-malus pour économiser l’énergie, c’est TotalEnergies qui tire le premier mais les autres vont suivre.

 

TotalEnergies va donc récompenser ceux qui auront réduit leur consommation d’énergie. TotalEnergies réinvente le bonus-malus. C’est intelligent et ça va se généraliser. Les autres fournisseurs vont suivre mais pas qu’eux…

Il est évident que le moyen le plus efficace de passer l’hiver sans grelotter de froid sera d’économiser l’énergie. Avec les stocks de gaz constitués et la sobriété des consommateurs, ça devrait passer sans trop de difficulté. Toute la question est de savoir comment on réussira à pratiquer cette sobriété.

Si on attend que la majorité d’entre nous se mettent au col roulé ou décident de baisser le chauffage ou la lumière, ça va être compliqué.

Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, peut toujours donner l’exemple mais il ne peut pas trop s’illusionner sur le civisme des Français pour faire ce type d’effort. On peut essayer certes mais le résultat sera forcément limité. La lucidité nous oblige à penser qu’il ne faudra pas attendre de miracle des comportements responsables.

Alors, il n’y a que deux solutions.

Ou bien, on laisse le prix de l’énergie jouer son rôle d’arbitre et du coup, plus c’est cher, moins on consomme. Et on créé des inégalités qui vont devenir rapidement insupportables et génératrices de désordres sociaux et politiques.

Ou bien on institue un système d’intéressement ou d’incitation en récompensant ceux qui réduisent leur consommation et ceux qui gaspillent seront pénalisés de facto.

C’est exactement le système de l’assurance automobile obligatoire. Le montant de la prime d’assurance est calculé en fonction du comportement de l’automobiliste. S’il conduit correctement, sans accident, il a un bonus. S’il fait des erreurs et multiplie les accidents, il enregistre un malus sur sa prime.

TotalÉnergies, premier fournisseur d’énergie, a donc décidé d’innover en s’inspirant du système assuranciel. Patrick Pouyanné, le PDG, ne manque ni d’audace, ni d’imagination. Il va distribuer des primes à ceux de ses clients qui vont réduire leur consommation par rapport à l’hiver dernier. Alors certains diront que TotalEnergies a aussi gagné beaucoup d’argent, mais la formule imaginée est intéressante.

Engie prépare une incitation du même type qu’il a déjà expérimenté en Australie.

Tous les fournisseurs d’énergie sont capables, avec le digital, d’être en rapport direct avec les consommateurs. Ils peuvent, via les compteurs, alerter leurs clients pour leur dire qu’il y a des pics de consommation, qu’ils peuvent moduler leur consommation et bénéficier ainsi d’une prime.

Il ne s’agit pas de pénaliser ceux qui consomment beaucoup ou trop, il s’agit de récompenser ceux qui se conduisent sobrement.

Cette phréatique du bonus-malus est évidemment généralisable à tous les types de consommation sur les produits en tension. Le digital et la gestion des données personnelles permettent d’individualiser les consommations, de calculer instantanément des quantités et de modifier les prix facturés.

Sur les dépenses de carburant par exemple, au lieu d’imaginer de nouvelles limitations de vitesse, on pourrait très bien caler le prix de l’essence, ou mieux les péages d’autoroute sur la vitesse de l’automobile. Les systèmes de contrôles sur la route ou sur les autoroutes sont parfaitement capables techniquement de mesurer la vitesse et de caler le prix du passage en fonction du véhicule et surtout de sa vitesse. La combinaison entre la vitesse du véhicule et sa cylindrée nous donne la consommation d’énergie. Rien n'empêche le gérant de l’autoroute de moduler le péage et d’attribuer un bonus à la sobriété sur la route.

Ce levier d’incitation est beaucoup utilisé dans le secteur de l’assurance. Dans l’assurance automobile, le bonus-malus est devenu incontournable.

Mais dans la plupart des assurances privées, des systèmes équivalents existent. L’assuré, personne physique ou entreprise, qui se comporte bien, qui gère et qui contrôle ses risques, bénéficie de tarifs plus avantageux. Le banquier qui finance des crédits immobiliers va exiger une assurance de son emprunteur et le montant de la prime sera calculé en fonction de l’âge mais aussi de ses antécédents médicaux. Il y a donc une pénalisation pour les uns, mais une incitation à mieux gérer ses risques pour les autres.

On pourrait également imaginer appliquer la formule aux assurances sociales et notamment à l’assurance santé. On connait les maladies les plus couteuses (les cancers, maladies cardio-vasculaires, accidents). Ces maladies dépendent beaucoup du style de vie, de l’alimentation… des facteurs qui sont liés à une responsabilité collective mais qui sont aussi imputables à un comportement personnel. Beaucoup d’assureurs (notamment complémentaires) réfléchissent à instituer des bonus à ceux de leurs assurés qui accepteraient de respecter des programmes de prévention.