Geoffroy Roux de Bézieux pour réinventer le Medef : et si le nouvel élu était « le Macron » des patrons 

Le nouveau président du Medef, officiellement désigné aujourd’hui, va avoir pour mission de réinventer le Medef. Parce que l’organisation patronale est laminée dans son pouvoir et son influence. 

 

C’est donc Geoffroy Roux de Bézieux, qui a été élu assez confortablement à la présidence du Medef puisqu’il a obtenu presque 56 % des voix.  Entre Geoffroy Roux de Bézieux et Alexandre Saubot, il n’y avait pas trop de différences idéologiques. Quant à leurs programmes, ils avaient du mal à se distinguer l’un de l’autre. Il faut dire que l’institution et son fonctionnement n’incitent guère à cultiver les différences. 

Dans la forme, on ne s’est certes pas fait de cadeaux, mais sur le fond chacun est resté très prudent, très consensuel. A tel point que les clivages habituels fondés sur le métier ou la géographie ont explosé en vol. 

Geoffroy Roux de Bézieux, issu de l’entreprenariat, de la distribution et du digital, s’est retrouvé poussé par une grande partie de l’industrie notamment agro-alimentaire et le BTP. 

Alors qu’Alexandre Saubot, représentant de la puissante UIMM, a été aidé par les professionnels du service, du conseil et même de la banque.

Sur le fond, cette finale a bien prouvé que le monde patronal était passablement bouleversé par la mutation digitale. Geoffroy Roux de Bézieux a sans doute su trouver la posture et  les mots les plus capables de séduire les grands électeurs. 

Sur le fond, le nouveau président va devoir se plonger très vite dans des dossiers d’actualité qui sont urgents à traiter : la loi Pacte de Bruno Le Maire, raison d’être de l’entreprise, la loi formation, le projet de budget avec une réforme possible des impôts de production. Mais au-delà, on attend évidemment le président du Medef sur l’Europe, sur les risques du protectionnisme. On l’attend sur la révolution digitale. Mais on attend le nouveau président sur la façon dont il va habiter le modèle social français et le sacro-saint paritarisme.

 

En clair, finis les discours de campagne, il faut maintenant réinventer tout le Medef. Son discours, son fonctionnement et son utilité. Pour une raison très simple, c’est que 

le Medef est encore une marque française très forte mais dont on ne sait plus précisément à quoi elle sert. Elle a été pendant des années incontournable. Le Medef était le pilier indispensable du fonctionnement de la sociale démocratie à la française construite sur le paritarisme pour la gestion du modèle social. 

Aujourd’hui, elle est mal aimée par la majorité des français et une grande partie des chefs d’entreprises. Selon un sondage Opinion Way, réalisé en avril, 66 % d’entre eux ont une mauvaise image du Medef. Et « 55 % des personnes interrogées pensent que le Medef, aujourd’hui ne représente pas correctement les entreprises françaises ». Des pans entiers de la nouvelle économie ne s’estiment pas représentés. « C’est particulièrement vrai pour les start-ups qui ne s’y reconnaissent pas » estiment les patrons du digital. 

Jean-Charles Simon, candidat de la première heure, a essayé de bousculer l’institution, mais il a vite abandonné ; considérant que s’il était écouté des chefs d’entreprises, il n’était guère entendu de ceux qui feront l’élection et désigneront le roi des patrons. « Pour les entreprises, c’est une séquence qui se traduit par un peu plus d’incompréhension et d’éloignement, avec une organisation qui ne leur parle pas, dans laquelle elles ne peuvent pas s’exprimer et encore moins se reconnaître ». La messe était dite. 

Maintenant, il faut sans doute changer le discours et la finalité de l’organisation. 

 

1° L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron a tout changé. Y compris la position du Medef qui n‘avait pas vu venir ce changement. Emmanuel Macron se positionne comme ouvertement favorable aux entreprises. D’où le diagnostic de la situation française qui souffre d’un déficit de compétitivité, d’où toutes les réformes pour améliorer la performance des entreprises : flexibilité du travail, assouplissement de la fiscalité sur les investissements. Celui que l’opposition éclatée a rapidement baptisé le président des riches est surtout le président pro-business. Pas pour plaire aux patrons, mais pour que ces patrons soient plus efficaces. Emmanuel Macron est convaincu que le mal français est lié au déficit de création de valeur d’activité et d’emploi. 

C’est un discours qui convient aux chefs d’entreprise. Sauf quand ce discours en vient à toucher quelques rentes de situation. A ce moment-là, le patronat redevient corporatiste et défend ses niches. Habituel, légitime, normal. Mais il faut dire que son action de lobbying qui représentait l’essentiel de son activité perd de son poids et de son importance dans le fonctionnement du dialogue social.

 

2e raison, le dialogue social et la fabrication du droit social se sont déplacés. Les réformes Macron ont eu pour effet d’organiser la décentralisation de la négociation sociale au niveau le plus près de l’entreprise. Ce qu’on a appelé l’inversion de la hiérarchie des normes a bouleversé le monde syndical, mais changé aussi les priorités du patronat. Dans ce contexte-là, il faut que le Medef redéfinisse son rôle et son pouvoir. Il va falloir que le Medef se rende désirable et définisse une offre nouvelle qui corresponde à la demande des chefs d’entreprise. D’autant plus urgent que le paritarisme social permettait aux syndicats d’avoir un rôle et des financements de fonctionnement. L’Unedic, les caisses d’assurances maladies, les mutuelles etc… 

L’offre de service du Medef peut aussi aller plus loin pour accompagner le chef d’entreprise et partager cette responsabilité avec les chambres de commerce qui ont elles aussi une responsabilité incontournable dans l’assistance aux entreprises. 

 

Le nouveau président ne pourra pas se contenter de petites innovations, il va falloir qu’il prépare une véritable révolution s’il veut que son mandat soit utile.