Gérard Longuet : « Les politiques n’ont pas à payer la défaillance du système Cahuzac ! »

François Hollande a dévoilé ce mercredi son plan pour moraliser la vie politique française, qui inclut la création d’un office central de lutte contre la fraude et d’un parquet financier dédié aux affaires de corruption et de grande fraude fiscale. Pour l’ancien ministre de la Défense et sénateur de la Meuse Gérard Longuet, ces mesures ne seront pas d’une grande utilité. 

François Hollande a annoncé ce midi la création d’une haute autorité qui contrôlera les déclarations de patrimoine et les conflits d’intérêts des hommes politiques. Qu’en pensez-vous ?
C’est inutile parce que l’administration fiscale, dont c’est le métier, contrôle les revenus et les déclarations de patrimoine de chaque Français et qu’à cet égard, les hommes politiques sont particulièrement examinés. S’il y a une défaillance dans le système Cahuzac, ce n’est pas aux hommes politique de le payer mais aux services fiscaux qui n’ont pas su déceler cela. Mais curieusement on ne se pose pas la question. Ensuite, il faudrait que le « conflit d’intérêt » bénéficie d’une définition législative. Si on s’en tient au dictionnaire, c’est « la raison pour laquelle quelqu’un utilise des moyens dont il dispose pour servir ses intérêts ».  A ce moment là, tous nos compatriotes peuvent tomber sous ce chef d’inculpation parce que chacun défend, en général avec conviction, ce qui est de son intérêt !

Le Président a également annoncé une interdiction du cumul de mandat de parlementaire avec certaines professions. Est-ce, selon vous, un bon moyen pour lutter contre ces conflits d’intérêts ?
Cela ne fera disparaitre en rien le risque de conflit d’intérêt. Un exemple : si un lobby considérable veut obtenir un résultat, il n’a absolument pas besoin de passer par un homme politique qui ne dispose que de sa voix. L’intérêt c’est de passer par les partis politiques. Et comme les élus seront de plus en plus dépendants de ces partis puisqu’ils n’auront plus le droit de travailler, ils seront totalement dans la main des partis. Et puis, le lobby n’existe pas sur le parlementaire pour la simple et bonne raison qu’individuellement, il ne prend pas de décision : il participe à une décision collective.

Votre camp est partagé sur la question de la déclaration de son patrimoine. D’un côté François Fillon s’est prêté à l’exercice, et de l’autre, Jean-François Copé s’y refuse. Quelle est votre position ?
J’y suis hostile car j’estime que ce n’est pas la bonne méthode. Cela accrédite l’idée d’une défaillance de la classe politique alors que s’il y a défaillance, c’est celle d’un homme et du système fiscale. Il y a toujours eu une défiance de chacun contre chacun et en particulier envers ceux qui exercent un pouvoir qu’il soit intellectuel, informatif, politique ou financier. On est en train de fausser le débat politique pour permettre aux délateurs de disposer d’un marché sans fin. Les services fiscaux sont payés pour contrôler les gens, les politiques non.