Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, ils sont tous devenus addicts au chocolat en arrivant à l’Elysée : curieux, non ? Ça s’explique !

Les Français ne sont pas de gros mangeurs de chocolat… mais les hommes politiques le deviennent dès qu’ils accèdent aux plus hautes responsabilités.

Le Salon du chocolat qui se tient tout le week-end à Paris va encore faire le plaisir des gourmands de chocolat. Les membres de cette secte (parce que les amateurs de chocolat forment une secte) se retrouvent donc à la Porte de Versailles, où ils pourront communier avec les 500 spécialistes du chocolat qui viennent des cinq continents.

La secte est mondialisée, parce que le chocolat est un produit mondial de l’ancienne époque, celle d’avant la révolution digitale. Il est produit dans l’hémisphère sud, il est travaillé, dégusté et mangé dans l’hémisphère nord.

Les Français ne sont pas parmi les plus gros mangeurs de chocolat. Nous en avalons 400 000 tonnes par an, principalement pendant les fêtes de fin d’année. La consommation varie peu, en moyenne 5 grammes par jour et par personne. Les enfants en mangent un peu plus. Normal !

Pourtant, nous sommes petits mangeurs. Le tiercé gagnant mondial classe l’Allemand en tête avec 11,5 kg, puis le Suisse (11kg), et l’Autrichien (8,5 kg). Les Anglais n’arrivent qu’en 5e position, et les Français en 8e position avec 6, 9 kg par an et par habitant soit les 400 000 tonnes que traitent les chocolatiers.

Faut dire que le chocolat est encore un produit de luxe, la consommation est fonction du pouvoir d’achat. Il est donc réservé aux pays occidentaux assez riches.

La matière première, le cacao, vient principalement de Côte d’Ivoire, mais les grands amateurs qui se retrouvent au salon ou dans les bars à chocolat savent déguster les chocolats du Pérou, du Nigeria, ou de la République Dominicaine qui sont en général les meilleurs crus.

Ce marché représente plus de 3 milliards d’euros en France, mais il faut savoir que le chocolat travaillé en France a très bonne réputation à l’étranger. On a peu de pétrole, mais le monde entier sait que nous avons de merveilleux artisans chocolatiers.

D’où un formidable dynamisme à l’exportation dont le modèle pourrait servir d’exemple à suivre dans l’ensemble de l’agro-alimentaire. Le monde agricole exporte des matières premières (du blé par exemple), dans des pays qui vont les transformer, leur donner de la valeur et nous les revendre sous forme de plats cuisinés, l‘industrie du chocolat emprunte le parcours inverse. Pour nous c’est plus créateur de richesse. Nous importons la matière première et nous exportons des produits à haute valeur ajoutée, en gros plus de 55% de la production de chocolat. Ce qui fait qu’au total, la balance commerciale est positive. La France gagne de l’argent avec son chocolat. Alors même que nous n’avons pas de plants de cacao en dehors des trois malheureux spécimens qui survivent péniblement dans les serres du jardin des plantes à Paris.

Si les Français dans leur ensemble n’abusent pas de chocolat, les hommes politiques et plus particulièrement quand ils accèdent au pouvoir, en deviennent addicts. Cela devient alors de vraies drogues.

C’est assez surprenant, mais l’Elysée a toujours fait de ses locataires successifs, des hommes devenus fous de chocolat, comme disait Salvador Dali qui était payé par la maison Lanvin pour le crier avec son accent catalan.

Valery Giscard d’Estaing était sans doute l’un des plus grands connaisseurs et amateurs de chocolat noir. Il a lancé la mode du chocolat noir qui avant lui était rarement préféré au chocolat au lait. VGE connaît et apprécie tous les grands crus mondiaux.

Aujourd’hui, le chocolat noir est un marqueur de statut social, un marqueur de distinction et de bon goût.

François Mitterrand aimait bien le chocolat noir aussi, mais il avait des faiblesses particulières pour les pralinés feuilletés du chocolatier Jean-Claude Briet. Grâce à François Mitterrand, Jean Claude Briet est devenu une star mondiale. C’est un maitre chocolatier qui s’était installé en 1979 à Prévenchères dans la Lozère, puis à Les Vans en 2006 (Cévennes Ardéchoise). François Mitterrand ne manquait jamais l’occasion de lui rendre visite, mais il en avait aussi fait un des fournisseurs officiels de l’Elysée.

Jacques Chirac n’aimait pas que la tête de veau du père Claude de l’avenue la Motte Piquet, il « s’empiffrait » aussi de chocolat entre les repas et particulièrement les fameuses pralines que Mitterrand avait laissées, et qu‘il a continué d’acheter en arrivant à l’Elysée.

Nicolas Sarkozy a sans doute été de tous les présidents récents celui qui mangeait le plus de chocolat. C’était une sorte d’obsession, de vice, à tel point qu’un jour, il s’est étonné en conférence de presse que le chocolat noir soit taxé d’une TVA à 5,5%, alors que le chocolat au lait était taxé à 19,6 %. Le chocolat noir était trop giscardien pour lui.

Le plus drôle dans cette affaire est qu’aujourd hui, la TVA sur le chocolat est d’une extrême complexité. Tous les chocolats qui sont teintés lors de leur fabrication, sont taxés à 20%. Donc tous les chocolats au lait paient le prix fort. Tout ce que la confiserie mélange au chocolat (praline, noisette, menthe) est aussi taxé a 20%.

En revanche, la matière première est taxée à 5, 5%. Ce qui fait que certains chocolatiers experts en optimisation fiscale ont réussi à expliquer aux administrations que le chocolat noir était très proche de la matière première d’où un taux minoré de TVA.

Mais au total ça n’est pas simple.

Nicolas Sarkozy s’était promis de simplifier tout cela. Il n’a pas réalisé sa promesse. Il s’est consolé en mangeant encore plus de chocolat. Tous les journalistes qui ont côtoyé Nicolas Sarkozy en campagne ou en voyage le décrivent comme un consommateur compulsif.

Il vit au milieu des boites de chocolats. A l’Elysée, il y en avait partout. Les grandes maisons de chocolat ont très vite vu le profit qu’elles pouvaient tirer de cette faiblesse.

La Maison du chocolat est devenue le fournisseur quasi officiel de l’Elysée, l’hôtel Bristol voisin de l’Elysée faisait en sorte que le président ne manque jamais de mi-cuits. Il n’y avait pas de risque. Nicolas Sarkozy en faisait acheter et ses visiteurs lui en apportaient en cadeaux.

François Hollande, lui, est un amateur de moelleux au chocolat. Le restaurant qui n’en a pas à sa carte est un mauvais restaurant. Aux yeux des bobos qui habitent le quartier Bastille et des derniers admirateurs de François Hollande… D’ailleurs dans le quartier, vérifiez, la majorité des restaurants offrent au dessert un moelleux au chocolat. La chaine de surgelés Picard, qui n’est pourtant ni de droite, ni de gauche a fait du « moelleux » son produit vedette.

Alors pourquoi, cette addiction qui relie le chocolat aux centres de pouvoir. Beau sujet pour la troisième année de Sciences-Po. Beaucoup de philosophes, d’historiens, de psychiatres, de petits malins, se sont penchés sur ce phénomène d’addiction. Aucune des explications qu‘ils donnent n’a de fondement absolument scientifique, mais aucune ne se révèle particulièrement étonnante.

Pour les uns, le chocolat aurait des vertus permettrait de calmer le stress et de l’anxiété grâce au magnésium qu’il contient. Les médecins, rappellent que le déficit de magnésium entraine une baisse d’énergie, d’où le sentiment d’épuisement et de fatigue chronique. Le chocolat compense.

D’une façon générale, l’académie de médecine a reconnu que le chocolat était bon pour le cœur. Toujours grâce au magnésium, le chocolat réduit les risques d’infarctus du myocarde ou d’AVC…

Il est bon pour le cœur parce qu’il permet de lutter contre le cholestérol grâce à son pouvoir antioxydant.

Le chocolat contient de la vitamine B3, qui est un peu l’ange gardien des artères. La capacité antioxydante du cacao serait 3 à 4 fois supérieure à celle du thé.

A noter enfin que pour les scientifiques, le chocolat diminue la tension artérielle au point que certains cardiologues prescrivent un traitement a base de deux carrés de chocolat noir par jour pour faire baisser la tension.

Pour d’autres pseudo chercheurs, mais c’est moins prouvé par la science, le chocolat permet de répondre au déficit d’argent et également au déficit d’amour. Or les hommes politiques sont terrorisés à l’idée de manquer d’argent, pour eux mêmes plus que pour le pays et ils sont terrorisés par l’idée d’être mal aimés.

Alors les professionnels du chocolat ont établi une corrélation entre les ventes de chocolat et la profondeur des crises. En 1929, en septembre 2001, ou en septembre 2008 au moment des subprimes, les ventes de chocolat ont battu des records.

Si on admet qu’un responsable politique vit en crise permanente, on comprend qu’il prenne du chocolat pour se soigner.

Certains enfin expliquent aussi que le chocolat serait aphrodisiaque. C’est peut-être plus un mythe qu’une réalité. Mais de tout temps on a attribué au chocolat des pouvoirs pour booster la sexualité, et renforcer la libido.

Les Aztèques prenaient des boissons à base de cacao pour multiplier les conquêtes féminines.

Les jésuites du 16ème siècle avaient fait la même observation, « la liqueur de cacao fait pâmer les femmes espagnoles« , disait-on. Du coup et par réaction, la hiérarchie de l’église avait banni le chocolat de l’alimentation des moines.

On raconte que Louis XV, qui reprochait à Madame de Pompadour son peu d’entrain, lui conseillait de prendre une tasse de cacao avant de se coucher.

Jusqu’au 19ème siècle, les chefs d’Etat, les rois comme les présidents, ont utilisé le chocolat comme excitant sexuel. Pour eux-mêmes comme pour leurs maitresses. Napoléon III, qui était un grand consommateur de femmes jeunes avait deux dopants : le camembert de Normandie dont il avait fait le fromage officiel de l’Elysée et le chocolat, qui était la boisson du soir à l’Elysée.

Les chefs d’Etat récents ont donc continué à consommer du chocolat. Cela dit, personne ne sait s’ils prennent du chocolat pour calmer leur libido et soigner leur cœur, ou au contraire pour accroitre leurs performances intimes.

La question est importante. Surtout en période de campagne présidentielle. Importante ? Oui ! Enfin oui sans doute !!!