Grande-Bretagne, Grèce, Catalogne, Allemagne : l’Europe prend feu

La semaine s’annonce à nouveau catastrophique pour l’avenir de l’Europe. En Grèce, les réformes sont enlisées. En Espagne, la Catalogne entame la procédure d’indépendance, et en Grande-Bretagne, David Cameron présente officiellement les exigences de réforme. Quant à l’Allemagne, elle prépare sans le dire sa sortie de l’euro.

L’Europe n’est pas en crise ouverte mais jamais les signes du délitement de l’union n’ont été aussi nombreux que cette semaine. Les incendies partent aux quatre coins du continent. Passons sur tous les Etats, dont la France, qui sont incapables de respecter leurs engagements budgétaires compte tenu d’une croissance ralentie.

En Grèce, Alexis Tsipras a beaucoup de mal à faire avancer le programme de réformes structurelles sur lequel il s’est engagé. Du coup, les créanciers de la Grèce traînent des pieds dans la négociation qui doit engendrer une restructuration de la dette globale. Or, un allégement de la dette est incontournable. Si tout se bloque, le spectre d’une nouvelle crise va surgir. Nous n’en sommes pas loin.

En Espagne, le gouvernement de la Catalogne a déposé son projet d’indépendance de la province qui passe par un référendum. Lequel sera  évidement gagné par les indépendantistes. Il faut certes régler le sort de la Catalogne en Europe, ses liens, ses responsabilités et ses droits avec Bruxelles dans la mesure où Barcelone a toujours dit vouloir rester dans la zone euro mais pas aux mêmes conditions. Plus grave pour l’Europe, c’est ce qui restera de la relation avec l’Espagne. Madrid va tout faire pour empêcher cette scission, parce qu’elle est très grave pour l’équilibre globale de l’Espagne. La Catalogne est  riche, elle représente environ le tiers de l’économie et des ressources de l’Espagne.  A noter qu’une raison souvent évoquée par les Catalans pour obtenir leur indépendance, c’est la fiscalité qu’ils paient à l’Espagne pour faire partie de cet état.

Cette perspective d’indépendance est regardée à la loupe dans tous les Etats européens qui ont aujourd’hui à gérer des velléités d’indépendance de la part de certaines de leurs provinces.

La Grande-Bretagne poursuit sa marche vers plus d’indépendance à l’égard de Bruxelles sans pour autant vouloir quitter l’UE. Il faut dire que Londres n’adhère pas à l’euro. Le réseau de contraintes que le pays doit assumer est beaucoup moins dense. Peu importe, David Cameron a déposé aujourd’hui son cahier d’exigences de réforme. Bien qu’il espère éviter un référendum qui ferait la part belle aux souverainistes britanniques et qui couperait la Grande-Bretagne d’une Europe dont elle a besoin, le Premier ministre souhaite obtenir une changement important dans le fonctionnement de l’Union européenne. Cameron se dit confiant. Bruxelles l’est beaucoup moins.

L’Allemagne de son côté s’avère de plus en plus précise sur la tentation qui existe au ministère de l’Economie de sortir de l’Euro. Beaucoup d’Allemands espéraient que la crise en Grèce allait condamner l’Euro et aurait exonéré le pays de la responsabilité de tuer la monnaie unique. La pression politique de la France, l’habileté de Mario Draghi et la technocratie de Bruxelles sont parvenus à sauver la Grèce une fois de plus au prix fort. Une majorité d’Allemands sont lassés des bons sentiments européens à l’égard des adhérents qui ne respectent pas le règlement de copropriété. Ils plaident désormais publiquement pour que ce soit l’Allemagne qui descende de cette galère.

Tous ces évènements, mis bout à bout préparent, au pire, à l’explosion de la zone euro et de l’Union européenne. Ce qui serait un échec historique gravissime. Au mieux, une réforme profonde de ses finalités et de son fonctionnement.

L’Europe, au départ, se voulait une Europe politique. Le rêve des Etats-Unis d’Europe, mais dont la construction a été principalement économique et monétaire.

Jacques Delors a cru qu’en faisant l’Euro, la monnaie unique obligerait les Etats membres à suivre une discipline commune, à s’harmoniser, pour mettre en place des structures de gouvernance politiques. Ce fut une erreur grave de départ et Jacques Delors reconnait avoir péché par angélisme ou naïveté.  L’Europe n’a jamais pu faire avancer sa dimension politique.

En fait, l’Europe a été rêvée en France sur le modèle français d’organisation jacobine, avec un Etat central fort, gérant des règles qui s’appliquent à tout le monde dans les moindres détails. Il n’y avait que les Français pour penser qu’un tel modèle pouvait s’appliquer à l’Europe toute entière. Il aurait fallu rêver à une autre organisation plus respectueuse des autres.

L’Europe est composée de peuples tellement différents dans leur niveau de développement économique et surtout dans leur culture, leur religions, leurs habitudes, qu’il était utopique de penser que tous ces peuples pourraient s’assoir à une même table et manger le même menu. L’Union européenne  est aux antipodes de l’union américaine.

Il était complètement illusoire de penser que l’on pouvait harmoniser tout cela. La crise de 2008 a exacerbé les différences et les antagonismes. Le résultat, c’est que l’Europe a une autre voie de réforme, celle qui consisterait à évoluer vers plus de fédéralisme.

Le modèle d’organisation de la Suisse est remarquable. La Suisse se compose d’Etats très différents  avec des langues différentes, des impôts différents, des économies différentes. Pourtant, la Suisse est un Etat qui a son identité et sa cohérence.

Pour imaginer une Europe fédérale, il faudra évidemment accepter que les Etats membres soient différents et protègent leurs différences. Dans une structure fédérale, l’Union européenne peut très bien admettre des provinces qui auraient obtenu leur indépendance. Le gouvernement de Catalogne a la ferme intention de demander son adhésion directe à l’Europe.

Par ailleurs, il faudrait évidemment définir ce qui ressort des Etats nationaux et ce qui ressort du sommet fédéral. Lequel ne devrait avoir à gérer, donc à partager et à mutualiser, que les fonctions régaliennes.

Tout ce qui n’est pas d’ordre régalien est géré par la base nationale. Comme en Suisse, aux Etats-Unis ou au Canada. Par la force des chose, cette structure se composera de plusieurs Europe à plusieurs vitesses.

Un noyau dur de pays de la zone euro, qui sera composé de pays à structures économiques fortes avec la capacité de respecter une discipline commune qui apportera la légitimité à la monnaie unique. Avec, autour de ce noyau dur, des pays qui graviteront en fonction de leurs spécificités et des engagements qu’ils auront signés.

Un noyau dur et une Europe à la carte, c’est-à-dire un vaste marché unique qui ne fonctionne déjà pas si mal aujourd’hui. Dans ce contexte, la Grande-Bretagne obtient gain de cause avec son faisceau d’exigences. Elle n’appartient pas l’Euro mais appartient à l’Europe. La catalogne pourra adhérer seule à l’Euro. La Grèce aussi.

Ce n’est qu’au prix d’une structure fédérale souple que chaque Etat pourra répondre à la demande d’identité et d’existence de son peuple qui restera souverain pour tout ce qui le concerne directement.

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