Grèce : la zone euro et les institutions mondiales ont lancé le compte à rebours

Le week-end a été terrible pour les dirigeants grecs. Ils sont rentrés de Washington prévenus que tous les pays de la zone, et les institutions mondiales, étaient prêts à gérer la rupture. Leur problème maintenant, annoncer la mauvaise nouvelle aux électeurs.

Alexis Tsipras, le Premier ministre, et Yanis Varoufakis, son ministre de l’Economie, ont été reçu personnellement et successivement par les dirigeants des grandes institutions créancières. Ils se sont entendus dire, une fois de plus, que sans programme de mesures budgétaires, la Grèce ne pourra plus recevoir l’aide dont elle aurait besoin.

Le ministre allemand de l’Economie n’a pas été le plus tendre. Après avoir mis la France au pied du mur de ses responsabilités, il en a remis une couche sur le gouvernement grec qui confond démocratie et clientélisme. Cela fait deux mois maintenant que les dirigeants grecs opposent un bras de fer aux autorités financières mondiales. Un mélange de promesses jamais tenues et de provocations insupportables contraires aux règles de bonnes conduites.

A la fin de la semaine dernière, qui clôturait l’assemblée générale du FMI et de la banque mondiale, les dirigeants de la Grèce se sont retrouvés tout seuls incapables d’expliquer leur entêtement à vouloir que le reste du monde s’adapte à leurs exigences. Alors que le reste du monde attend seulement qu’ils respectent les règles de bonne conduite que tout le monde suit.

Le FMI, par la voix personnelle de Christine Lagarde, a instamment rappelé aux dirigeants grecs qu’ils devaient impérativement honorer leurs obligations de remboursement d’un milliard d’euros. Sinon, cela équivaudrait à un financement supplémentaire, ce que le FMI n’a jamais fait, parce que ses 180 pays membres ne l’accepteraient pas.

Pour le FMI, il est exclu de faire une exception sous peine de déséquilibrer le fonctionnement de l’institution. Ce n’est pas le FMI qui refuse, mais les actionnaires du FMI, dont les Etats-Unis, qui obligent le FMI à respecter son propre règlement. Nous sommes en présence de dirigeants politiques qui viennent demander un changement du mode de fonctionnement pour qu’il s’adapte à ses propres contraintes.

Pour le président de la BCE, la contrainte est identique. « Il va falloir que les dirigeants grecs travaillent sur le programme de réformes qu’ils ont maintes fois promis mais jamais signé ». Christian Noyer,  le gouverneur de la Banque de France, a déclaré publiquement que les avances de liquidités aux banques grecques dépassaient désormais les 110 milliards d’euros et que ça devenait insupportable sans prévisions chiffrées et datées de redressement.

Conclusion, si la Grèce ne réussit pas à remplir ses engagements auprès du FMI, de la BCE ou de la Commission de Bruxelles, elle sera déclarée en défaut de paiement. Dans ce cas-là, elle se retrouvera de fait, en dehors de la zone euro. Pour Mme Lagarde, si la Grèce est en défaut, elle est en défaut vis-à-vis des 180 pays membres qui arrêteront du même coup toutes relations. Idem si la Grèce fait défaut à la banque centrale, tous les pays de la zone euro et toutes les banques constateront le défaut grec et cesseront leurs relations.

Officiellement, Mario Draghi a indiqué que ses services n’avaient pas envisagé le départ de la Grèce de la zone euro parce que juridiquement cela n’était pas possible et que techniquement personne ne l’avait préparé. En réalité, tout le monde s’est mis en situation de supporter un tel choc. Le quantitative easing permettra d’ailleurs d’amortir le changement. En clair, « un grexit » ne provoquera pas d’apocalypse ou d’effets systémiques, sauf pour les Grecs eux-mêmes.

Les économistes américains lassés de passer du temps sur ce dossier ont gentiment rappelé qu’avec un PIB de 250 milliards de dollars, la Grèce représentait moins de 0,3% de l’économie mondial. Jack Lew, le secrétaire au trésor américain aurait même dit à Yanis Varoufakis, qu’avec l’assurance qu’il avait et le physique qu’il arborait, il paraissait plus crédible dans les magazines de la presse people que dans les rubriques financières des grands journaux américains.

Quant au ministre allemand de l’Economie, Wolfgang Schauble, il éructait. Lui qui s’était déjà fait remarqué lors d’une réunion FMI en donnant à la France le conseil de se trouver un homme suffisamment fort et courageux pour faire passer des réformes, il a remis cela à propos de la Grèce en expliquant « aux dirigeants qu’ils ne pouvaient pas se targuer d’une légitimité démocratique pour demander au monde de répondre aux choix exprimés par le peuple grec ».

Il a d’ailleurs ajouté que la démocratie n’était pas un système où les dirigeants politiques pouvaient se faire élire en promettant n’importe quoi.  En effet, la démocratie ce n’est pas l’irresponsabilité.