Grèce : les trois derniers scénarios possibles

Sauf si la Grèce et ses créanciers trouvaient, d’ici fin juin, un accord, le second plan d’aide arrivera à échéance. Les négociations qui ont encore eu lieu mardi n’ont rien donné.

D’un côté, les créanciers de la Grèce (le FMI, la BCE et la Commission) accepteraient tous les managements possibles pour étaler les remboursements. Mais en aucun cas une annulation pure et simple des dettes, ce qui créerait un précèdent juridique inacceptable pour les peuples de l’Europe. Question de principe. Pour trouver une solution, les créanciers demandent aussi un certain nombre de réformes structurelles à commencer par l’installation d’un système fiscal qui tiennent la route et l’ajournement de certaines mesures sociales promises lors de la campagne électorale

De l’autre côté, le gouvernement grec n’a, semble-t-il, pas avancé d’un iota par rapport à sa position initiale. Alexis Tsipras, poussé par son entourage ne veut d’aucun compromis. A tel point que l’idée d’un référendum pour que le peuple se prononce commence à faire son chemin dans les capitales européennes qui seraient prêtes à l’accepter compte tenu de la vindicte croissante du peuple grec à l’encontre de son gouvernement. L’Etat de grâce n’aura pas duré trois mois.

En attendant, les caisses de la Grèce sont complètement vides. Athènes doit, dans les jours qui viennent, rembourser 750 millions d’euros au FMI et encore 200 millions à fin mai. Sans compter les 1,7 milliards d’euros pour payer les fonctionnaires. Auxquels il faut ajouter le paiement des retraites. Au total, la Grèce aurait besoin de 13 milliards d’euros. Elle ne les a pas. Plus grave, actuellement elle ne les trouve pas sur les marchés. Plus personne ne veut lui prêter d’argent.

A partir de cette situation de blocage, les milieux financiers travaillent sérieusement sur trois scenarios techniques possibles.

Le premier scenario est le plus optimiste. Il table sur un accord possible entre les créanciers et le gouvernement d’Athènes. Dans ce cas, Athènes recevrait en urgence fin juin, la dernière tranche du second plan soit 7,2 milliards d’euros et la mise en place d’un troisième plan d’aide fondé sur un rachat de dettes.

Ce scenario suppose, que le gouvernement grec ait réussi à produire une liste de réformes structurelles avec un calendrier et l’acceptation d’un contrôle d’exécution de la part des responsables européens. C’est, en quelque sorte, une mise en tutelle ou mise sous surveillance. C’est la situation que tout le monde souhaite, y compris une majorité du peuple grec. Mais c’est actuellement un scenario que le Premier ministre rejette totalement. Les risques d’échec sont donc grandissants.

Le deuxième scenario passerait par un défaut partiel de la Grèce. Dans ce cas, la Grèce ne parviendrait pas à rembourser certaines dettes. Elles feraient le tri en choisissant de faire défaut sur des dettes qui n’excluraient pas la Grèce de la zone euro. Dans cette hypothèse, le maintien dans l’euro dépendra des créanciers qui négocieraient des arrangements ou pas. Ca risque d’être sportif mais ça peut passer.

Le troisième scénario est plus radical. La Grèce fait défaut face à ses plus grands créanciers, le FMI, la BCE et la Commission. Dans ce cas, elle sort de la zone euro. Le jour même, on doit assister à un « bank run », les Grecs se précipitent aux guichets de leur banque pour récupérer leurs avoirs. Le gouvernement est alors obligé d’instituer un contrôle des capitaux et mettre en place progressivement une nouvelle monnaie, mais une nouvelle monnaie dont on a du mal à imaginer sur quelles garanties sera adossée sa valeur.

Il y a éventuellement un autre scenario possible mais dont les techniciens ne parlent pas, c’est le scénario fondé sur une réaction du peuple grec qui refuserait le radicalisme de l’équipe dirigeante.

D’où l’idée nouvelle d’un référendum lancé par Alexis Tsipras pour savoir qu’elle doit être la stratégie. Alors qu’il y a deux ans, les chefs d’Etat et de gouvernement européens étaient violemment contre tout référendum sur l’avenir d’un pays dans la zone euro, ils sont plutôt favorables aujourd’hui. Ils ont fait dire à Athènes, « chiche, allez-y… ». Les sondages commencent à être mauvais pour l’équipe en place. En trois mois de pouvoir, il a perdu l’essentiel de sa crédibilité. La solution en Grèce pourrait donc venir du peuple lui-même qui reviendra alors sur le vote qui avait porté Alexis Tsipras  au pouvoir. Quelle leçon mais quel temps perdu !