Guillaume Allègre – OFCE : « Baisse du quotient ou plafonnement des allocs, ça ne change rien ! »

Moduler les allocations ou réduire le quotient familial ? Le casse tête du mécanisme pour faire des économies dans la politique familiale a gagné l’Élysée. Il y a quelques semaines encore, le rapport Fragonard semblait avoir porté ses fruits. Le député proposait de réduire les allocations familiales pour les foyers les plus aisés. Selon un sondage ViaVoice, 68% des Français sont favorables à cette option. Pourtant, selon Europe 1 ce matin, François Hollande aurait finalement privilégié une baisse du plafonnement du quotient familial, qui devrait passer de 2000 à 1500 euros. Une mesure qui permettrait de dégager 1 milliard de recettes. Décryptage avec Guillaume Allègre, économiste à l’OFCE et spécialiste des politiques sociales.

Le gouvernement hésite entre réduire le quotient familial ou réduire les allocations pour les plus aisés. Quelle solution est la plus souhaitable ?
La solution la plus souhaitable serait de réduire le quotient familial et ce, pour plusieurs raison. D’un point de vue administratif, le plafonnement existe déjà. Aujourd’hui, ce quotient est plafonné à 2000 euros suite à une diminution en janvier : c’est quelque chose que l’on sait déjà faire. Et puis l’autre raison, ce que cette réduction aurait les mêmes effets, en termes économiques, que le plafonnement des allocations familiales. Le plafonnement, c’est quelque chose qu’aujourd’hui on ne fait pas, qui est compliqué à mettre en œuvre et donc pas vraiment compatible avec le choc de simplification voulu par le gouvernement.

Pourtant la solution du quotient, va mécaniquement augmenter le taux de prélèvement. Bruxelles y est fermement opposé, ce n’est  pas un peu risqué ?
Le seul inconvénient de la baisse du plafond du quotient familial, c’est que formellement, cette réduction va augmenter les impôts, dans la mesure où l’on retire un crédit d’impôt. Alors que le plafonnement des allocations serait une baisse de dépense. Ceci dit, c’est un bon exemple pour montrer l’absurdité d’indicateurs comme le « taux de prélèvement obligatoire » car quotient ou plafonnement,  pour le ménage et l’État ça ne change rien ! Pour un ménage qu’on lui enlève une prestation ou un crédit d’impôt ça revient au même mais apparemment pas pour la commission européenne et l’OCDE. J’espère donc que le gouvernement ne s’arrêtera pas à la sémantique !

Existe-t-il d’autres possibilités de faire des économies dans la politique familiale ?
Le mieux  c’est vraiment de passer par la réduction du quotient. Nous l’avons régulièrement proposé. Mais ensuite, la vraie question, c’est surtout de savoir s’il est nécessaire d’aller au-delà de cette mesure d’économie dans le domaine de la politique familiale. Je pense que non. 1 ou 2 milliards sur ce domaine, ça correspond à de grosses économies. La politique familiale, c’est quand même un objectif important si l’on on veut réduire les inégalités et la pauvreté des familles, soutenir le pouvoir d’achat et investir dans l’avenir. Des objectifs sociaux qui je pense, ne doivent pas être remis en cause.