Hervé Novelli : « La situation est grave, elle appelle à des changements radicaux ! »

François Hollande lancera l’an II de son quinquennat par une grande conférence de presse jeudi. Après une première année difficile sur le front de l’économie, beaucoup attendent une évolution de son projet économique et davantage de réformes structurelles pour renouer avec la croissance et l’emploi. Pour Hervé Novelli, cette nouvelle attitude présidentielle semble compromise. Selon l’ancien ministre des PME, le Président est pris en étaux entre Bruxelles et sa base électorale.

Comment jugez-vous la première année de François Hollande sur le plan économique ?
Je la juge inconséquente, inconsistante et inappropriée. Tout simplement parce que la boîte à outils de M. Hollande est inopérante. Le Crédit d’impôt compétitivité est une usine à gaz et qui, pour le moment, ne consiste qu’en une avance de trésorerie. Cette dernière étant gérée par la BPI qui est inopérationnelle. C’est d’ailleurs absolument invraisemblable que l’on détruise ce qui fonctionnait (Oséo, CDC, FSI) pour « ripoliner » tout cela dans une banque publique dont le tandem de tête n’est même pas d’accord sur la stratégie. Vous avez également les contrats aidés qui fonctionnent mais qui ne sont pas susceptibles de relancer la croissance. Enfin, l’accord sur la fléxi-sécurité est plutôt une avancée mais le grand manque de cet accord, c’est qu’il n’est pas offensif. On ne fait que colmater les brèches sans être sur une action qui consisterait à avoir de vraies réformes sur le marché du travail.

Cela appelle-t-il à un changement de l’orientation de la politique économique ?
Évidemment ! Nous avons perdu un an mais je n’attends pas grand-chose qui serait radicalement différent. Pourtant c’est maintenant qu’il faudrait reprendre les affaires. Le problème, c’est que l’on a épuisé les marges de manœuvre comme la  hausse de la TVA. Ces allégements de charges que demande le patronat pour relancer la machine, et bien, on ne peut même pas le financer. Sur la réforme des retraites, le Président fait le choix, une énième fois, de la facilité : elle ne sera pas systémique et frappera d’abord les retraités. On sent bien que d’une certaine manière le Président est fait aux pattes entre sa base électorale et Bruxelles qui le presse d’entreprendre des réformes de structure.

Selon vous, quelles sont les mesures urgentes que doit prendre le Président ?
Je crois que la situation est tellement grave qu’elle appelle à des changements radicaux. Il faut une grande réforme du marché du travail qui passe par une baisse des charges. Il faut aussi que l’on aille vers des assouplissements permettant aux entreprises de pouvoir ajuster leurs effectifs. Il y a aussi une grande réforme de la formation professionnelle à mener mais comme ces dossiers sont sous contrôle syndical, c’est très compliqué. Enfin, tout reste à faire concernant les rapprochements région/département que nous avions mis en place et qui a été détruits. C’est incroyable que le gouvernement se soit attaché durant cette première année à détruire ce qui allait dans le bon sens pour la remplacer par des usines à gaz qui aggravent la situation.