Hilton, Club Med, Pierre et Vacances, Louvre, PSA… Les Chinois qui mettent la main sur les entreprises occidentales offrent-ils la solution miracle pour sortir de la crise ?

La liste des entreprises françaises passant sous pavillon chinois s’allonge. Dans le tourisme, l’hôtellerie, l’industrie automobile, les infrastructures. Et si les Chinois étaient porteurs de la solution miracle pour sortir de la crise les entreprises occidentales ?

L’arrivée massive des Chinois dans les entreprises françaises n’a pas encore fait l’objet de polémique dans le cadre de la campagne présidentielle, mais cela ne va pas tarder, tant la liste des entreprises qui ont accepté des alliances commerciales et financières avec des partenaires chinois s’allonge.

Le secteur le plus impacté est évidemment celui du tourisme et de l’hôtellerie. Le Club Med est désormais contrôlé par des capitaux chinois. Le groupe Center parcs aussi- Pierre et Vacances a signé une alliance qui permet d’imaginer un développement important de la formule française. Dans l’hôtellerie, c’est une conquête systématique, puisque cette semaine, un groupe chinois a pratiquement pris le contrôle de la chaîne Hilton après avoir acheté le groupe Louvre, qui exploite les marques et les chaînes d’hôtels comme Campanile, Première classe, Kyriad ou Golden Tulip.

Mais ce n’est pas tout : le PDG du géant chinois Jin Jiang, qui a pris la main sur le groupe Louvre, ne cache pas ses ambitions de partir à la conquête du groupe AccorHotels, le plus beau fleuron de l’hôtellerie française.

Dans l’industrie, l’arrivée d’un groupe chinois au capital de PSA Peugeot-Citroën avait été particulièrement commentée, tout comme dans Engie (ex-Suez-GDF, où l’Etat chinois a pris la plus grosse participation dans une entreprise française pour près de 3 milliards d’euros). Mais les capitaux chinois sont aussi dans Aigle Azur, ou dans l’aéroport de Toulouse Blagnac.

Bref, le poids des capitaux chinois dans des industries françaises n’égale pas celui d’un grand fonds américain comme Black rock qui est désormais présent dans la plupart des entreprises du CAC 40, mais le fonds chinois pèse de façon très différente.

– Le fonds de retraite américain exigera le plus souvent une performance financière à court terme. Il attendra un retour en dividendes ou en valorisation, ce qui pousse parfois les managements français à trouver des marges de rentabilité au détriment de la perspective à long terme.

– L’investisseur chinois attendra évidemment un retour financier mais il s’intéressera aussi au développement. L’investisseur est souvent un industriel qui se préoccupe de la croissance à long terme. La notion de temps est différente.

Les Chinois apportent dans un premier temps des clients. C’est vrai dans le tourisme et l’hôtellerie. Aujourd’hui, ils représentent un million de touristes dans les hôtels à Paris, d’où l’importance de l’accueil, de la qualité de service, de la sécurité, des éléments de base à l’attractivité.

Mais les Chinois apportent dans un deuxième temps des gisements de croissance considérables parce qu’ils ont un marché local de 1,5 milliard de Chinois qu‘il faut équiper et satisfaire.

La croissance du Club Med, la formule, les process et la culture ont été exportés. Résultat : le Club Med ouvre des bases de loisir à vitesse grand V. Idem pour Pierre et Vacances qui compte sur les touristes chinois pour remplir son village vacances de Marne-la-Vallée (20 000 lits) mais qui ouvre aussi des Center parcs à la chaîne sur le continent chinois.

Quant aux hôtels, ils ont compris que la clientèle chinoise leur était indispensable pour remplir les équipements situés à Paris, mais ils ont aussi compris que leur croissance était à Pékin. Le groupe du Louvre, par exemple, ouvre deux hôtels Campanile par semaine en Chine.

Le groupe LVMH ouvre un espace de vente par semaine.

Le calcul fait par PSA Peugeot-Citroën est le même. En acceptant l’arrivée des Chinois au capital en 2014, le management a sauvé l’équilibre financier du groupe français, qui était très mal en point. Mais du même coup, il s’est adossé à un partenaire chinois pour entreprendre la conquête du marché chinois.

Le projet sous-jacent à Engie est identique. Il fallait consolider la structure en fonds propres du groupe et s’attacher des perspectives de développement considérables. Pour toutes les sociétés d’équipement spécialisées dans l’énergie, le traitement et le recyclage des ordures ou le développement durable, les besoins chinois sont colossaux mais pour y accéder, il faut y être présent.

Cette révolution est un pur produit de la mondialisation et de l’émergence des pays à faible coût de main-d’œuvre, mais c’est un aspect de la mondialisation qui ne provoque pas (encore) de critique ou de rejet. La raison en est simple : cette mondialisation ne passe pas par une délocalisation d’activité et un dumping social. Pour l’opinion publique, l’investissement chinois n’est a priori pas porteur de chômage, il est donc accepté.

Du coup, l’investissement chinois représente pour beaucoup une solution miracle à la crise des systèmes économiques occidentaux étranglés par la récession et la dette. D’ailleurs, il n’y avait pas d’autre alternative que la solution chinoise pour sauver le Club Med… Les groupes hôteliers ou Pierre et Vacances n’avaient pas d’autres stratégies possibles que d’aller trouver de la croissance en Chine. Idem pour PSA ou pour Engie.

Le problème dans cette mutation est ailleurs. Il est double.

D’une part, si l’investissement chinois ne présente pas de phénomènes de rejet, il est assez mal assumé, plus subi que géré. S’il était assumé, on développerait une véritable politique de coopération et de partenariat. Le gouvernement en ferait une priorité et essaierait d’améliorer l’attractivité du pays, ce qui n’est pas le cas.

D’autre part, comme ces investissements répondent plus à des opportunités qu’à des schémas stratégiques, nous serons incapables de répondre à une offensive politique des Chinois quand elle se déclarera… parce qu’il y aura forcement une offensive politique.

Les multinationales d’origine anglo-saxonne véhiculent un modèle culturel et politique qui s’oppose parfois au modèle européen, on le voit bien avec les difficultés actuelles dans la négociation des accords de libre-échange avec les Etats-Unis et le Canada.

Quand les Chinois auront pris assez de pouvoir dans les systèmes économiques occidentaux, ils ouvriront forcément une négociation politique. Parce qu’ils ont un modèle particulier avec un ADN qui ne se fondera pas dans l’ADN occidental.